Jazz live
Publié le 28 Fév 2015

Christophe Lier. Quatre-vingt huit touches et un coup de crayon

Désormais fixé à Toulouse après des pérégrinations qui l’ont conduit aux quatre coins du monde, le pianiste, organiste et compositeur Christophe Lier donnait fin février, au Centre culturel Alban-Minville, un aperçu de ses talents. Occasion de constater que cet ancien élève de Michel Sardaby possède plus d’une corde à son arc. Ou, si l’on préfère, plus d’une corde à sa lyre.

 

 

 

Christophe Lier (p), Hervé Rousseaux (ts, ss, cl), Jérôme Auguste-Charlery (b), Jean-Lou Escalle (dm). Toulouse, Centre culturel Alban-Minville, 27 février.

 

 

« Gloutons optiques, mais sourdingues ». Ainsi mon bon maître André Lebois qualifiait-il André Breton et les Surréalistes. Trop avisé, sans doute, pour en inférer une incompatibilité générale entre les arts de l’œil et ceux de l’oreille, la musique, le dessin et la peinture. Eût-il connu Christophe Lier, il aurait révisé son jugement. Et puis, il y eut, certes, des précédents. Miles, qui maniait le pinceau comme les pistons de sa trompette. Ou Daniel Humair, aussi à l’aise devant un chevalet que derrière sa batterie. Voire Louis Armstrong, dont les collages s’apparentent à ceux de Max Ernst et de Jacques Prévert. Ce sont les exemples qui me viennent spontanément à l’esprit, mais il en est d’autres.

 

Commençons par les plaisirs de l’oreille. Le quartette réuni par le pianiste montra devant un public réceptif qu’en dépit de rencontres et de répétitions trop peu fréquentes, il savait retrouver des réflexes et des repères communs. Il est vrai qu’il n’en est pas à son coup d’essai et que des musiciens aussi chevronnés que Jean-Lou Escalle et Hervé Rousseaux ont capitalisé assez d’expériences diverses pour assumer leur rôle dans n’importe quel contexte.

 

Le premier fait preuve d’une grande maîtrise rythmique. Il s’y entend pour stimuler le soliste, le susciter, dialoguer tour à tour avec ses partenaires. Si le titre du film de Mankiewicz La Comtesse aux pieds nus finit, dès le milieu des années 50, par coller à la peau d’Ava Gardner, Escalle, pour sa part, pourrait revendiquer sinon celui de L’Homme au bras d’or (l’appellation est déjà prise), du moins Le Batteur aux mains nues, tant il excelle dans une pratique qui met en valeur les nuances de son jeu. Et aussi son entente avec Jérôme Auguste-Charlery, bassiste dont les développements solistes retiennent toujours l’attention. Quant à Hervé Rousseaux, il oscille entre la suavité et une véhémence sporadique qui l’apparente souvent, au ténor, à Sonny Rollins. Jusque dans la gestuelle, ce balancement du corps qui accompagne ses improvisations. Jusque dans les sinuosités d’un discours qui ne fuit pas les réitérations spiralées. Parfois, il évoque Coltrane. Il serait toutefois loisible de repérer chez lui d’autres influences, notamment celle de Stan Getz dans les ballades où sa sonorité fait merveille.

 

Le leader, pianiste délié, doté d’une solide main gauche et d’une connaissance harmonique puisée aux meilleures sources, dont celle de Bud Powell, (mais il célèbre Sonny Clark, l’un de ses pianistes favoris, et Eddy Louiss, pour ce qui est de l’orgue), a signé toutes les compositions. Beaucoup s’inspirent des rythmes et des thèmes caribéens ou antillais, certaines conservent un parfum oriental. La plupart ont des titres où fleurit le calembour. Marcel Duchamp et les Surréalistes, pour en revenir à eux, auraient apprécié. Autant de traces de la personnalité d’un globe trotter impénitent : séjours successifs à Taiwan puis à Hong Kong et Pékin. Au total, et sans compter des tournées dans d’autres parties du mode, plus d’une bonne vingtaine d’années. Assez longtemps pour se frotter aussi aux Américains, à la pédagogie, et devenir un pilier du jazz asiatique.

 

Tout cela, qui se reflète dans son inspiration musicale, apparaît avec une clarté plus aveuglante encore dans l’exposition que propose, jusqu’au 2 mars, le Centre culturel Alban-Minville. Une cinquantaine de portraits de musiciens, crayon et fusain, où se mêlent sens de l’observation et du gag. Où le souci de figurer le physique aussi fidèlement que le permet la caricature n’occulte jamais celui de suggérer les aspirations spirituelles de ses modèles. Cette exposition « Jazzy Mages » propose maintes trouvailles. Elle permet de découvrir, avec un autre volet de son talent, l’originalité d’un artiste attachant qui vient fort à propos enrichir la scène toulousaine du jazz .

