Monk is alive à La Dynamo

Mercredi dernier, c’était soirée de gala à La Dynamo de Banlieues Bleues pour célébrer avec quelques jours d’avance le centenaire de la naissance du génial pianiste Thelonious Sphere Monk. Au programme, deux concerts de très grande qualité. 

En première partie, un des maîtres du piano subversif et libertaire, grand connaisseur de l’œuvre de Monk, le pianiste allemand, Alexander Von Schlippenbach. En mars 2016, il avait déjà emballé le public de la La Dynamo avec le projet encyclopédique Monk Casino. Ce marathon jazzistique était un véritable tour de force exécuté en quintette avec une relecture passionnante de l’intégrale des compositions de Monk.

Onze ans après, seul face à ses quatre-vingt-huit touches, Schlippenbach se livre à une revigorante ballade de santé. Il interpréte avec amour et respect quelques pièces « monkiennes”. Ses longs doigts agiles courent sur le clavier pour explorer avec lyrisme cette éternelle musique anguleuse. Concentré sur ses captivantes improvisations, il double parfois son jeu pianistique en marmonnant comme un vieux chat ronronnant. l’auditoire attentif était comme fasciné par ce récital gorgé d’émotion à fleur de touche.

En seconde partie, un projet original belgo-américain, le trio Monk 100

Attiré par la présence diabolique du batteur Joey Baron, qui arborait une superbe chemise à fleurs, nous avons (re)découvert le jeune pianiste belge Bram De Looze (lauréat 2012 du tremplin jazz du Festival d’Avignon avec son LABtrio) et son compatriote, le dynamique saxophoniste, Robin Verheyen.

Il s’agit, seulement, du troisième concert de trio original et pourtant le niveau de connivence et d’interactivité est déjà élevé. La relecture de quelques  tubes de Monk est beaucoup plus contemporaine. Bram De Looze, élève de Marc Copland et de Uri Caine, possède un jeu de pano minimaliste et ses arrangements s’appuient sur des contrastes de timbres. Au ténor, Verheyen, déroule de belles phrases sinueuses et s’épanche avec encore plus de liberté avec son soprano agile. Le roi de cette « Fête à Monk“, c’est bien sur le toujours jeune et inventif, Joey Baron. Il est continuellement  en ébullition, à l’affut du jeu de ses jeunes partenaires. Aux balais, il caresse amoureusement la peau de ses tambours et réalise à mains nues un solo énergique.

En repartant dans  la nuit pantinoise, j’ai entendu quelqu’un siffloter quelques notes de Bye-Ya. La musique étrange de Monk est donc toujours vivante. Paul Jaillet

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