Matthis Pascaud et son Square One clôt sa résidence aux Disquaires en beauté

Depuis octobre, le guitariste Matthis Pascaud était en résidence mensuelle aux Disquaires (club parisien et lieu de création discret mais très apprécié des musiciens), avec son quartette Square One, qui recevait hier les différents invités des précédentes sessions pour un concert de clôture.

 Les Disquaires, Paris (75), le 14 février 2017.

Matthis Pascaud Square One : Christophe Panzani (sax ténor électrifié), Matthis Pascaud (guitare électrique, compositions), Benoît Lugué (basse électrique), Karl Jannuska (batterie). Invités : Cinthya Abraham (chant), Pierre Perchaud (guitare électrique), Tony Paeleman (claviers), Thibault Perriard (batterie).

Au 4-6 de la rue des Taillandiers, les Disquaires ont connu quelques aménagements. La petite salle de concert est désormais coupé du bar donnant sur la rue, un second bar étant proposé aux spectateurs à l’entrée du balcon surplombant le parquet et la scène. L’entrée est toujours gratuite, les musiciens modestement payés mais visiblement chez eux en ce lieu dont certains ont fait un outil de création privilégié et où, à un prix de base du verre de bière à 3,50, leurs amis et confrères peuvent venir les écouter sans se ruiner. Peut-être ce caractère convivial retient-il le patron de communiquer plus largement qu’il ne le fait actuellement sur une programmation quotidienne mais plus groove, funk, soul, hip hop que jazz. Hier soir, jazz, mais avec un instrumentarium annonçant la couleur : guitare Gibson SG, guitare basse électrique Gibson Thunderbird, avec au sol une bonne trentaine de pédales, le saxophoniste ayant son propre rack… L’ambiance est rock, « ça va jouer fort » me prévient Pierre Perchaud alors que je trouve imprudemment un dernier siège libre au pied d’un haut-parleur. Seul le micro de la chanteuse nous met sur une fausse piste. Cinthya Abraham n’en usera pas pour chanter des chansons mais pour vocaliser avec les instruments.

Matthis Pascaud n’est plus un total inconnu pour les lecteurs assidus de ce blog, puisque j’en ai signalé, voire commenté, la fidélité à Respire Jazz à chacun de mes séjours sur ce festival des Sud Charentes. “L’enfant du pays”, grandi à Angoulême, est désormais parisien et il n’a pas tardé à s’emparer des Disquaires pour une résidence de cinq concerts de son groupe Square One avec divers invités dont la majeure partie se trouve réunie ce soir. Premier morceau par le groupe seul, où l’on reconnaît les qualités que l’on a vu grandir d’année en année à Respire Jazz, un jeu de guitare, une écriture, un sens du développement très rock, qui s’épanouit en toute plénitude à l’issue de cette résidence, notamment à travers la formule élargie qui gagne la scène dès le deuxième morceau, sans menacer l’équilibre très peaufiné du groupe. Ce “all stars” ne relève en effet pas de la jam, mais d’un travail orchestral où les deux guitares et les deux batteries se complètent, plutôt qu’elles ne s’additionnent, de façon admirable, la complicité et le bonheur du partage traversant ces deux pupitres faisant partie du spectacle.

“Jazz”, parce que tous ces musiciens sont passés par cette école de l’improvisation, de l’initiative instrumentale, du placement ; parce que leurs formats préfèrent le développement au simple couplet-refrain. Rock, au sens “progressive” du terme (on pense à “l’école de Canterburry” et à King Crimson) pour une certaine culture du riff (Jimi Hendrix, Led Zeppelin, etc…), une énergie transformée en décibels et une approche très électrique du son. Autant de renvoi à l’âge d’or des années 1960-1970 qui ne fait ni “reclecture”, ni “collage de citations”, mais héritage assimilé dans un esprit très collectif : même s’ils sont tous improvisateurs, c’est une musique de groupe et les solos lorsqu’ils y en a s’interdisent le bavardage chorussé qu’on a pu reprocher au jazz, la rupture étant incarnée de façon la plus flagrante par le débit toujours très réfléchi, déterminé note à note, par le saxophoniste, Christophe Panzani, moins dans un esprit de spéculation que dans la recherche d’un lyrisme maxium.

À quoi s’ajoute probablement une foule de références pop-rock qui échappe à ma culture de pré-retraité, sauf de manière indirecte, lorsqu’il s’agit d’évoquer l’influence de Radiohead, tarte à la crème du discours critique contemporain. Ne reste plus qu’à attendre la publication du disque enregistré en octobre pour la confier à la chronique d’oreilles moins séniles que les miennes. • Franck Bergerot

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