 

Jacques Aboucaya

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Désormais fixé à Toulouse après des pérégrinations qui l’ont conduit aux quatre coins du monde, le pianiste, organiste et compositeur Christophe Lier donnait fin février, au Centre culturel Alban-Minville, un aperçu de ses talents. Occasion de constater que cet ancien élève de Michel Sardaby possède plus d’une corde à son arc. Ou, si l’on préfère, plus d’une corde à sa lyre.

 

 

 

Christophe Lier (p), Hervé Rousseaux (ts, ss, cl), Jérôme Auguste-Charlery (b), Jean-Lou Escalle (dm). Toulouse, Centre culturel Alban-Minville, 27 février.

 

 

« Gloutons optiques, mais sourdingues ». Ainsi mon bon maître André Lebois qualifiait-il André Breton et les Surréalistes. Trop avisé, sans doute, pour en inférer une incompatibilité générale entre les arts de l’œil et ceux de l’oreille, la musique, le dessin et la peinture. Eût-il connu Christophe Lier, il aurait révisé son jugement. Et puis, il y eut, certes, des précédents. Miles, qui maniait le pinceau comme les pistons de sa trompette. Ou Daniel Humair, aussi à l’aise devant un chevalet que derrière sa batterie. Voire Louis Armstrong, dont les collages s’apparentent à ceux de Max Ernst et de Jacques Prévert. Ce sont les exemples qui me viennent spontanément à l’esprit, mais il en est d’autres.

 

Commençons par les plaisirs de l’oreille. Le quartette réuni par le pianiste montra devant un public réceptif qu’en dépit de rencontres et de répétitions trop peu fréquentes, il savait retrouver des réflexes et des repères communs. Il est vrai qu’il n’en est pas à son coup d’essai et que des musiciens aussi chevronnés que Jean-Lou Escalle et Hervé Rousseaux ont capitalisé assez d’expériences diverses pour assumer leur rôle dans n’importe quel contexte.

 

Le premier fait preuve d’une grande maîtrise rythmique. Il s’y entend pour stimuler le soliste, le susciter, dialoguer tour à tour avec ses partenaires. Si le titre du film de Mankiewicz La Comtesse aux pieds nus finit, dès le milieu des années 50, par coller à la peau d’Ava Gardner, Escalle, pour sa part, pourrait revendiquer sinon celui de L’Homme au bras d’or (l’appellation est déjà prise), du moins Le Batteur aux mains nues, tant il excelle dans une pratique qui met en valeur les nuances de son jeu. Et aussi son entente avec Jérôme Auguste-Charlery, bassiste dont les développements solistes retiennent toujours l’attention. Quant à Hervé Rousseaux, il oscille entre la suavité et une véhémence sporadique qui l’apparente souvent, au ténor, à Sonny Rollins. Jusque dans la gestuelle, ce balancement du corps qui accompagne ses improvisations. Jusque dans les sinuosités d’un discours qui ne fuit pas les réitérations spiralées. Parfois, il évoque Coltrane. Il serait toutefois loisible de repérer chez lui d’autres influences, notamment celle de Stan Getz dans les ballades où sa sonorité fait merveille.

 

Le leader, pianiste délié, doté d’une solide main gauche et d’une connaissance harmonique puisée aux meilleures sources, dont celle de Bud Powell, (mais il célèbre Sonny Clark, l’un de ses pianistes favoris, et Eddy Louiss, pour ce qui est de l’orgue), a signé toutes les compositions. Beaucoup s’inspirent des rythmes et des thèmes caribéens ou antillais, certaines conservent un parfum oriental. La plupart ont des titres où fleurit le calembour. Marcel Duchamp et les Surréalistes, pour en revenir à eux, auraient apprécié. Autant de traces de la personnalité d’un globe trotter impénitent : séjours successifs à Taiwan puis à Hong Kong et Pékin. Au total, et sans compter des tournées dans d’autres parties du mode, plus d’une bonne vingtaine d’années. Assez longtemps pour se frotter aussi aux Américains, à la pédagogie, et devenir un pilier du jazz asiatique.

 

Tout cela, qui se reflète dans son inspiration musicale, apparaît avec une clarté plus aveuglante encore dans l’exposition que propose, jusqu’au 2 mars, le Centre culturel Alban-Minville. Une cinquantaine de portraits de musiciens, crayon et fusain, où se mêlent sens de l’observation et du gag. Où le souci de figurer le physique aussi fidèlement que le permet la caricature n’occulte jamais celui de suggérer les aspirations spirituelles de ses modèles. Cette exposition « Jazzy Mages » propose maintes trouvailles. Elle permet de découvrir, avec un autre volet de son talent, l’originalité d’un artiste attachant qui vient fort à propos enrichir la scène toulousaine du jazz .

