Oz Noy ose à L'Atelier du Moulin

Ce n’est pas la légendaire Route 66 qui mène à L’Atelier du Moulin mais la RN 19. Mais c’est tout comme, car en arrivant sur place on a comme l’impression d’être subitement en plein cœur des Etats-Unis, dans un middle of nowhere encastré entre un hôtel (ou un motel si vous préférez) pour VRP en goguette et un magasin de bricolage – ou était-ce un marchand d’articles pour chiens et chats ? Quoi qu’il en soit, L’Atelier du Moulin est un restaurant de bord de route qui, de prime abord, ne se distingue pas spécialement des autres. Pourtant, dès que l’on s’approche de l’entrée, plusieurs affiches annoncent les concerts passés et à venir. M’est avis que le patron aime le blues, la soul et le jazz… Ce soir, donc, un authentique power trio est au menu des réjouissances sonores.

 

Oz Noy à la guitare, valeur déjà plus que montante (carrément affirmée oui !) de la guitare post-johnscofieldomikesternienne – vous voyez ce que je veux dire… ;  
Darryl Jones à la basse électrique, en vacances – ô joie ! – des Rolling Stones, et dont on se réjouit du retour dans la sphère du jazz électrique (souvenez-vous, Miles, Sting, les années 80…), qui se précise d’ailleurs encore plus avec la parution récente du premier CD du trio Stone Raider, featuring avec Jean-Paul Bourelly à la guitare et Will Calhoun à la batterie (chronique dans le prochain Jazzmag/Jazzman) ;
Dave Weckl à la batterie, enfin, qu’on ne présente plus, du moins à ceux qui l’ont découvert il y a déjà vingt-cinq ans avec l’Elektric Band de Chick Corea.

Mais avant de se ravir les tympans, on sollicite ses papilles gustatives à L’Atelier du Moulin, façon viande rouge (et vin de la même couleur) en brochettes avec pommes de terres sarladaises. L’impitoyable critique gastronomique François Simon apprécierait-il ? Peu importe : c’est préparé avec soin, c’est roboratif et sans prétention, bref idéal avant de manger du jazz-rock rôti. Vers 21h45, Oz Noy plaque ses premiers accords gouleyants et ses riffs craquants sur un groove saignant et moelleux prodigué par ses deux compères. On constate d’emblée que ce garçon maîtrise tous les effets de son impressionnant rack de pédale avec gourmandise. Oz Noy est un guitariste vraiment électrique… Nulles poses démonstratives dans son jeu, et pas une note de trop : c’est un guitariste-architecte qui s’exprime devant nous tandis que nous terminons notre café gourmand, un improvisateur au discours sûr, sans faute de goût, qui a le sens du blues et sait faire “monter la sauce” sans démagogie. J’adore la façon dont il toise avec malice et gentillesse les spectateurs des premières tables. Oz Noy est n virtuose dont la technique ne serait que la face cachée de l’iceberg. Que de musique et que de tact dans cette intro à la wah wah où il réveille les fantômes de Jimi Hendrix (celui de Up From The Skies) et de Curtis Mayfield (celui de Stare And Stare) ! Ses deux compères-virtuoses ont eux aussi le bon goût de ne pas en rajouter. Dave Weckl fait dans la sobriété, ne déployant qu’à bon escient son ultra-technique tentaculaire. Darryl Jones, impassible, esquisse à peine quelques slaps félins sous le regard de son ex-boss (Miles Davis est l’un des personnages de la grande fresque murale qui sert de décor à la petite scène). Après une heure et vingt-quatre minutes de show (Raymond a calculé ça précisément, Paul acquiesce), Oz le magicien tranquille remercie poliment le public non sans rappeler qu’il y a des « CD to sell » – je vous recommande le dernier en date, “Twisted Blues Volume 1”. Frédéric Goaty

 

Oz Noy (guitare), Darryl Jones (basse électrique), Dave Weckl (batterie). Santeny, L’Atelier du Moulin, jeudi 10 mai.

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