Jazz live
Publié le 27 Mar 2023

Ciao Bergamo : le festival 2023, dernier épisode

Trois concerts pour dire au revoir à Bergame, et pas des moindres : récit de notre dernière journée en Lombardie.

Première étape, non loin du sommet de la ville haute : le Britannique Django Bates donnait en milieu d’après-midi un concert en solo. Le pianiste, qui s’est fait connaître au sein des Loose Tubes, du groupe Earthworks de Bill Bruford où aux côtés de Dudu Pukwana, s’est lancé récemment dans une exploration de son instrument en solitaire, explorant toutes les facettes du clavier qui lui a servi d’ami toutes ces années. Cette solitude face à l’instrument lui inspire une effusion d’énergie communicative, plutôt qu’un discours intimiste et épuré. Il alterne entre une pléiade de climats différents, parcourant le clavier d’arpèges énergiques et lumineux, faisant du piano un accompagnateur et interlocuteur de chansons enjouées ou intimistes ou déploie des improvisations au long cours, perlées et oniriques, avant deconclure sur une coda abrupte et bouillonnante. En guise de final, il invite, au débotté Maria Pia De Vito, directrice artistique du festival et surtout chanteuse Maria Pia De Vito à un duo piano voix du meilleur effet. La classe.

© Rossetti-PHOCUS

Galliano en trio

Après les concerts coup-de-poing de la veille, on ne savait pas trop dans quelle genre d’ambiance allait se retrouver le Teatro Donizetti ce soir. Réponse avec Richard Galliano, qui n’était plus venu au festival depuis 2013 (il le rappelle au public dans un italien très fluide où pointe juste un accent français) mais qui y a toujours ses (très grands) fans. Intro en accordéon solo avant d’accueillir Diego Imbert (contrebasse) et Adrien Moignard (guitare), qui tout au long du concert enlacent parfaitement leur comparse. Il faut dire que les deux sidemen se connaissent par cœur, pour avoir collaboré régulièrement depuis des années. Mais tous deux sont aussi bons accompagnateurs que solistes il n’est pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour que saute aux oreilles toutes les pépites qu’ils sortent de leurs cordes : citations mélodiques, trouvailles harmoniques, nuances infinitésimales, choix des notes, toucher, la totale. Richard Galliano, porté par ces deux compagnons de luxe, livre une performance habitée et s’abandonne totalement, les yeux fermés, à un répertoire que n’interrompt aucune coupure. Grands moments dans le grand moment :  ce Moon River que le maître interprète au melodica, et Oblivion, d’Astor Piazolla, avec son bandonéon qu’il n’emporte pas toujours en tournée. On a beaucoup de chance !

© Rossetti-PHOCUS

Richard Bona prend la relève

Deuxième concert et deuxième trio au casting tout aussi alléchant : le bassiste et chanteur Richard Bona a réuni le guitariste Sylvain Luc et le batteur Nicolas Viccaro. Faut-il s’attendre à une autre intro grandiose ? Ces trois-là peuvent en sortir où et quand ils veulent, mais non, le concert commence par une retouche approfondie du niveau des retours sur scène qui ne conviennent pas au leader. Il y met beaucoup d’humour et on ne le sait pas encore, mais cette mise en bouche est à l’image du reste du concert : décontraction et maîtrise totales, improvisation (jusque dans le répertoire) assumée. Il ne faut pas longtemps avant de se rendre compte à quel point ces trois-là connaissent leur affaire. Plans acrobatiques, placement millimétrique, aisance suprême, toucher divin, avec toujours un peu cet air de ne pas y toucher. C’est désarmant et irrésistible. Il y a aussi, comme toujours chez Richard Bona, de la chanson, et quand on entend sa voix se mêler à son instrument, on se dit que les comparaisons, si flatteuses soient-elles, avec Jaco Benson et George Pastorius, ont fait leur temps. Cet homme-là a un son bien à lui. La maîtrise de Sylvain Luc laisse pantois, les grooves de Nicolas Viccaro n’offrent guère plus de prises à l’entendement, et si certaines annoncent de morceau n’étaient pas si drôles, on aurait sans doute une crampe aux muscles qui permettent de laisser pendre sa mâchoire. C’est une dame très chic qui, en quittant le Théâtre, résume le mieux cette soirée : « Molto bello, tutto ». C’est exactement ça.

© GIORGIACORTI

Le festival est terminé, mais reprendra dès cet été avec deux concerts très attendus : le trio Side Eye de Pat Metheny et Snarky Puppy. Et l’année prochaine, pour l’édition 2024 du Bergamo Jazz, ce n’est plus Maria Pia De Vito qui assure la direction artistique mais le saxophoniste américain Joe Lovano !