PIERRICK HARDY Acoustic Quartet ‘L’Ogre Intact’

29 Nov 2019 #Concerts

Pour la sortie du disque «L’Ogre Intact» (émouvance / Absilone) le jour-même, le quartette du guitariste Pierrick Hardy donnait un concert dans la salle 2 du Triton. Grand moment d’une musique d’autant plus précieuse qu’elle est inclassable

PIERRICK HARDY QUARTET 

Pierrick Hardy (guitare, clarinette, composition), Catherine Delaunay (clarinette, cor de basset), Régis Huby (violon), Claude Tchamitchian (contrebasse)

Les Lilas, Le Triton, 28 novembre 2019, 20h30

Depuis le Concours de la Défense en 1992, où il fut lauréat pour son duo avec l’accordina de Francis Jauvain, j’ai toujours été touché par la profonde musicalité de Pierrick Hardy. Le concert de ce quartette donne le répertoire du tout nouveau disque, dans un ordre légèrement modifié. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’extraordinaire concentration, un sens infini des nuances, du son le plus ténu jusqu’au fortississimo le plus explosif. La musique est comme une succession de paysages instrumentaux, et puise à toutes les sources musicales du vingtième siècle, d’Alban Berg à Philip Glass, en passant par le jazz et les musiques traditionnelles que ledit siècle a magnifiées, avant de les exploiter sous couvert de world music. Ici la guitare se fait furtivement révélatrice d’un flamenco très contemporain ; là on croit vivre un instant de balkanisme bretonnant. Ailleurs le jazz rappelle sa signature d’absolue vitalité : pour ceux qui sont sur scène, et pour nous qui les écoutons, jazz est synonyme de musique (très) vivante. L’écriture est fine, les pièces regorgent de déviations subtiles, de rebondissements inattendus. Les tensions harmoniques sont riches, des plus douces aux plus violentes (et les plus violentes ne sont pas les moins jouissives). La musique circule sans cesse en dialogues successifs, la contrebasse de Claude Tchamitchian improvisant face à un trio qui pose des rebonds précis ; ou encore la clarinette de Catherine Delaunay et le violon de Régis Huby se livrant à une joute amicale et périlleuse sous le regard complice, et admiratif, de leurs deux partenaires. Et quand Pierrick Hardy s’évade en solo, c’est chaque fois un grand moment d’une musique qui n’est jamais prisonnière des clichés instrumentaux. Bref, ce fut pour tout le public, très nombreux au parterre comme au balcon, un moment de joie intense, joie musicale, transcendée par l’humanité profonde d’un tel projet.

Xavier Prévost

Brève de jazz

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20200601 - N° 728 - 100 pages

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