Jazz live
Publié le 13 Nov 2019

D’JAZZ NEVERS, 12 novembre : Cluster Table, Damien Groleau Trio, et le Cri du Caire avec Éric Truffaz

La fête continue, l’Ami Bergerot s’en est allé au bureau vers le bouclage du prochain numéro de Jazz Magazine (décembre 2019-janvier 2020), et le plumitif picard du 9-3 prend le relais. Comme toujours à Nevers, belle et franche diversité, et saute-frontières musicales.

©Maxim François

CLUSTER TABLE 

Sylvain LEMÊTRE & Benjamin FLAMENT(percussions)

Nevers, La Maison (de la culture….), petite salle, 12 novembre, 12h15

Le dispositif est impressionnant : deux tables en vis à vis, couvertes des instruments les plus divers, du bol tibétain à la brosse de chiendent (version synthétique) en passant par les tambourins, gongs et autres cloches…. Côté jardin, Sylvain Lemêtre, avec un dispositif tout acoustique, si l’on excepte le capteur situé sous son étrange percussion rectangulaire.

©Maxim François

Côté jardin, Benjamin Flament, avec des capteurs sur la plupart des instruments. Au final, l’ensemble sonne ‘organique’, d’ailleurs il n’y a pas de traitement numérique du son. Comme disait le regretté Jacques Mahieux : «de la musique de musiciens, entièrement faite à la main». Ils se rencontrent régulièrement, pour des séances de travail, qu’ils enregistrent, et d’où sont issues des séquence pré-élaborées. Mais le concert se déroule de manière improvisée, lesdites séquences ressurgissant au fil du dialogue. Par exemple quand l’un des deux, deux mailloches dans chaque main, donne le signe du cluster : le partenaire fait de même, et en parfaite synchronisation ils créent, entre gongs et autres résonateurs, un bon gros cluster (un bel accord dissonant, ou plutôt un désaccord somptueux) qui nous décape les oreilles et nous embarque dans une nouvelle séquence. C’est d’une incroyable richesse de timbres, c’est le paradis des rythmes et de sons, cultivés avec science pour le bonheur de la sensation. Cela parle au plexus autant qu’au cortex. Une indiscutable réussite musicale et artistique.

 

DAMIEN GROLEAU TRIO

Damien Groleau (piano), Sylvain Dubrez (contrebasse), Nicolas Grupp (batterie)

Nevers, La Maison (de la culture….), petite salle, 12 novembre, 18h30

Un jeune pianiste bisontin (de Besançon, donc, pour tous ceux qui, comme moi, n’ont pas en mémoire les gentilés de toutes les communes de France), qui se réjouit des effets bénéfiques du rapprochement de la Franche-Comté et de la Bourgogne au sein d’une même entité. Grâce au dynamique du Centre Régional du Jazz en Bourgogne-Franche-Comté, animé depuis près de 20 ans par Roger Fontanel, qui est ici à Nevers le directeur artistique de festival D’Jazz, les artistes étendent leur diffusion. Et d’ailleurs ce trio jouera 2 jours plus tard à La Vapeur de Dijon. Le trio joue principalement le répertoire d’un disque paru en mai dernier («Trilogues», L’Horizon violet / Absilone), ainsi que quelques emprunts au disques antérieurs. Nous écouterons aussi une version de Letter to Evan, de Bill Evans, et une relecture d’un œuvre de Charles Koechlin, polytechnicien et musicologue dont les écrits nourrissent encore le travail de bien des musiciens.

Une musique un peu corsetée en début de concert, avec des arrangements de détail entre les trois instruments qui peinent à gagner quelque souplesse. Mais cela va se libérer au fil du concert quand, à la faveur d’une impro du pianiste avec un soutien très collectif, la vie va s’instiller dans la musique. Petits péchés de jeunesse : un concert un peu long (le désir de tout dire), certaines phrase improvisées assez prévisibles (l’auditeur aime les surprises!)

 

©Maxim François

Le CRI du CAIRE + ÉRIC TRUFFAZ

Abdullah Miniawy (voix, textes, composition), Peter Corser (saxophone ténor, composition), Karsten Hochapfel (violoncelle), Éric Truffaz (trompette)

Nevers, Théâtre municipal, 12 novembre 2019, 21h

©Maxim François

Le groupe sur la scène du théâtre pendant la balance

 

Après une lecture en prélude de la traduction française du poème Aux Étudiants du Tiers Monde, les artistes entrent en scène. La musique respire un peu les parfums du Maghreb, du Machrek (et de l’Andalousie….). La voix chantée se fait incantatoire, c’est plus une méditation mélancolique qu’une imprécation. Pourtant bientôt, à la faveur d’une sorte de slam, déclamation syncopée et virulente sans accompagnement musical, la tension monte. Un voix off nous donne ensuite la traduction française du poème Les maisons de boue. Le violoncelle met parfois, avec ses effets électroniques, un pizzicato rythmique en boucle, tandis que de l’archet il s’évade en figures répétitives. Le sax aussi parfois déploie de telles itérations, tandis que plus souvent la trompette s’enchante de variations modales. Et la voix d’Abdullah Miniawy dit la ferveur, l’urgence de braver un monde où peut-être musique et poésie seraient encore les plus pacifiques des armes.

©Maxim François

Quand le concert prend fin, l’espoir est encore là : le poids de l’oppression et de la répression qui sévissent en Égypte depuis le coup d’état de 2013 n’a peut-être pas encore étouffé les aspirations de la révolution de 2011.

Xavier Prévost