La tendresse d’Alexis Avakian conquiert le Sunside

Jeudi dernier, le 2 février, Alexis Avakian présentait le programme de son nouveau disques “Hi Dream” au public parisien réuni au Sunside, en compagnie du pianiste Ludovic Allainmat, du contrebbassiste Mauro Gagano, du batteur Fabrice Moreau et du joueur de duduk Artyom Minasyan.

J’ai connu Alexis Avakian à Calvi, dans le cadre du festival qu’y organisait René Caumer auquel le saxophoniste rend hommage sur son nouveau disque “Hi Dream”. Avakian était un mystère insaisissable. Un fonceur, une boule d’énergie, de générosité, de curiosité, d’appétit de musique, d’optimisme, courant les jam sessions (qui faisaient l’essence de Jazz à Calvi) comme si sa vie en dépendait, les suscitant même, mais pourtant sans ce côté montreur de bites qu’ont les ayatollah, les bourrins et les musclors de la jam session. Et pourtant, les muscles, il n’en manque pas ce praticien du jusitsu, du VTT et des chantiers en tout genre pour financer ses projets artistiques; il n’en manque pas plus que de souffle, lui qui me salue à l’entrée du Sunset : « Ouah ! Y a du monde. J’espère que les premiers rangs ne vont pas avoir mal aux oreilles. Parce que j’envoie, je joue sans micro. »  Derrière la fanfaronnade qu’il porte en bandoulière jusque sur scène, lorsqu’il présente ses musiciens ou ses morceaux, c’est un disque tout en nuance qu’il nous livre avec “Hi Dream”. Déjà, lorsqu’il avait annoncé son premier disque “Digging Chami” avec des références à l’Arménie et la présence d’un joueur de duduk qui nous avaient un peu inquiétés (car elles ont bons dos les musiques du monde dans un argumentaire de presse), il nous avait convaincu, comme par surprise, et il confirme cette première réussite avec ce deuxième disque et ce concert qui en célèbre la sortie, où l’on retrouve le duduk d’Artyom Minasyan sans ces effets new age souvent attachés à l’instrument et sans hiatus avec les autres pièces du programme où l’instrument traditionnel s’efface.

Et si Alexis Avakian est un ténor puissant, en ce sens coltranien comme il l’est dans son héritage harmonique, c’est une certaine tendresse qui fait la cohésion de son programme – compositions et arrangements –, cet équilibre entre puissance et tendresse étant relayé par les musiciens dont il a eu le bon goût de s’entourer dès son disque précédent : Mauro Gargano dont la contrebasse constitue une charpente solide et élégante, Fabrice Moreau qui tout à la fois en habite les combles avec des grâces compliquées de pipistrelle et lui offre d’indéfectibles fondations, Ludovic Allainmat qui joue le jeu de l’interaction avec un sens de l’espace, du récit, du suspens et de la surprise qui en font de ce pianiste encore peu connu, un musicien à suivre.

Il y a quelques jours, l’infatigable Alexis Avakian me confiait qu’il venait de monter un big band pour jouer les compositions de Zool Fleischer… un projet qui parlera à ceux qui se pressaient dans les années 1980 dans la cave du Sunset pour entendre Retour de manivelle, Passage au chinois, La Vaiselle peut attendre et autres Picnic Tragic. • Franck Bergerot

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