Le tranchant de Baptiste Herbin

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Jeudi dernier au Baiser salé, Emil Spanyi et Jean Bardy avaient un invité de choix: le jeune saxophoniste alto Baptiste Herbin.

Emil Spanyi (p), Jean Bardy (b), Baptiste Herbin (as), Le Baiser salé, rue des Lombards , 75004 Paris

 

 

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On parle actuellement beaucoup de Baptiste Herbin dans le microcosme jazzistique. D’abord parce qu’il vient juste de sortir un disque (son deuxième), Interférences, chez JLProd. Ensuite parce que sa virtuosité et sa jeunesse ne pouvaient manquer d’attirer l’attention sur lui.

Je n’avais jamais écouté Herbin. Evidemment, je suis frappé par les réminiscences parkériennes de son jeu, mais il me semble aussi y repérer bien d’autres influences, à commencer par celles de Jackie Mc Lean  (auquel il rend d’ailleurs hommage sur son disque en reprenant une de ses compositions). Il joue vite et fort, avec beaucoup de mordant dans son jeu, et je suis frappé par le tranchant de ses attaques, qui donne un effet percussif très réussi à son jeu. Il est capable d’accélérations foudroyantes, capable aussi de nuancer le son de son alto d’un petit grésillement de souffle ou de notes étranglées.

Sur le premier morceau, Subconscious Lee, il est comme un poisson dans l’eau et fait des merveilles. Le deuxième morceau prend tout le monde par surprise: Chega de saudade. Herbin semble vouloir signifier que son univers ne se résume pas à Oleo et Donna Lee, et son disque porte d’ailleurs la marque de cet éclectisme. Voici donc Herbin confronté à Chega de Saudade. Dans l’exposition du thème, il prouve que son saxophone sait se couler dans le velours et dans la soie. Ensuite, dans l’improvisation il passe un peu trop en force à mon goût, et j’ai le même sentiment sur un autre morceau de Jobim, qu’il joue un peu plus tard. En revanche, sur le dernier morceau du concert, le « Come Sunday » de Duke Ellington, la puissance de Baptiste Herbin fait merveille car elle se change en ferveur. L’émotion est là, du coup, et plus seulement l’admiration.

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Je n’ai pas encore parlé des autres musiciens, qui sont pourtant remarquables. Emil Spanyi est d’une finesse merveilleuse. Jamais rien de trop. Parfois il accompagne Herbin en posant simplement quelques accords à la main gauche. Quant à Jean Bardy, il apporte quelques belles compositions originales, comme « Sa Majesté César » qu’il introduit à l’archet; ça ne dure pas plus de deux ou trois minutes mais la grâce et l’inspiration sont sur lui, et c’est un des plus beaux moments de la soirée.

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Texte JF Mondot

Dessins AC Alvoët

(site de l’artiste:  www.annieclaire.com)

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