JAZZDOR 2022, dernière escale

20 Nov 2022 #Festivals

L’Ami Stéphane Olivier vous a rendu compte de concerts qui se sont donnés au début du festival (lien ici), et il me revient le plaisir de vous narrer mes impressions de la phase conclusive. Grand plaisir : deux soirées extrêmement différentes, mais qui l’une et l’autre sont au cœur des musiques que nous aimons

NOCES TRANSLUCIDES

François Corneloup (saxophones baryton & soprano), Anne Alvaro (récitante), Jacky Molard (violon), Sophia Domancich (piano électrique), Joachim Florent (contrebasse)

Photo graphie de Guy Le Querrec, texte de Jean Rochard

Ostwald, Le Point d’eau, 17 novembre 2022, 20h

Le concert se tient à Ostwald, dans une commune voisine de Strasbourg, et qui fait partie de la communauté urbaine, dont beaucoup de villes accueillent le festival

C’est plus qu’un concert : une proposition artistique transversale qui associe une photographie de Guy Le Querrec, laquelle a inspiré un texte de Jean Rochard, et une musique de François Corneloup, qui fut l’initiateur de cette aventure.

Le texte de Jean Rochard est comme une succession de variations sur l’une des photographies prises par Guy Le Querrec lors d’un mariage à Auray (Morbihan) à l’été de 1978. L’imaginaire, le présent de l’instantané photographique (toutes les nuances de cette photo en presque noir et nuances de gris), les traces de la mémoire collective, le convenu comme le fantasme, l’espoir et les désillusion de l’amour, et mille autres choses, nourrissent ce beau texte, magnifiquement incarné par la comédienne Anne Alvaro.

La musique, d’une belle écriture (mais avec des espaces d’expression improvisée pour les membres du quartette), dit éloquemment la mélancolie qui émane de la photographie. Elle respire aussi la vigueur de la musique celtique, incarnée par la présence du violoniste, acteur du jazz et de la musique improvisée autant que de la tradition régionale

Devant la photo projetée en très grand format en fond de scène, la contrebasse et le piano électrique introduisent, en douceur, une sorte de cérémonie secrète. Ils sont rejoints par le violon et le sax baryton. Anne Alvaro se retourne, vers sa droite, pour s’imprégner de la photographie, et spécialement de cette silhouette de femme âgée d’où émane une infinie mélancolie, et les traces de probables souffrances. La musique devient plus vive, puis la voix et le texte émergeront de cette image saisie sur le vif, porteuse de toutes les nuances et de toutes les vies dont l’instantané photographique devient le messager. Je ne vais pas vous décrire par le menu le déroulement de ce concert-lecture sur une image, mais je puis témoigner que ce fut d’une belle intensité et d’une grande beauté, la relation entre la voix, le texte, la photo et la musique ne cédant jamais à la facilité illustrative, mais jouant des nuances, parfois jusqu’à l’oxymore. Très belle réussite artistique !

Le lendemain le festival se transporte à la Briqueterie de Schiltigheim, grande salle d’environ 600 places qui sera comble pour l’ultime concert de l’édition 2022 du festival

BLACK LIVES From Generation to Generation

Tutu Puoane & Christie Dashiell (voix), Sharrif Simmons (spoken word), DJ Grazzhoppa (platines), Jacques Schwarz-Bart (saxophone ténor), Marcus Strickland (saxophones ténor & soprano, clarinette basse), Andy Milne (piano), Federico González Peña (piano électrique, piano numérique), David Gilmore (guitare), Jean-Paul Bourelly (guitare), Adam Falcon (guitare & voix), Reggie Washington (contrebasse & guitare basse), Gene Lake & Marque Gilmore (batteries)

Schiltigheim, La Briqueterie, 18 novembre 2022, 20h30

Moment très attendu que ce concert d’un groupe qui prolonge le disque éponyme paru au printemps dernier. Plus d’une vingtaine d’artistes afro-américains, caribéens, africains…. s’étaient réunis pour célébrer la lutte contre la discrimination. Et une quinzaine d’entre eux (et elles) se retrouvaient en novembre pour une tournée de Bruxelles à Londres en passant par le Luxembourg, Paris et Strasbourg.

