La musique de John Zorn au Louvre: suite et fin

JOHNZORN_Louvre┬®AcAlvoet2017 7Pascal Rozat a relaté de manière détaillée et précise tout le week end John Zorn à Paris. Il n’y manquait (car il ne peut être partout) que le troisième parcours John Zorn au Louvre. C’est cette petite pièce du puzzle que nous vous proposons ici.

Jon Zorn (sax alto),  Dave Lombardo (batterie), Concert inaugural sous la Grande Pyramide du Louvre

 

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Avant les trois parcours nocturnes dans le Louvre, John Zorn donne une sorte de lancement. Il joue deux ou trois morceaux, ça ne dure pas plus d’un quart d’heure. Et pourtant, sous la grande pyramide, en duo avec son batteur,  il atteint tout de suite une sorte d’intensité écorchée qui donne la chair de poule. Elle est coupée de moments plus mélodiques, et aussi d’enclaves plus bruitistes où Zorn explore les grognements et bruits de bouche que l’on peut tirer d’un saxophone. Les stridences de Zorn semblent venir à bout de l’accoustique cotonneuse de la grande Pyramide qui, il est vrai, n’a pas été conçue pour ça, la Joconde étant jusqu’à présent généralement muette. Le batteur Dave Lombardo accompagne Zorn avec un engagement total (le saxophoniste vient lui donner l’accolade après chaque morceau). C’est rapide, fugace, intense. Pas un concert, un uppercut.

Bill Frisell (g) Carole Emmanuel (harpe), Kenny Wollesen (vibraphone), Gnostic Preludes

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Ensuite c’est le premier concert de ce parcours. Il a lieu dans la salle des Caryatides, que le roi Henri II utilisait pour ses surprises-parties. Nous la rejoignons après une troublante déambulation nocturne dans le Louvre, aux réminiscences belphégoriennes. Nous passons devant l’exposition Vermeer, et je dois retenir par la manche ma camarade dessinatrice Annie-Claire Alvoët qui y aurait volontiers fait un détour. On arrive à la salle des Caryatides, qui abrite aujourd’hui des copies romaines d’oeuvres hellénistiques. Les gens s’assoient par terre pour écouter les Gnostic Preludes de John Zorn (joués sans le maître). Curieuse musique, si lyrique, si contemplative, si édénique.

 

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Guitare et harpe tressent des guirlandes fleuries, la musique palpite, semble progresser par vagues amples, et parfois l’une d’elle vient vous mordre. Le vibraphone de Kenny Wollesen se pose sur ces vagues de façon exquise. J’admire la manière dont Bill Frisell traite chaque note comme une personne singulière, certaines escamotées, d’autres exhaussées ou caressées.

 

Jack Quartet avec Chris Otto (violon), Austin Wulliman (violon), John Pickford Richards (violon alto), Jay Campbell (violoncelle), The Remedy of Fortune

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Le deuxième concert a lieu dans les fossés médiévaux du Louvre, tout près des fondation d’une des tours massives construites sous Philippe Auguste. L’air est plus frais. Un incroyable quatuor à cordes joue « The remedy of fortune », une oeuvre subtile, exigeante, car elle creuse les nuances , énonçant un fil mélodique parfois fragile et vacillant comme une flamme, grignoté de petites inflexions bruitistes, et de tout ce que l’on peut proposer au violon ou à l’alto ( notammentven usant de pizzicato) comme grésillements, craquèlements,  interrompus de temps en temps des prises de paroles plus autoritaires  du violoncelle. Le silence est à la mesure de la concentration incroyable que l’on sent entre tous ces musiciens. Lieu parfait pour un moment parfait.

texte: JF Mondot Dessins : AC Alvoët (autres dessins, peintures, gravures à découvrir sur son site www.annie-claire.com). Ceux qui souhaiteraient acquérir un des dessins illustrant ce blog peuvent s’adresser à la dessinatrice à l’adresse suivante: annie_claire@hotmail.com

Un commentaire

Jean Louis Davies

« J’admire la manière dont Bill Frisell traite chaque note comme une personne singulière, certaines escamotées, d’autres exhaussées ou caressées. »
Comme l’art de Bill Frisell est bien exprimé ici! Ce n’a jamais été le nombre de notes à la seconde qui a compté pour lui, mais leur signification. Un film sur lui a été réalisé récemment, sa projection en France et sa sortie en DVD sera la bienvenue.
On a tendance a oublier qu’il était déjà de l’aventure Zornesque au temps de Naked City, et qu’il était capable de rivaliser en versatilité, fulgurance et tourbillons sonores avec le saxophoniste, comme il est capable de jouer jazz, bop, country, brésilien, blues, rock, surf, sans trahir le style, mais sans avoir recours aux seuls clichés du genre, et en y laissant toujours sa marque. On pourrait juste regretter que – contrairement à Zorn – son évolution incessante ne consiste pas à empiler ses acquis, mais à épurer son jeu de plus en plus. Il a abandonné, par exemple, l’usage de la pédale de volume dont il tirait une expression que personne n’avait jamais imaginé avant lui.

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