JAZZ SUR LE VIF : MARK TURNER Quartet et FRED HERSCH solo

10 Mar 2019 #Concerts

Pour l’amateur que fus, et demeure, l’affiche du jour est une promesse de bonheur mélomaniaque. Promesse tenue au-delà de toute espérance : ce fut pour moi LE concert de la saison ‘Jazz sur le Vif’, laquelle devrait encore nous réserver quelques beaux moments, en avril avec Sclavis, en mai avec l’Orbit Trio, et en juin avec Moutin Factory.

Dans le programme du jour distribué au public, et dans sa présentation liminaire, Arnaud Merlin dédie ce concert à la mémoire de l’Ami André Francis, disparu en février. Une mémoire longuement saluée par les applaudissements du public. Beaucoup d’amateurs éclairés dans la salle, des chenus et des plus jeunes, et des musiciens (dont Steve Coleman), ainsi qu’une foule d’acteurs des media spécialisés, des actifs et des touristes bénévoles, comme le signataire de ces lignes. Un jeune confrère de l’écrit et de la radio, à quelques rangées de moi, oscillera de plaisir tout au long du concert au rythme de la musique.

MARK TURNER QUARTET

Mark Turner (saxophone ténor), Jason Palmer (trompette), Joe Martin (contrebasse), Jonathan Pinson (batterie)

Paris, Maison de la Radio, 9 mars 2019, 20h30

Un quartette dont l’instrumentation rappelle le disque «Lathe of Heaven» (ECM), enregistré en 2013. Mais seul Joe Martin était de l’aventure précédente. En lieu et place d’Avishai Cohen (le trompettiste, pas l’autre….) c’est ici Jason Palmer, un sideman de luxe qui a l’étoffe d’un leader même s’il a peu publié sous son nom. Et à la batterie le jeune (et brillant) Jonathan Pinson, là où le disque cité accueillait Marcus Gilmore. La nomenclature instrumentale fait penser au quartet d’Ornette Coleman (même si Ornette a très peu joué de ténor), mais la musique nous emporte vers Warne Marsh et Lee Konitz. Il y a pourtant dans tout cela une sorte d’aventurisme mélodique à la Ornette, baigné dans une oxymoronique rigueur espiègle de la Galaxie Tristano. Petit malaise de la présentation initiale, quand Mark Tuner s’évertue à parler sans micro aux quelque 800 personnes présentes (jusqu’à ce que le sonorisateur de retour vienne à son secours avec l’objet idoine). Léger malaise aussi dans les premiers instants de musique quand la sonorisation, sur une intro très pianissimo, donne un volume d’enfer à la trompette au centre, et très à droite un volume tout aussi exagéré au ténor, alors que la musique requérait de la nuance. Comme dit un des mes amis contrebassiste, c’est le musicien qui joue les nuances, pas le sonorisateur…. Fort heureusement tout rentra dans l’ordre en peu de minutes, avec un équilibre et un panoramique plus que satisfaisants. D’unissons en contrepoints, les deux souffleurs nous entraînent dans de délicieux méandres : la musique est exigeante mais indéniablement sensuelle. Dans la seconde ligne, le bassiste pose des fondations d’une souple robustesse, tandis que le batteur multiplie les accents intrépides et les salves polyrythmiques. On est loin de toute ostentation, au cœur de la musique pure. La public retient son souffle, et même ses applaudissements en fin de solo, pour laisser jouer à plein la magie des transitions. C’est un régal ! En rappel un thème plus vif, pour le plaisir du contraste avec la cérémonie secrète où nous étions conviés.

 

Pendant la balance, Fred Hersch prend contact avec le piano

FRED HERSCH en solo

Fred Hersch (piano)

Paris, Maison de la Radio, 9 mars 2019, 22h

Un solo de Fred Hersch, c’est toujours, en plus d’un plaisir, une aventure inédite. Même si le pianiste puise dans le large catalogue de ses thèmes favoris, le répertoire est radicalement différent du concert donné en décembre 2016 au Duc des Lombards (http://www.jazzmagazine.com/jazzlive/fred-hersch-solo-duc-lombards/). En préambule, après un thème original qui me paraît influencé par les harmonies de La Chanson de Maxence/You Must Believe in Spring des Demoiselles de Rochefort, (thème où le pianiste multiplie dans l’improvisation, sans jamais s’égarer, les voix intermédiaires) il enchaîne avec une autre de ses compostions, rythmiquement animée, Havana, qu’il avait enregistrée en 2012 pour le disque «Alive at the Vanguard». Au fil du concert Fred Hersch procédera souvent ainsi : une thème lent et méditatif, débouchant ensuite sur une séquence plus vive. Ce sera le cas avec e binôme suivant, signé Tom Jobim. Puis après une impro personnelle sombre et tempétueuse venue des profondeur de la main gauche, le pianiste va déboucher, en toute joie légère sur All of Me. Viennent ensuite Saradande, qu’il avait enregistré voici plus de 30 ans avec Charlie Haden et Joe Baron, From This Moment On , un Cole Porter qu’il affectionne, une chanson de Joni Mitchell, une autre des Beatles, puis un classique, U.M.M.G. de Billy Strayhorn, passé à la moulinette déstructurante, tendance Thelonious Monk. Après la Pastorale de Robert Schumann (qu’il avait enregistrée en 2014), Fred Hersch retourne vers une composition personnelle qui ne cache pas sa fascination pour Monk ; d’ailleurs il donnera ensuite une version très personnelle de ‘Round About Midnight, avant Eronel, qu’il affectionne. Pour conclure deux rappels : une chanson de Billy Joel qu’il joue régulièrement, et When I’m Sixty Four, des Beatles, pour nous rappeler qu’il aura 64 ans cette année ! Tout au long du concert nous avons été happés, conquis : pas de place ici pour les facilités de la séduction. La musique est forte, on s’y plonge avec délices et concentration. Pour conclure mon compte-rendu de décembre 2016, j’écrivais : «un Grand Maître». Je persiste, et je signe….

Xavier Prévost

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On me confirme que ces concerts seront diffusés l’été prochain sur France Musique. Je vous promets un calendrier précis dès que notre radio favorite voudra bien me transmettre l’information (généralement un peu avant l’été)

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Lien vers les programme des concerts ‘Jazz sur le Vif’ sur le site de la Maison de la Radio

https://www.maisondelaradio.fr/concerts-de-radio-france-saison-1819/jazz

Brève de jazz

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Jazz Magazine de mars (N°725)

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