 

Jacques Aboucaya

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Désormais fixé à Toulouse après des pérégrinations qui l’ont conduit aux quatre coins du monde, le pianiste, organiste et compositeur Christophe Lier donnait fin février, au Centre culturel Alban-Minville, un aperçu de ses talents. Occasion de constater que cet ancien élève de Michel Sardaby possède plus d’une corde à son arc. Ou, si l’on préfère, plus d’une corde à sa lyre.

 

 

 

Christophe Lier (p), Hervé Rousseaux (ts, ss, cl), Jérôme Auguste-Charlery (b), Jean-Lou Escalle (dm). Toulouse, Centre culturel Alban-Minville, 27 février.

 

 

« Gloutons optiques, mais sourdingues ». Ainsi mon bon maître André Lebois qualifiait-il André Breton et les Surréalistes. Trop avisé, sans doute, pour en inférer une incompatibilité générale entre les arts de l’œil et ceux de l’oreille, la musique, le dessin et la peinture. Eût-il connu Christophe Lier, il aurait révisé son jugement. Et puis, il y eut, certes, des précédents. Miles, qui maniait le pinceau comme les pistons de sa trompette. Ou Daniel Humair, aussi à l’aise devant un chevalet que derrière sa batterie. Voire Louis Armstrong, dont les collages s’apparentent à ceux de Max Ernst et de Jacques Prévert. Ce sont les exemples qui me viennent spontanément à l’esprit, mais il en est d’autres.

 

Commençons par les plaisirs de l’oreille. Le quartette réuni par le pianiste montra devant un public réceptif qu’en dépit de rencontres et de répétitions trop peu fréquentes, il savait retrouver des réflexes et des repères communs. Il est vrai qu’il n’en est pas à son coup d’essai et que des musiciens aussi chevronnés que Jean-Lou Escalle et Hervé Rousseaux ont capitalisé assez d’expériences diverses pour assumer leur rôle dans n’importe quel contexte.

 

Le premier fait preuve d’une grande maîtrise rythmique. Il s’y entend pour stimuler le soliste, le susciter, dialoguer tour à tour avec ses partenaires. Si le titre du film de Mankiewicz La Comtesse aux pieds nus finit, dès le milieu des années 50, par coller à la peau d’Ava Gardner, Escalle, pour sa part, pourrait revendiquer sinon celui de L’Homme au bras d’or (l’appellation est déjà prise), du moins Le Batteur aux mains nues, tant il excelle dans une pratique qui met en valeur les nuances de son jeu. Et aussi son entente avec Jérôme Auguste-Charlery, bassiste dont les développements solistes retiennent toujours l’attention. Quant à Hervé Rousseaux, il oscille entre la suavité et une véhémence sporadique qui l’apparente souvent, au ténor, à Sonny Rollins. Jusque dans la gestuelle, ce balancement du corps qui accompagne ses improvisations. Jusque dans les sinuosités d’un discours qui ne fuit pas les réitérations spiralées. Parfois, il évoque Coltrane. Il serait toutefois loisible de repérer chez lui d’autres influences, notamment celle de Stan Getz dans les ballades où sa sonorité fait merveille.

 

Le leader, pianiste délié, doté d’une solide main gauche et d’une connaissance harmonique puisée aux meilleures sources, dont celle de Bud Powell, (mais il célèbre Sonny Clark, l’un de ses pianistes favoris, et Eddy Louiss, pour ce qui est de l’orgue), a signé toutes les compositions. Beaucoup s’inspirent des rythmes et des thèmes caribéens ou antillais, certaines conservent un parfum oriental. La plupart ont des titres où fleurit le calembour. Marcel Duchamp et les Surréalistes, pour en revenir à eux, auraient apprécié. Autant de traces de la personnalité d’un globe trotter impénitent : séjours successifs à Taiwan puis à Hong Kong et Pékin. Au total, et sans compter des tournées dans d’autres parties du mode, plus d’une bonne vingtaine d’années. Assez longtemps pour se frotter aussi aux Américains, à la pédagogie, et devenir un pilier du jazz asiatique.

 

Tout cela, qui se reflète dans son inspiration musicale, apparaît avec une clarté plus aveuglante encore dans l’exposition que propose, jusqu’au 2 mars, le Centre culturel Alban-Minville. Une cinquantaine de portraits de musiciens, crayon et fusain, où se mêlent sens de l’observation et du gag. Où le souci de figurer le physique aussi fidèlement que le permet la caricature n’occulte jamais celui de suggérer les aspirations spirituelles de ses modèles. Cette exposition « Jazzy Mages » propose maintes trouvailles. Elle permet de découvrir, avec un autre volet de son talent, l’originalité d’un artiste attachant qui vient fort à propos enrichir la scène toulousaine du jazz .

