Rocher de Palmer: Ryan Porter, ou les amours du jazz et du hip hop

17 Oct 2019 #

Premier concert de sa première tournée en Europe en tant que leader: le tromboniste Ryan Porter entendu auprès de Kendrick Lamar ou Jay Z importe son orchestre baptisé explicitement Thé West Coast Get Down. Un débarquement de jeunes musiciens qui jouent dans les ca nos du jazz sans se prendre la tête. Façon copains joyeux lurons de LA décidés à se faire , à transmettre du plaisir instruments en mains. Par et pour le jazz.

Béret noir vissé sur le crâne, raybans à reflets,manchon en métal cuivré à l’epaule droite et cheich en bandoulière: à l’image de l’excentrique bassiste Miles Mosley, cet orchestre de jeunes musiciens de Los Angeles arbore un look façon gangsta rap. Pourtant au bout d’une minute d’ecoute s’impose à l’oreille un jazz quasi conventionnel, entre hard bop et west coast restitué…

Ryan Porter (tb), Kamasi Washington (ts), Jumaane Smith (tp), Brandon Coleman (elp, cla), Miles Mosley (b), Tony Austin dm)

Le Rocher de Palmer, Cenon (33152), 15 octobre

 

Ryan Porter

Une des matrices de ce collectif baptisé intentionnellement West Coast Get Down par Ryan Porter figure le travail en section. Base thématique, introduction des thèmes, unissons longuement exposés en marque de fabrique (Maggie) Dès le premier morceau Madyba -hommage à la figure de Nelson Mandela– le chorus de sax ténor (long comme de coutume dans son propre groupe, un poil moins tumultueux peut être question corpus et volume) de son complice Kamasi Washington s’affiche plus coltranien que Coltrane (il en sourira d’ailleurs plus tard lorsqu’on lui en fera la remarque…)

 

 

Kamasi Washington

Là se trouve sans doute le paradoxe apparent de ce collectif constitué de « copains qu que connaissent depuis des années » Ils figurent au personnel de disques signés Kendrick Lamar, Snoop Dog ou même Jay Z, soit le gotah des hip hopers branchés. Pourtant dans le même temps ils revendiquent une filiation directe avec les « jazz giants » Entre deux morceaux le leader donne une justification personnelle de sa démarche « J’aime le jazz et j’adore le Hip Hop » Une référence que l’on retrouve dans la construction, le déroulement des compositions présentées. Marque sans doute de la coloration soul voire funk insufflée au jazz livré ainsi live, dès lors que mélodie et solos tournent fort sur une rythmique très syncopée (Cariacou) Tradition, référence appuyée aux noms historiques. Ryan Porter, encore lui cité nommément Coltrane et Monk pour leur science musicale. Avant de se lancer au beau milieu du concert dans un long speech quelque peu baroque à propos de la spiritualité du premier sur le bon esprit, la bonne éducation nécessaire, la  « bonté » (sic) à faire valoir au quotidien. D’où le titre de son dernier album Force for good, leitmotiv qui revient souvent dans la présentation des thèmes à venir. Tradition, mémorandum du l’histoire du jazz toujours. Les chorus de trombone en portent une trace directe, son clair, accents moelleux aptes à flatter la melodie (Memory Band). À fermer les yeux on croirait presque entendre dans ces sonorités J.J. Johnson, Kai Winding ou même Jimy Kneper chez Mingus..

Brandin Coleman, cool man !

 

.Deux heures d’un musique riche en évocation comme en savoir faire instrumental (étonnante prestation du pianiste Brandon Coleman, tellement expressionniste, limite extravagant  auprès de Kamasi Washington, ici classique en diable, sage dans un jeu de piano…bien fait, avec les accents idoines au genre abordé) S’ils en avaient été les témoins les deux autres grands noms du jazz contemporains cités par Ryan Porter, Herbie Hancok comme Wynton Marsalis (surtout) auraient sans doute goûté à cette version jazz ainsi « historiquement » restituée.

 

Force for good

 

Robert Latxague

Concert : Ryan Porter jeudi 17 octobre 21 h au New Morning, Paris

 

Brève de jazz

Raphaël Imbert à la tête du CRR de Marseille

La Ville de Marseille vient d’annoncer la nomination du saxophoniste Raphaël Imbert à la tête du conservatoire à rayonnement régional de Marseille, quelques jours à peine après avoir fait l’affiche du festival de jazz des cinq continents avec sa compagnie le Nine spirit.

Les Grands Prix de l’Académie Charles Cros ont été décernés hier soir

Grand Prix Jazz à CÉCILE McLORIN SALVANT pour son disque 'The Window' (Mack Avenue / Pias) Grand Prix Blues au groupe DELGRES pour son disque 'Mo Jodi' (PIAS) JORDI PUJOL, du label Fresh Sound, a reçu un Prix in honorem pour son travail sur l'édition phonographique et les rééditions, depuis 1983, et en particulier pour ses récentes publications de rééditions et d'inédits du jazz français des années 40 à 60. JOËLLE LÉANDRE a reçu un Prix in honorem en musique contemporaine pour l'ensemble de son parcours musical, à l’occasion de la parution récente de 'Double bass', ( B. Jolas, G. Scelsi, J. Cage, J. Druckmann, J. Léandre par J. Léandre) (Empreinte digitale). Elle a publié également cette année plusieurs disques de musique improvisée http://charlescros.org

Bill Carrothers: solo unique au Duc

C'est sans doute le pianiste le plus rare de notre époque, à tous les sens du terme: si l'ont tient bien nos tablettes, l'immense Bill Carrothers ne s'était plus produit à Paris depuis... 2011! Alors, pour une fois qu'il quitte sa retraite du fin fond du Michigan, on ne manquera pas sous aucun prétexte son unique date au Duc des Lombards ce jeudi 6 décembre, qui plus dans l’intimité d'un solo, configuration dans laquelle il nous a livré ses plus grands disques.

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20191101 - N° 722 - 100 pages

Pour la première fois, Kyle Eastwood le fils et Clint Eastwood le père sont réunis dans les pages de Jazz...