The End

Si leur concert de mai dernier avait déjà tout pour plaire, celui donné dans la petite salle du Txus à Toulouse s’est avéré meilleur encore. Simultanément planante et hyper-kinétique, la musique du trio s’est resserrée ; le discours s’est fait implacable, le son est devenu matière, projetant dans la stratosphère un intense flux d’énergie qu’aucun obstacle ne saurait contraindre. THE END ou le soundtrack de l’inexorable?

Heddy Boubaker est une figure incontournable de l’improvisation européenne, multipliant les rencontres scéniques et discographiques (avec Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême, Jean-Luc Capozzo, Soizic Lebrat, Tony Marsh, Guillaume Viltard, Sébastien Cirotteau, Frédéric Vaudaux avec ou sans Zed…), aux saxophones puis au synthétiseur modulaire analogique ou, comme c’est le cas ce soir, à la basse électrique, son premier instrument. Son jeu est ample, à la fois tranchant et bourdonnant. Le batteur Fabien Duscombs est membre du trio Whahay (révélation de l’année 2012 par Ludovic Florin, voir aussi sa chronique de leur concert à Luz en juillet dernier sur ce site), et des non moins délectables formations Cannibales et Vahinés, Le Tigre des Platanes, La Friture Moderne ; il a également épaulé Boubaker au sein du Rosa Luxembourg new quintet.

Quant au violoniste Mathieu Werchowski (qui a travaillé avec le guitariste John Russell, le bassiste David Chiesa, l’électro-acousticien Jérôme Noetinger et œuvré dans l’Ensemble Nodal), il amène et prolonge de nombreux envols dans un triangle qui conjugue idéalement le volume et la férocité du rock et les valeurs de l’euro-impro, la porte restant ouverte à l’avènement de grooves protéiformes. Dans cette esthétique, les notions-même de soliste et de section rythmique ont depuis longtemps volé en éclats – pour le meilleur. Des drones mobiles induisent un effet de transe… Timbres et structures sont imbriqués, modulés, dissociés puis reconfigurés selon une logique de la dislocation permanente qui met en évidence les propriétés psychédéliques de la musique, entraînant le public dans un trip collectif… Et si l’appellation « free jazz de fin du monde » est de pure circonstance, le nom du groupe lui, ne l’est pas. On aimerait un album, qui permettrait à l’auditeur de s’enfoncer plus avant dans le champ d’astéroïdes sonores propulsés par THE END…

David Cristol

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