Où va Séva…

Branle-bas de caméras dans le hall de la salle des fêtes d’Eymet : six, drivées par Hervé Mazaury et AvuTV, pour l’enregistrement du prochain album d’Eric Seva, CD et DVD, conjoints. Et on ne vous parle pas des prises faites, musique au vent, interviews, dans cette bastide médiévale, tour et cour du château, jardin fleuri, etc. Cette déambulation correspond bien au tempérament d’Eric Séva, « nomade sonore » ainsi qu’il se nomme lui-même et ainsi qu’il appellera son futur album, “live” donc.

 

Ce fut aussi le titre du premier morceau d’un programme déjà rôdé une semaine durant au Baiser salé à Paris : entrée en matière énergique, presque free, le thème a l’air improvisé, puis un solo très rapide au baryton, avec un détaché impressionnant, on aurait presque pû compter les notes, avant de conclure par un duo avec le tromboniste Daniel Zimmermann (au Baiser salé, c’était Denis Leloup). Musicien sans frontière, c’est plutôt une musique du monde orientée par le jazz que le jazz à proprement parler que privilégie le saxophoniste. Retour dans un village de Brie pour Rue aux fromages, peut-être un salut au pays du soleil levant dans Matin rouge, assez sereinement joué au soprano contrastant avec la batterie constamment pulsante de Matthieu Chazarenc, allusion au Brésil avec Pipa – ainsi nomme-t-on là-bas les cerfs-volants – mais pas sur une bossa, sur une ligne mélodique et surtout mélodieuse comme on aime au pays du chorô. Sans frontière stylistique aussi avec Graffiti celtique ou encore deux versions de compositions dues au guitariste égyptien Khalil Chahine, Giseh et Qamar. Oui, tous ces voyages constituent les “Folklores imaginaires” (titre de son premier album en leader) d’Eric Séva, sans compter sa formation de concertiste classique (il a notamment adapté Béla Bartók).

 

Il y a donc chez lui un goût de la perfection et de la complexité, harmonique et rythmique, qui se retrouve dans un jeu totalement contrôlé, y compris dans les moments les plus débridés comme dans Tchiki Monky, un blues sans doute pour saluer Monk. Voilà qui explique qu’on soit resté un peu sur notre faim ce soir-là à Eymet : on attendait  – moi en tout cas – plus de duos et  de feu avec la présence de Zimmermann au trombone, d’autant qu’à la contrebasse, Bruno Schorp se sortait à son avantage de métriques pas aussi simples qu’elles en ont l’air. Peut-être la pression de l’enregistrement, peut-être un peu moins de souci strictement musical,  un peu plus de folie entraînante (la “folie conceptuelle”, elle, y était). Ce sera peut-être pour une autre fois au même endroit, car ce lieu si quelconque en temps ordinaire – le hall d’entrée d’une salle de cinéma des années 60 –, Laurent Pasquon et tous les membres de l’association Maquiz’Art ont eu l’art de le transformer en véritable club où, de l’aveu même de tous les musiciens qui y sont passés cette année, c’est un vrai plaisir que de s’y produire. Et du même coup d’y entendre le jazz sous toutes ses déclinaisons. Vivement donc le ‘Off’ saison 2012-2013, en novembre prochain.


François-René Simon

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