Dans le numéro d’avril actuellement en kiosques, la guitariste Mary Halvorson commente cinq disques-clé dans son parcours d’auditrice et musicienne. Deux autres albums, éloignés de la sphère du jazz, l’ont accompagnée. Elle y ajoute le conseil d’écoute d’une intégrale de Thelonious Monk en guitare solo.

 

Elliott Smith – Figure 8 (DreamWorks)

 

« Lorsqu’elle passait à la radio ou dans les soirées, la musique d’Elliott Smith ne m’avait jamais marquée. Peut-être que je n’écoutais pas vraiment. Ce n’est pas que je l’aimais ou ne l’aimais pas, mais sa musique ne semblait pas s’adresser à moi, j’étais neutre à son sujet. Comme il y avait pas mal d’admirateurs de l’artiste parmi mes amis, je me suis ouvert de cette indifférence à l’un d’eux. Un jour, cet ami est arrivé avec cinq ou six disques de Smith, pour une séance d’écoute exclusive. Il m’a fait écouter ses chansons préférées de chaque album. Au terme de cette initiation, j’ai cédé : « Ok, je vais essayer. » J’ai acheté Figure 8. Et le choc s’est produit. Je me souviens avoir arpenté Brooklyn avec la musique dans le casque, et avoir soudainement entendu cette musique, sa puissance et son éclat, pour la première fois. Mes habitudes d’écoute frisant l’obsession, j’ai rapidement acquis tous les disques d’Elliott Smith; il n’y en a pas un seul de raté. »

Fiona Apple – The Idler Wheel is Wiser than the Driver of the Screw (Epic)

« Mon expérience avec Fiona Apple a été comparable. Je connaissais son existence mais n’y avais pas prêté attention. Puis, à l’occasion d’un voyage en voiture, une amie a glissé le CD “The Idler Wheel” dans le lecteur. J’ai été assommée d’un seul coup et me suis demandé pourquoi mes oreilles n’avaient pas capté cette musique avant. Quelle intensité dans l’interprétation ! Fiona est incroyable, chacun de ses albums mérite l’écoute. Les arrangements de celui-ci sont très intéressants, dans un style dépouillé. Pour l’essentiel, il y a juste Fiona et le batteur/percussionniste/producteur Charley Drayton. On n’a besoin de rien d’autre, le son est énorme. »

Et une remarque complémentaire sur Thelonious Monk

« Sur le sujet de Thelonious Monk, je me permets de recommander l’écoute d’un projet incroyable : le guitariste Miles Okazaki, qui fait partie de mon quartette, a fait paraître au format numérique ses enregistrements des compositions du pianiste, en solo et avec une approche exhaustive : les 70 pièces attribuées à Monk y sont reprises ! »

“Work (Complete, Volumes 1-6)” : https://okazakiwork.bandcamp.com/releases

 

David Cristol

Photos : Petra Cvelbar (Lisbonne, août 2018)

EN KIOSQUE

20191001 - N° 721 - 100 pages

Entre 1958 et 1964, l’histoire d’amour entre Serge Gainsbourg et le jazz fut l’une des plus passionnantes de sa carrière....