Tampere : Girls in Airport et autres sujets

 

Je n’étais venu à Tampere qu’une seule fois, en 2009. Et je me souviens de tout : le musée Lénine, les ponts qui enjambent les rapides, le port et ses bateaux de rivière, l’endroit où chacun peut vendre ses vieux objets à condition de louer un petit box, les disquaires, la directrice du festival (Minnakaisa Kuivalainen) et son directeur artistique (Juhamatti Kaupinnen), l’amabilité de tous, le sourire des femmes, leur blondeur extrême. Et Dave Douglas, Myra Melford avec Mark Dresser et Matt Wilson. Cette superbe unité de lieu et de temps qui donne au visiteur, au « critique », tout loisir de faire son devoir, son travail, tout en y prenant plaisir. 

 

« Girls In Airport« , c’est le nom du groupe qui jouera ce soir en ouverture du festival. En attendant, la jeune femme qui m’attend à Helsinki Airport, grande, brune, élégante, se prénomme Laura. Renseignements pris, c’est un prénom courant en Finalnde. De plus, elle est la fille d’un immigrant italien originaire d’Alberobello ! Incroyable ! Les souvenir remontent : 2004, le « raid » vers Ruvo di Puglia avec Guy Le Querrec (en voiture), notre départ de Capbreton pour joindre d’abord Mulhouse, puis le fin fond de l’Italie en traversant la Suisse, et finalement le voyage vers Alberobello, ses trulli, le photographe ami de Guy qui y réside (Cosmo Laera), la femme de ce dernier qui nous concote un repas des familles, les meilleures mozzarella di bufala d’Italie… Les quelques bouteilles de vins rapportées de là-bas, excellent vin des Pouilles… Laura, je me fredonne la version de Don Byas et ses rythmes…

 

La soirée d’ouverture est programmée par le Copenhagen Jazz Festival, évidemment Christian Dalgas est présent. En voici le contenu :

 

Toto : Tobias Kirstein (dm), Toke Tietze (dm)

 

Maria-Laurette Friis : voc, p, electronics

 

Girls In Airport : Martin Stender (ts), Lars Greve (as, bs, cl), Mathias Holm (claviers), Victor Dybbroe (perc), Mads Forsby (dm)

 

Toto, c’est un duo de batteries en face à face (du genre de ceux que peuvent réaliser Mathias Pontevia et Didier Lasserre à Bordeaux), ou comment développer le roulement de tambour annonciateur d’un événement aux dimensions d’un concert d’une heure. Annoncer, donc (que le festival est commencé), mais aussi tendre vers la lévitation, l’extase peut-être, en usant du principe bien connu : différence et répétition. Soit une belle aventure encadrée par les fumigènes, un des deux batteurs qui ressemble à Tony Scott quand il avait pris de l’âge (quel musicien à redécouvrir, Tony Scott !!!), un beau succès, un bon début.

 

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Maria-Laurette Friis, c’est une vieille connaissance : pianiste, chanteuse, compositrice et poète, elle était l’âme d’un groupe nommé « Tys Tys » (avec piano, trompette et batterie), découvert fin du siècle dernier au festival de jazz de Grenoble (pleurez-le), immédiatement programmé (en 2002 je pense) au BJF, et puis revue une fois à Amsterdam (déjà seule). Elle utilise surtout un Korg, pour un long prélude qui s’avèrera être l’essentiel du concert, place sa voix très haut, en voix de tête, me fait penser un bref instant à Jeanne Added, utilise évidemment des boucles pour se relancer, se dédoubler, se chercher des noises. Tout en elle appelle l’Autre, qui n’est pas là. Tout le monde sait aujourd’hui que « Je est un autre », mais ce qu’on sait moins quand on joue avec soi-même, c’est que le moi est imaginaire, et qu’il est une perdition depuis (au moins) Pascal. La douce folie de « Tys Tys » est envolée, le grain de la voix est encore là, mais les textes, les chorus, le son du groupe… Maria-Laurette n’y est pour rien : le temps (et l’économie) auront voulu ça, la disparition des grandes formations, la facilité du solo, toute cette technologie du dialogue avec soi-même… Backstage, elle me reconnaît, « Philippe Méziat !!! » dit-elle, j’en suis confus, mais oui, elle se souvient. Bien sûr elle veut savoir ce que j’ai pensé du concert, je le lui dis sous la forme la plus juste possible, « the right thing, in the right place, in the right time »… Je vois la déception dans ses yeux. Dix ans. Je suis toujours aussi maladroit.

 

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Et voilà : « Girls In Airport » (évidemment que des garçons) occupe la scène pour un final groovy. Plutôt convaicant dans le genre. Mais il est tard, c’est bien de se retrouver ici. Et dans un rayon de 500 m à peine, trois disquaires à voir d’urgence. Du pain sur la planche.

 

Philippe Méziat

 

 

 

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