 

Jacques Aboucaya

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Désormais fixé à Toulouse après des pérégrinations qui l’ont conduit aux quatre coins du monde, le pianiste, organiste et compositeur Christophe Lier donnait fin février, au Centre culturel Alban-Minville, un aperçu de ses talents. Occasion de constater que cet ancien élève de Michel Sardaby possède plus d’une corde à son arc. Ou, si l’on préfère, plus d’une corde à sa lyre.

 

 

 

Christophe Lier (p), Hervé Rousseaux (ts, ss, cl), Jérôme Auguste-Charlery (b), Jean-Lou Escalle (dm). Toulouse, Centre culturel Alban-Minville, 27 février.

 

 

« Gloutons optiques, mais sourdingues ». Ainsi mon bon maître André Lebois qualifiait-il André Breton et les Surréalistes. Trop avisé, sans doute, pour en inférer une incompatibilité générale entre les arts de l’œil et ceux de l’oreille, la musique, le dessin et la peinture. Eût-il connu Christophe Lier, il aurait révisé son jugement. Et puis, il y eut, certes, des précédents. Miles, qui maniait le pinceau comme les pistons de sa trompette. Ou Daniel Humair, aussi à l’aise devant un chevalet que derrière sa batterie. Voire Louis Armstrong, dont les collages s’apparentent à ceux de Max Ernst et de Jacques Prévert. Ce sont les exemples qui me viennent spontanément à l’esprit, mais il en est d’autres.

 

Commençons par les plaisirs de l’oreille. Le quartette réuni par le pianiste montra devant un public réceptif qu’en dépit de rencontres et de répétitions trop peu fréquentes, il savait retrouver des réflexes et des repères communs. Il est vrai qu’il n’en est pas à son coup d’essai et que des musiciens aussi chevronnés que Jean-Lou Escalle et Hervé Rousseaux ont capitalisé assez d’expériences diverses pour assumer leur rôle dans n’importe quel contexte.

 

Le premier fait preuve d’une grande maîtrise rythmique. Il s’y entend pour stimuler le soliste, le susciter, dialoguer tour à tour avec ses partenaires. Si le titre du film de Mankiewicz La Comtesse aux pieds nus finit, dès le milieu des années 50, par coller à la peau d’Ava Gardner, Escalle, pour sa part, pourrait revendiquer sinon celui de L’Homme au bras d’or (l’appellation est déjà prise), du moins Le Batteur aux mains nues, tant il excelle dans une pratique qui met en valeur les nuances de son jeu. Et aussi son entente avec Jérôme Auguste-Charlery, bassiste dont les développements solistes retiennent toujours l’attention. Quant à Hervé Rousseaux, il oscille entre la suavité et une véhémence sporadique qui l’apparente souvent, au ténor, à Sonny Rollins. Jusque dans la gestuelle, ce balancement du corps qui accompagne ses improvisations. Jusque dans les sinuosités d’un discours qui ne fuit pas les réitérations spiralées. Parfois, il évoque Coltrane. Il serait toutefois loisible de repérer chez lui d’autres influences, notamment celle de Stan Getz dans les ballades où sa sonorité fait merveille.

 

Le leader, pianiste délié, doté d’une solide main gauche et d’une connaissance harmonique puisée aux meilleures sources, dont celle de Bud Powell, (mais il célèbre Sonny Clark, l’un de ses pianistes favoris, et Eddy Louiss, pour ce qui est de l’orgue), a signé toutes les compositions. Beaucoup s’inspirent des rythmes et des thèmes caribéens ou antillais, certaines conservent un parfum oriental. La plupart ont des titres où fleurit le calembour. Marcel Duchamp et les Surréalistes, pour en revenir à eux, auraient apprécié. Autant de traces de la personnalité d’un globe trotter impénitent : séjours successifs à Taiwan puis à Hong Kong et Pékin. Au total, et sans compter des tournées dans d’autres parties du mode, plus d’une bonne vingtaine d’années. Assez longtemps pour se frotter aussi aux Américains, à la pédagogie, et devenir un pilier du jazz asiatique.

 

Tout cela, qui se reflète dans son inspiration musicale, apparaît avec une clarté plus aveuglante encore dans l’exposition que propose, jusqu’au 2 mars, le Centre culturel Alban-Minville. Une cinquantaine de portraits de musiciens, crayon et fusain, où se mêlent sens de l’observation et du gag. Où le souci de figurer le physique aussi fidèlement que le permet la caricature n’occulte jamais celui de suggérer les aspirations spirituelles de ses modèles. Cette exposition « Jazzy Mages » propose maintes trouvailles. Elle permet de découvrir, avec un autre volet de son talent, l’originalité d’un artiste attachant qui vient fort à propos enrichir la scène toulousaine du jazz .

 

Jacques Aboucaya