The Bridge#0 : Twins totalement acoustique

Ce qu’il y a de bien quand vous êtes comme ça embarqué dans une tournée, c’est que vous partagez la vie des musiciens. Et les musiciens, ils mangent, ils répètent, ils jouent, ils rient, ils parlent. Surtout, ils parlent. Surtout, ils rient. Surtout ils jouent.

On prend les mêmes et on ne recommence pas. Dans ce théâtre du Pavé ouvert à bien des expériences (ne manquez pas, si vous êtes à Toulouse, l’Orca Noise Unit de Jozef Dumoulin programmé le 4 novembre), la prestation de Twins est précédée d’un duo,“sWeenDL” (Marc Jolibois, elec, et Fred Leblond, g), aux effets crépusculaires hallucinatoires. Mais après une heure de ce remuement continu et presque arythmique, le quartette se présente dans une nudité sonore des plus séduisantes : pas l’ombre d’un micro ! L’acoustique est si parfaite qu’Edward Perraud ouvre la session en frappant l’air de sa mailloche avant d’en effleurer une cymbale. La naissance du son ! Makaya emboîte le feutre, suivi d’un Stéphane Payen qui ne fait que jouer sans souffler : le heurt des clés contre les cheminées de son instrument suffit à provoque une série de plop-plop du meilleur effet. Et Fred Jackson s’adjoint comme une ombre, comme un double, émaillant son verbe de nombreux silences, soutenu par les effets électroniques de Makaya et par son drumming, paradoxalement plus traditionnel (en apparence) que celui de Perraud. La température monte presque jusqu’à une sorte de binaire allègre virant à l’échevelé. « Musique sans filet », dira Edward Perraud. Musique parfois si réfléchie (au sens où les miroirs réfléchissent), si concentrée qu’elle figure une architecture aussi précise que spontanée. Beaucoup, dans l’assistance, croient à une préméditation. Mais non : l’enjeu est d’élaborer instantanément des dispositifs qui favorisent l’expression solitaire, duelle, plurielle, sans que personne soit lésé. Fred Jackson, par exemple, ce soir-là, hache son discours de silences, parle en phrases courtes. McCraven lui répond en diffusant en boucle une phrase empruntée à l’improvisation qui vient de s’achever. L’auditeur/trice – il parait que c’est comme ça qu’il faut écrire, pour ne léser aucun genre… – peut ainsi apprécier un discours unique et à quatre voix qui s’invente à chaque mot pour ainsi dire, se structure à chaque phrase avant de se démolir à la première tentation venue. Travail de Sisyphe, peut-être, mais tellement gratifiant. Au point que McCraven et Jackson, qu’on avait vus partager l’après-midi dans d’irrépressibles éclats de rire, s’en donnèrent à cœur joie dans un duo pour saxophone soprano et tambour battant accentuant la vitesse jusqu’à ce que sournoisement – c’est-à-dire drôlement – Stéphane Payen n’invite ses partenaires à partager un moment dévoilant des racines baroques. Comme si, dans une subtile réverbération, il s’agissait moins de se trouver que de se chercher. FRS

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