Nevers D'Jazz, deuxième journée, Cascade, Zicocratie, Ametsa, Being Human Being

Après un dimanche « off » gris, pluvieux, solitaire, comme bien des dimanches en novembre – où qu’on se trouve ou qu’on se perde – le 11 novembre s’annonçait lumineux et chargé de nombreux spectacles. Il le fut, après que le brouillard ait disparu dessus la Loire, et par l’effet de « concerts » déroutants, de diverses manières.

 

Cascade : Joëlle Léandre (b, bande son, voix), Cécile Loyer (danse), Laïs Foulc (lumières)

 

Zicocratie, « musique, création et société », film de Richard Bois sur la dernière création du Mégaoctet, en présence d’Andy Emler et Richard Bois

 

Ametsa : Benat Achiary (voix, perc), Erwan Keravec (cornemuse, tp à anche)

 

Being Human Being, concert visuel avec Enki Bilal (illustrations visuelles), Eric Truffaz (tp), Murcof (electronics), Dominique Mahut (perc)

 

« Cascade », c’est un spectacle qui ressort plutôt de la catégorie du théâtre musical, même si le geste inaugural de cette petite heure surprenante et jouissive reste la rencontre entre musique et danse. Côté musique, tout repose sur la bande son concoctée par Joëlle Léandre avec la complicité de Jean-Marc Foussat, et sur quelques interventions en direct à la contrebasse, et côté danse, mime, expression corporelle comme on disait naguère, tout vient de Cécile Loyer, grande et mince chorégraphe et danseuse qui a travaillé, entre autres, avec Josef Nadj. Une heure de folie douce, très écrite dans son déroulement (la bande son commande) et en même temps très ouverte, mise au point par les deux femmes au terme d’un travail qu’on devine très minutieux. Un univers où l’on rit (on est parfois tout près du registre clownesque, même si Joëlle n’aime pas ce terme), mais où l’on s’émeut aussi de ce qu’il ressort de la condition humaine, de notre conditions d’humains aujourd’hui. Concrètement, des ustensiles de cuisine, des panneaux de bois, un tas de vêtements, une chaise, et pour Cécile Loyer maintes occasions de jouer avec tout ça pour, alternativement, s’y perdre ou s’y trouver. Du rire aux larmes. Une très belle performance. Et une rencontre très suivie après le spectacle avec le public.

 

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« Zicocratie » (« zico », pour les « zicos », les musiciens) c’est un film de Richard Bois sur la façon dont, au sein du Mégaoctet d’Andy Emler, les choses se construisent – toujours dans l’urgence – pour aboutir à un nouveau répertoire, à un nouveau CD et à des concerts. C’est aussi et surtout entrer quelque peu dans la « boîte noire » de la création, et faire témoigner un certain nombre de personnes entièrement étrangères à ce monde sur la façon dont ils ont perçu la « direction d’orchestre » au sein de l’octet. Clémentine Autain ou Patrice Dominguez (entre autres) sont ainsi amenés à repérer ce qu’il en est de la dialectique entre liberté et contrainte dans la façon de mener les huit musiciens vers une création. Huit musiciens dont il faut dire qu’ils sont chacun aussi des leaders. C’est superbement filmé, souvent de très près, les musiciens sont pris sur le vif de leurs réactions les plus spontanées (parfois surprenantes au point que certains s’en sont trouvés eux-mêmes un peu gênés), et ça s’inscrit dans une série de films que Richard Bois réalise sur la musique, le premier ayant été centré sur Jean-Claude Casadesus.

 

Ametsa donne à entendre l’un des instruments les plus déchirants et les plus puissants qui soient : la cornemuse. On comprend même qu’il ait été pris comme instrument de guerre, car cette violence multipliée par cent donne certainement le frisson à qui l’entend arriver sur lui. Erwan Keravec (qui joue aussi brièvement de la trompette à anche) a tenté de lui donner une dimension contemporaine, et de confronter ses recherches au vocalises de Benat Achiary, et aux percussions basques que le directeur d’Errobiko Festibala pratique également. Je ne sais si leur duo est frais, ou déjà éprouvé, mais tel qu’il fut donné hier soir il est quelque peu éprouvant. Par une sorte d’impossibilité à moduler la rencontre, Benat ayant bien du mal à faire entendre ses vocalises (voire son chant) dans ce contexte de furie sonore, et Erwan ayant sans doute en lui une énergie sauvage qui demande peut-être à se canaliser.

 

Being Human Being est donc un « concert visuel ». Enki Bilal manoeuvre ses dessins en utllisant quelques codes simples (et un peu trop répétés) : inversion des valeurs (positif/négatif), bougés, tremblés, apparition très lente de la couleur. Murcof pilote une bande son atmosphérique à laquelle je n’ai guère trouvé d’intérêt (mais je connais mal ce domaine), Erik Truffaz s’y insère, à sa manière, toujours en recherche du son et de l’expression, et Dominique Mahut percute ce qu’il faut, et il le faut, pour donner à l’ensemble sa dimension (parfois) tragique. Rien de très souriant là-dedans – on accepte tout à fait ça – mais rien de très captivant non plus, si ce n’est le regret de ne pas avoir le temps de regarder les images puisqu’elles bougent tout le temps. Au final, on ira peut-être s’acheter une BD pour en jouir, et on attendra le jugement de notre spécialiste « jazz et BD » Pierre-Henri Ardonceau.

 

Philippe Méziat

 

 

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