The Bridge#0 : chacun son Tours

Au Petit Faucheux, haut lieu tourangeau de la scène jazzistique française, le quartette Twins s’est adjoint Gilles Coronado avant de laisser place à une figure de l’AACM, Roscoe Mitchell, qui n’a pas fait l’unanimité.

Fred Jackson (as,ss), Stéphane Payen (as), Makaya McCraven, Edward Perraud (dm, elec), Gilles Coronado (g). Roscoe Mitchell (as, ss, ssn), Will Guthrie (dm). Tours, le Petit Faucheux, mardi 10 octobre 2017.

Fred Jackson, Stéphane Payen, Makaya McCraven, Edward Perraud et Gilles Coronado. Photo Rémi Angeli

Fred Jackson, Stéphane Payen, Makaya McCraven, Edward Perraud et Gilles Coronado. Photo Rémi Angeli.

 

Les hommes, c’est bien connu, jouent avec le feu. C’est peut-être pour s’amuser davantage que les quatre de Twins ont demandé à Gilles Coronado de venir faire tonitruer sa guitare en leur compagnie. Le mot amusement ne convient guère tant la musique improvisée par ce quintette a paru paraître sombre comme le ciel de la Catalogne ces temps-ci. En même temps, nul ne songera à s’empêcher de se laisser aller à cette alternance en continu et en douceur – si l’on peut dire – de rebonds et d’apaisements. La présence d’un instrument supplémentaire posait à la fois une difficulté et une solution supplémentaires. Dans ce jeu sans préméditation, Gilles Coronado a scandé la partie avec des accords qui ressemblaient à des blocs de béton tombant d’un échafaudage à intervalles réguliers. Hors mis en début et fin d’un premier morceau qui n’aurait sans doute pas connu de second si le public n’avait profité d’une respiration pour y aller de ses applaudissements, la frénésie l’a largement emporté, même dans ses couleurs de ténèbres quasi apocalyptiques. On veut bien croire Edward Perraud quand il jure qu’il n’y a pas l’ombre d’une rivalité entre lui et Makaya McCraven. Même dans le recours aux compléments électroniques, ont sent chez eux une jubilation partagée. Et que ce soit dans les roulements déferlants, les pulsations folles sur les cymbales et les arrêts sur sons, la connivence se lisait sur leur visage. Il n’en fallait pas plus pour que les soufflants fassent de même, Fred Jackson davantage dans la fluidité, Stéphane Payen dans la recherche (et surtout la trouvaille) de hardiesses sonores. Et quand se laissaient percevoir des coups de sonnette et des déflagrations guitaristiques – Coronado jouant de la trompette électrique à six cordes… –, on s’est laissé croire à une espèce de rock tibétain.

 

Roscoe Mitchell et Will Guthrie. Photo Rémi Angeli.

Roscoe Mitchell et Will Guthrie. Photo Rémi Angeli.

L’intégrité de Roscoe Mitchell ne se discute pas. Elle se perçoit dès son entrée sur scène, d’une simplicité qui impressionne. D’abord au sopranino, puis tour à tour à l’alto, au soprano avant de conclure de nouveau au sopranino, le saxophoniste mythique de l’Art Ensemble of Chicago et de l’AACM ne se donne aucun répit. En respiration circulaire quasi tout au long de sa performance, il évacue toute perception de ce qui pourrait s’appeler une mélodie ou un rythme. Passant du craquettement aviaire au suraigu avec des nuances quasi imperceptibles dans le flux et dans l’émission du son (quarts de ton et comas n’ont probablement pas de secrets pour lui), il laisse peu de chance aux non initiés. Ce genre de c’est à prendre ou à laisser aurait peut-être été adouci par un partenariat moins virtuose que celui de Will Guthrie. Merveille que cette cymbale high-hat frénétique, merveille que ce coup de gong nous plongeant dans l’attente d’une surprise, merveille aussi que cette démultiplication de ponctuations inhabituelles (point commun avec Edward Perraud), mais on aurait attendu autre chose que cet accompagnement parfait. Peut-être une volonté d’aller chercher un dialogue qui, selon moi, n’y était pas. Circonstance atténuante : c’était paraît-il leur première. A Brest, ce sera leur seconde. Vamos a ver…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *