Piano Jacobins 2017

Le jazz se décline selon plusieurs lieux pour cette 38e édition du festival dédié à la musique classique : Le Rex, le café Connexion, et la salle capitulaire du Couvent des Jacobins. Les pianistes invités pour une carte blanche jazz ont en commun, outre leur jeunesse, une culture ou formation classique, qui leur permet d’assurer en douceur la transition stylistique auprès d’un public familier des œuvres de Chopin, Schubert ou Rachmaninoff.

Fred Nardin (p)

Rex, Toulouse, 13 septembre.

Le pianiste Fred Nardin se présente en solo sur la scène du Rex, salle étonnamment épargnée par l’animation des boulevards tout proches. Difficile de trouver meilleure entrée en matière que le bluesy Turnaround signé Ornette Coleman. Par un curieux hasard, je venais d’entendre Nardin, organiste, sur l’album du guitariste Alex Freiman, « Play it Gentle », en compagnie de Leon Parker et Stéphane Belmondo et sur lequel la tradition résonne à travers une sélection de standards et compositions straightahead. Décoré par l’Académie du jazz l’an passé, Fred Nardin vient de voir son album en trio (à découvrir sur scène le 18 octobre à « Jazz sur son 31 ») distingué d’une « révélation ! » dans notre numéro d’octobre, disponible en kiosque près de chez vous.

Au cours d’un set en forme de promenade dans l’histoire du jazz (notion évoquée par l’artiste lui-même), un medley consacré à Thelonious Monk précède un joyau de Duke Ellington (Mood Indigo synchrone avec l’éclairage de la salle, et dont le lyrisme élégant sied parfaitement au jeune pianiste). S’y mêlent des compositions aux arômes méditerranéens, ballades alanguies et pièces plus toniques où se remarque une main gauche particulièrement véloce. Entre propos personnel et esthétiques empruntées à d’autres, Nardin construit un set sans longueurs, devant un public attentif. Un blues conclut la soirée comme elle avait commencé, avant un rappel virevoltant.

Bollinger 2

Gravity Zero

Laurent Coulondre (p, elp, org), Yoann Serra (dm) 

Connexion Café, Toulouse, 18 septembre.

Soirée branchée avec le projet Gravity Zero, qui existe selon différentes incarnations (dont une « bruyante » formation à trois batteurs, d’après le claviériste), ici au format duo pour la première fois. Face à face, le batteur et le leader assis derrière une poignée de claviers plugged et unplugged défendent NitroEgyptian Queen ou encore Schizophrenia, issu de l’album solo de Coulondre (à ne pas confondre avec celui de Wayne Shorter portant le même titre). Laurent C semble savourer chaque instant de cette formule lui permettant d’occuper un maximum d’espace, de laisser libre cours à ses idées (nombreuses) sur des compositions découpées au millimètre et en même temps ouvertes à de délicieux débordements, servis par une sonorisation aux petits oignons. Ses racines affectives semblent ancrées dans le jazz-funk futuriste des années 70, Herbie Hancock en tête, y compris pour la superposition fructueuse d’électronique et d’acoustique au sein d’une même pièce, vers des plateaux psychédéliques justifiant bien l’intitulé du projet. Des rythmes finement ouvragés servent de structure à des avalanches de notes sur les pièces empressées, tandis que les sonorités se font liquides, mutantes, se colorent d’irisations arc-en-ciel sur les plages plus méditatives. Dans la salle, on croise le batteur Ali Jackson (Wynton Marsalis Lincoln Center Orchestra), toulousain depuis peu.

Bollinger 1Murat Oztürk (p)

Cloître des Jacobins, Toulouse, 20 septembre.

Après une première partie pas exempte de maniérismes, la deuxième aura vu le pianiste évoluer vers un discours et un jeu plus ouverts. Mes antennes « jazz » s’agitent dans toutes les directions, mais peinent à capter quelques éléments se rapportant au genre. Mieux vaut alors oublier ses repères et se laisser porter par ce qui est proposé. Et qui relèverait plutôt du domaine de la musique de film, par exemple. Le jazz survient tout de même sous les atours d’un standard, You don’t know what love is. Au crédit d’Oztürk, une indéniable sincérité, une implication de tous les instants, dont attestent sa mine concentrée et les murmures adjoints à ses trouvailles. Le blues final, d’une lenteur consommée, nous laisse sur une bonne impression et fait songer, toutes proportions gardées, à ce que pouvait produire Ray Charles dans une veine comparable.

On apprécie à nouveau l’accueil, la diversité des propositions musicales et un catalogue arborant fière allure, distribué à l’entrée aux concerts. Les biographies des artistes y sont mises en regard d’œuvres picturales de Matt Bollinger, artiste associé cette année, dont on trouvera ci-dessus deux exemples de l’art du découpage/collage.

David Cristol

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