Viktorija sings the blues!

Vblues1Ce concert, la chanteuse Viktorija Gecyte en rêvait. Au milieu du premier set, elle a eu cette phrase, comme si elle se parlait à elle-même : « J’adore le blues, je crois que je pourrais chanter le blues même en dormant… »

 

Péniche l’improviste, Paris (75011), samedi 15 mars

Viktorija Gecyte (chant), Julien Coriatt (piano), Arnaud de Cazanove (trompette), Peter Giron (contrebasse), Ichiro Onoe (batterie)

 

Viktorija Gecyte, jeune chanteuse originaire de Lituanie (elle a d’ailleurs chanté un blues lituanien au cours du concert) semble avoir saisi l’essence du blues: cette alliance un peu bizarre (dont le dosage varie selon les cas) entre mélancolie fondamentale et énergie vitale irrépressible. Elle chante avec un grand sourire (son expression spontanée) qui n’évacue rien de la mélancolie du blues mais qui en restitue la force vitale. Il semble dire, ce grand sourire, « OK, ça va mal, d’accord, mais ça va passer, vous verrez, il y aura bien un rayon de soleil qui viendra percer tous ces vilains nuages ».

Il y a des chanteuses qui charment, vampent, séduisent.  C’est d’ailleurs agréable quand c’est bien fait. Il nous semble que Viktorja Gecyte a une manière plus rare, et plus personnelle de capter l’attention de l’auditeur. Elle lui communique une sorte de fraternité chaleureuse. C’est rare et bouleversant. Sur un plan vocal, Viktorija chante de manière franche et directe. Elle interprète ses chansons sans maniérismes, avec une voix grave mais claire (très différente donc, des raucités un peu affectées d’une Diana Krall). Elle squatte assez rarement, et montre quand elle le fait une belle solidité rythmique. Sur Blue Monk, elle prend un chorus en faisant simplement des « mmh…mmh…mmh » . C’est frais et charmant. Pour résumer les choses, cette fille vous chante toute la soirée que son homme l’a quitté, que son père est mort, que sa mère a la tuberculose, que son chien vient de se faire écraser par une voiture, et vous ressortez de là en faisant des claquettes, en trouvant que l’air de Paris a un goût merveilleusement sucré, et que les gens, dans le métro, ont tous des gueules de braves types…

Le répertoire est puisé dans toutes les couches du blues : il y a des choses assez vieilles (et rarement chantées) comme l’antique Saint Louis Blues de WC Handy (magnifique chorus du trompettiste Arnaud de Cazanove), un standard inoubliable de Lady Day, Lady sings the blues, mais aussi Goodbye Pork Pie hat, Blue Monk, I want a little sugar in my bowl, ou encore You came a long way from Saint Louis, chanté par Peggy Lee et Abbey Lincoln.

Viktorja Gecyte a su s’entourer. Le pianiste Julien Coriatt (que l’on peut entendre tous les lundis au 38 riv) lui a composé un écrin raffiné. Il montre un jeu sensible, un toucher très délicat, c’est le genre de pianiste qui vous fait entendre les paroles quand il joue une ballade. Il joue le blues avec conviction et profondeur. Au cours du second set, il prend un chorus en jouant simplement avec la main droite dans les aigus du piano. C’est merveilleusement fait, merveilleusement bien senti. Red Garland aurait apprécié…

Un autre musicien contribue beaucoup à la réussite de la soirée, le trompettiste Arnaud de Cazanove : Il a un son chaud, un swing puissant, des phrases très chantantes décorées de lambeaux de brouillard. Son timbre s’accorde magnifiquement à celui de la chanteuse.  

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La section rythmique est à la hauteur. Le contrebassiste Peter Giron obtient de beaux effets en renforçant son accompagnement d’effets vocaux.

Pour le dernier morceau, le quintet se lance avec une bonne humeur irrésistible dans un de ces rythm’n blues de la fin des années cinquante, une de ces chansons un peu sucrées que les Beatles auraient pu reprendre au début de leur carrière. Les musiciens accompagnent Viktoria Gecyte de chœurs qui dégagent une bonne humeur irrésistible.

 

 

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On a très envie de revoir ce groupe, dans ce répertoire-là. En dehors de ce répertoire de blues, Viktorja Gecyte et Julien Coriatt ont enregistré un disque avec grand orchestre, Blue Lake, dont on attend la sortie avec le plus vif intérêt.

 

Texte : Jean-François Mondot (« l’antillais »)

Dessins : Annie-Claire Alvoët

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