Michel Delorme et Christian Bonnet : deux amis du jazz nous quittent

Demain matin, 20 juin à 10h30, à l’heure où l’équipe de Jazz Magazine apportera les dernières attentions au numéro de juillet avant le départ pour l’imprimerie, le monde du jazz se réunira à Boulogne-Billancourt, à Notre Dame de Boulogne, pour dire adieu à Christian Bonnet décédé le 13 juin, six jours après la disparition d’un autre grand jazzfan, Michel Delorme.

J’ai méconnu Michel Delorme, personnage dont on ne pouvait manquer le nom si l’on s’intéressait de près aux choses du jazz, mais dont le rôle avait toujours quelque chose de mystérieux. Pour ne l’avoir rencontré qu’une seule fois, et reçu quelques courriers – dont un jour, pour une raison qui m’était totalement inconnue, une dizaine de cassettes enregistrées lors de la tournée d’un très grand musicien dont je tairai ici le nom –, il était à mes yeux “l’ami du jazz”, un ami désintéressé, très proche des musiciens et détenteur de mille secrets qu’il distillait à sa façon et qu’il avait accumulés, de ses interviews menées avec Jean Clouzet ou Maurice Cullaz pour Jazz Magazine et Les Cahiers du jazz (relire  les entretiens avec John Coltrane Je Pars d’un point et je vais le plus loin possible, Editions de l’éclat), à ses collaborations récentes pour Culture Jazz  (où il lui arrivait de signer « Michel Delorme, meilleur chroniqueur de son quartier (maison fondé en 1960) », en passant par ses comptes rendus pour Jazz Hot (relire son compte rendu du fameux cru d’Antibes 1968) ou ses activités dans l’édition phonographique.

Je parlerai plus spontanément de Christian Bonnet pour l’avoir croisé à maintes occasions, à commencer par la Fanfare d’Eddy Louis où je l’ai côtoyé dans la section de ténors et où il avait aussi un rôle essentiel d’activiste. Il fut directeur chez Média 7 de la légendaire collection de réédition Masters of Jazz où, à ma grande surprise tant était grande mon admiration pour cette entreprise, il me confia un beau jour la tâche de rééditer les jeunes années de Miles Davis. Je le retrouvais quelques années plus tard trésorier de l’Académie du jazz et je le vois encore, ce grand gars au regard clair, ferme dans ses convictions, mais toujours positif, passer parmi nous pour réclamer nos cotisations, ce qu’il faisait toujours avec un mélange d’humour bonhomme et de gentillesse qui fait que nous ne pouvions résister à ses avances de quêteur. Retraité de la Société Générale, il faut dire qu’il avait mis toutes ses compétences au service du jazz, acceptant aussi la présidence de la Maison du Duke, tout en profitant de sa nouvelle vie pour – cet ancien du Swing Limited Corporation – se consacrer à son saxophone, sans ménagement aucun, jusqu’à se retrouver un beau soir sans vie, à la pause, sur le trottoir du Sunset, ranimé de justesse par les services de secours. Il se savait gibier de cardiologue, mais c’est le pancréas qui l’a lâché. Demain, en bouclant Jazz Magazine, nos pensées accompagneront ses proches et amis. • Franck Bergerot

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