Le concert met en évidence la diversité des familles musicales (et des générations) d’où proviennent les artistes. Et ce qui frappe, c’est l’aisance (et plus que cela : l’engagement, l’authenticité, l’inspiration….) avec lesquelles ils et elles parcourent tous les horizons des musiques qui sont leurs. Le jazz, la soul music, le funk, le jazz-fusion des années 70, les musiques d’Afrique (et d’ailleurs), le rock, le scratching, le blues et le gospel sont brassés, effleurés, magnifiés, avec une intensité folle (et de vrais moments de nuances aussi). La musique est de haut vol, les solistes impeccables, et ce qui frappe aussi, dans cette assemblée d’artistes très renommés, c’est l’absence totale de conflits d’ego, le talent singulier mis au service exclusif de la musique. Dans ce tourbillon d’intensité explosive, des moments de grâce aussi, quand Tutu Poane chante en petit comité, accompagnée par Marcus Strickland et Andy Milne : ça commence comme du gospel, et progressivement l’esprit tourne à la soul music (signant ainsi le chemin naturel, et culturel, qui conduit de l’un à l’autre). Miracle d’un langage devenu universel pour beaucoup de mélomanes de tous les pays et de toutes les générations. Et puis, avec la musique (et aussi entre les séquences musicales), la voix parlée, dont les spoken words nous disent ces luttes pour l’égalité et contre le racisme. Sharrif Simmons le fera aussi en français, comme pour nous rappeler que ce combat est aussi le nôtre. Et dans la musique s’insèrent des séquences enregistrées qui abordent aussi ce thème : une voix féminine qui lance ‘Enough is enough’, ou une autre voix (celle d’Oliver Lake, présent sur le disque?), pour rappeler en litanie ce que le nom de George Floyd dira longtemps à la conscience de notre monde. Bref ce fut un grand moment de musique, fédérateur au vrai sens du terme (pas celui qu’entendent les publicitaires, l’industrie culturelle ou les démagogues). Le degré de communication entre les artistes, et entre le groupe et la salle, était impressionnant. Public comblé, chroniqueur inclus, et il y avait beaucoup de monde debout pour écouter le dernier morceau avec ses pieds et ses gestes autant qu’avec l’oreille et le cœur.

Xavier Prévost

photographie de Teona Goreci pour le festival Jazzdor

 

Le concert du New Morning la veille a été filmé, et on devrait le retrouver sur le site de France Télévision en décembre

Brève de jazz

Disparition de Giuseppe Pino.

C’est avec une tristesse infinie que nous avons appris cette nuit la disparition de notre ami et collaborateur historique de Jazz Magazine Giuseppe Pino. Il a immortalisé les plus grands noms du jazz, ses photos ont illustré d'innombrables couverture de Jazz Magazine et de pochettes de disques.

Adieu à Daniel Farhi

Nous venons d'apprendre la disparition de Daniel Farhi. Cofondateur avec son frère Alain du premier New Morning, à Genève en 1976 avant d’être transplanté à Paris, cet infatigable passionné, à qui l’on doit l’une des plus belles aventures du jazz, est décédé vendredi à l’âge de 77 ans.

Chick Corea s’en est allé

C’est avec une grande tristesse que nous venons d'apprendre la disparition du légendaire pianiste Chick Corea, à l'âge de 79 ans. Sideman inoubliable, leader à nul autre pareil, il n'avait jamais cessé de partager les musiques auxquelles il avait dédié sa vie.

EN KIOSQUE

20221101 - N° 754 - 84 pages

Un piano, une contrebasse, une batterie : c’est la formule magique qui unit depuis des décennies les meilleurs solistes de...