Sarah Murcia : amours de contrebasses. Jazzèbre, Perpignan.

« Musicienne compagnon », ou artiste associée de Jazzèbre 2017,  Sarah Murcia était également invitée à une première « Rencontre avec », dans les locaux de la Médiathèque, et elle a assumé cette initiative avec sincérité, un brin d’anxiété, et finalement un brio convaincant.

L’anxiété, perceptible et source d’authenticité, tient à la fois à ce que Sarah Murcia a accepté cette première avec probablement une certaine inquiétude, et à ce que les conditions de diffusion des musiques qu’elle entend nous faire écouter ne se présentent pas bien techniquement. Qu’importe, on y va, et elle fera le va-et-vient entre son micro, son ordinateur, et la salle, suspendue à ce qu’elle dit. Car elle conte l’histoire des amours d’une contrebassiste, qui doit jouer le soir même avec son groupe « Caroline » et des invités de marque, un spectacle titré Never Mind The Future, une manière de rendre actuelle et musicalement superlative un disque célèbre des Sex Pistols.

Mais au début, pour elle, il y a Henri Texier, et Sarah fait entendre un extrait de l’un des albums du contrebassiste et joueur d’oud, qui compose depuis des années dans un registre à la fois engagé et souplement dansant. Étudiante, orientée vers l’université, c’est Jean-François Jenny-Clark qui réussit à la convaincre d’arrêter ses études pour se consacrer à l’instrument. Elle écoute aussi Eberhard Weber, et subit l’influence du mouvement M’Base à travers le groupe Aka Moon, et bien sûr Dave Holland. Elle avoue aimer « prendre la tangente« , et dérouter un peu sa famille (parents universitaires) en empruntant des chemins plus ou moins déviants. JFJK lui fait écouter Scott La Faro (une claque, évidemment), et aussi Miroslav Vitous dans un registre plus lyrique. À cette époque (ou à peu près…) elle joue avec Charlélie Couture et apprend un métier qui n’est pas de tout repos.

Menant de front des engagements professionnels, avec Magik Malik, (10 ans), mais aussi le rockabilly, Fred Poulet, elle commence aussi à chanter sans prétentions d’avoir une voix. Là dessus, JFJK meurt, et cette perte lui révèle aussi combien elle avait peur de son jugement. De Dave Holland elle retiendra qu’il va à l’essentiel, le « groove », et à partir de là les rencontres se diversifient : un groupe de palestiniens, Kamilya Jubran qui devient sa grande compagne de musique. Nous sommes arrivés à l’actualité, qui est faite de travail avec Rodolphe Burger et Pierre Alféri, mais aussi de l’écoute et de la rencontre avec Fred Frith, Jean-François Pauvros, Noël Akchoté : « apprécier la variété à son juste titre » est le point où elle se sent parvenue. De Gilles Coronado elle apprend une chose essentielle : laisser de côté toutes les images sonores des musiciens auxquels elle voudrait ressembler, et tracer son propre chemin. Elle aime et vante les talents de Bruno Chevillon, Thomas Morgan (« en savoir le plus pour en faire le moins« ), Sébastien Boisseau. On écoute alors un extrait de Juste Un Moment, duo avec Noël Akchoté.

Une heure qui est passée bien vite, avec une instrumentiste, musicienne, improvisatrice et compositrice d’une honnêteté artistique exemplaire.

Philippe Méziat

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