Jazz à Luz 2019 (4)

20 Jul 2019 #

Dernier jour pour le festival cru 2019, mais pas des moindres aux oreilles des plus aventureux des festivaliers. Avec un final bienheureusement inattendu !

Lundi 15 juillet 2019, Festival Jazz à Luz, voûtes de la Maison de la vallée, 11h00

La Baracande

Basile Brémaud (vx, g), Pierre-Vincent Fortunier (cornemuse béchonnet 11 pouces, vlon), Yann Gourdon (vielle à roue, boîte à bourdons), Guilhem Lacroux (g, tap steel).

À Jazz à Luz, on n’a pas la mémoire courte. Ni les oreilles dans la poche ! En 2016, Yann Gourdon était intervenu au cours d’une table ronde (animée par Anne Montaron) portant sur les collectifs. Il avait alors évoqué la Nòvia, ce collectif de Haute-Loire qui réfléchit à des manières expérimentales d’aborder la musique dite « traditionnelle ». Trois ans plus tard, voilà le collectif représenté par le groupe La Baracande. En guise de préambule à ce concert, Alexandre Pierrepont fit sa seconde intervention orale publique sur le thème « Musiques et traditions ». Il rappela ainsi le virage prit notamment, mais pas seulement, par le groupe Codona dont les productions marquèrent l’histoire en ce sens qu’il donna à entendre une musique qui fait penser à de la musique dite « du monde » alors qu’elle ne se réfère à aucune tradition en particulier. En ce sens, La Baracande serait l’un des petits enfants de Codona. En effet, par l’instrumentation notamment, la musique du groupe évoque soit l’Auvergne, soit l’Irlande, du moins une musique d’apparence populaire européenne (fait accentué par les chants en français évoquant des scènes pastorales, champêtres ou des bonheurs et malheurs de la vie quotidienne), et qui s’en distancie par ses principes musicaux actifs. Ainsi, leur musique se déploie-t-elle sous forme de longues plages répétitives, à la manière des minimalistes des années 1960-1970, les Terry Riley ou Steve Reich, mais cela en évitant l’écriture, l’improvisation étant à l’œuvre la plupart du temps. Une bonne vague de fond pour commencer une journée forte en saveur !

Lundi 15 juillet 2019, Festival Jazz à Luz, voûtes de la Maison de la vallée, 16h00

Duo Luis Vicente & Julien Desprez

Luís Vicente (tp), Julien Desprez (elg)

Victime du succès, votre chroniqueur n’a pu assister au duo improvisé entre Mette Rasmussen (as, fl) et Camille Emaille (perc), la programmation ayant fait salle plus que comble, les abonnés et les réservations passant, comme il se doit, avant les journalistes. Pour se consoler, rien de tel qu’un autre duo improvisé. Se lancer dans le vide peut être grisant, ou inhibiteur, c’est selon. Il semble que pour Luís Vicente et Julien Desprez cela n’ait pas été inhibiteur en tout cas. D’emblée, les musiciens choisissent le terrain du « non-idiomatique ». Cliquetis, bruits blancs, trépignements, sons subitement saturés sont quelques-uns des ingrédients de leurs improvisations totales ; mais aussi une certaine forme d’énergie contenue, comme constamment mise sous pression. De nouveau, je constate une tendance au rituel, par la dimension peu évolutive de cette musique, fonctionnant par paliers stationnaires plutôt qu’en développements de gestes musicaux. Seule la troisième et dernière improvisation penchera initialement vers le mélodique et l’ambiance posée, avant de bifurquer vers la puissance. Peut-être parce qu’il domine le solo, Julien Desprez s’avère force de proposition, le trompettiste ayant tendance à suivre ces offrandes. Mais pour ce qui concerne ce dernier, le meilleur restait à venir.

Lundi 15 juillet 2019, Festival Jazz à Luz, chapiteau, 21h30

Trio Vicente / Govaert / Gebruers

Luís Vicente (tp), Seppe Gebruers (p), Onno Govaert (dr)

Il n’y a que Luz pour proposer de faire sa soirée de clôture avec des inconnus. Ils ne le resteront pas longtemps ! Car la prestation d’improvisation totale donnée par ces trois jeunes musiciens laisse à penser que ce trio va vite trouver sa place dans les festivals d’importance dédiés à la musique improvisée. Leur secret ? Ne rien se refuser ! Ne pas rester cantonné dans le désormais historique « non-idiomatique », mais si besoin recourir à l’idiomatique. Il y eut de ce fait des passages presque romantiques dans leurs improvisations, avec même une certaine forme d’emphase. Des moments franchement mélodiques s’opposèrent à d’autres complètement explosés/explosifs. Le plus impressionnant fut sans doute le pianiste Seppe Gebruers. S’il semble avoir assimilé aussi bien Joachim Kühn, Fred Van Hove ou Misha Mengelberg que Stockhausen, Xenakis ou Boulez, sa performance mis en valeur un jeu subtil 1°) de confirmation des propositions du trompettiste (ou de sa propre initiative), puis 2)° de déni de la proposition, pour 3°) ensuite faire des allers-retours entre confirmation et déni. Si au cours des deux très vastes improvisations (hors bis, donc) il y eut parfois quelques longueurs – dûes sans doute au manque d’expérience de ces jeunes musiciens, puisqu’ils jouaient sur ce type de scène et devant un public aussi important pour la première fois –, le reste du temps le trio porta le public au comble du bonheur. Une fois de plus Jazz à Luz n’a pas raté sa sortie. Mais comment font-ils ?

Coda

C’est à Moop que le festival a confié la tâche de mettre un terme au cru 2019. Comme tous les soirs du festival, les noctambules ont pu apprécier diverses formations, le plus souvent « de caractère ». Malade (et commençant à vieillir… aïe…), votre chroniqueur ne s’est rendu à aucune de ces manifestations pour couche-tard. On m’a rapporté que la prestation du Facteur sauvage (Daniel Scalliet [vx], Mathieu Sourisseau [elb], Laurent Paris [dr]) le samedi 13 juillet fut particulièrement impressionnante. Si je n’ai pas entendu Moop à 1h30 du matin (William Brandy, Guillaume Christophel [bs], Julien Coupet [elg], Erwin Toul [dr]), j’ai pu les entendre au village à 18h. Ils ont présenté une musique là encore le plus souvent rituelle, avec gros son et boucles, le tout épicé de free bienvenu. Le set de la nuit serait différent, ont-ils annoncé au public de 18h.

Ludovic Florin

Brève de jazz

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