Jazz live
Publié le 2 Août 2014

Jazz in Marciac. Trois femmes et un orage

Les amateurs de jazz vocal – ils sont nombreux à Maciac, aussi nombreux que les amoureux de musique latine, et ce sont parfois les mêmes – s’apprêtaient à vivre une soirée somptueuse. La première de cette édition, car l’avenir proche leur en réserve d’autres. Trois personnalités, trois voix, trois répertoires résolument différents. La confrontation s’annonçait passionnante. Les éléments en ont décidé autrement. Tant et si bien que la guerre des trois n’a pas eu lieu.

 


Virgiinie Teychené (voc), Stéphane Bernard (p), Gérard Maurin (b), Jean-Pierre Arnaud (dm).

Youn Sun Nah (voc), Ulf Wakenius (g), Vincent Peirani (acc),, Simon Tailleu (b)

Eliane Elias (p, voc),, Graham Dechter (g), Marc Johnson (b), Rafael Borata (dm) + Rick Margitza (ts).

Chapiteau, 1er août.

 

Pour continuer dans les métaphores d’un goût douteux et en forçant à peine le trait, on pourrait dire que la prestation de Virginie Teychené aura duré dix minutes, douche comprise. La douche, celle que dispensa un orage comme on en connaît dans le Gers. Violent subit. Accompagné de rafales. De quoi faire évacuer le chapiteau, principe de précaution oblige, durant une bonne heure. Virginie avait à peine entamé son tour de chant. Juste le temps de mettre l’eau à la bouche d’une assistance qui savoura à juste titre un morceau chanté en portugais, dont on espère qu’il figurera dans don prochain album. Une interruption frustrante, donc. Pour le public, mais aussi pour la chanteuse et ses musiciens qui avient triomphé l’an dernier sur cette même scène. Ils la fouleront à nouveau l’an prochain. Promis, juré. Le Président du festival nous l’a annoncé et on s’en réjouit d’avance.

 

Le concert de Youn Sun Nah débute donc, avec un retard copieux. Celle-ci, généreuse, invite son infortunée consœur à chanter impromptu avec elle le premier morceau, un My Favorite Thigs sur lequel elles mêlent leurs voix, avec un bonheur tel qu’il laisse rêver à d’autres duos de la même qualité.  Quelqu’un aura-t-il eu la bonne idée et la présence d’esprit d’enregistrer celui-ci ?

 

Comme Viirginie, mais avant elle, Youn a effectué ici son parcours du combattant, de la scène du Off au grand chapiteau en passant par l’Astrada. Elle y a volé de victoire en victoire et, une fois encore, elle subjugue l’auditoire par des prouesses vocales qu’elle réalise avec une déconcertante facilité. L’étendue de sa tessiture, la ductilité de sa voix lui autorisent d’étonnants changements de registre, des contrastes qui font que chacun de ses morceaux réserve son lot de surprises. Elle passe de la douceur à la violence, de la suavité au paroxysme et jusqu’au cri, du grave au suraigu, de la suggestion à l’expressionnisme, accompagnant son chant d’une manière de chorégraphie au hiératisme gracieux. Une gestuelle dont ses musiciens connaissent les codes et qui permet une symbiose caractéristique de ce quartet.Avec cela, simple et chaleureuse comme elle sait l’être.

 

Ulf Wakenius a renoncé à ses habituelles démonstrations de virtuosité. Ses interventions y gagnent en profondeur. Vincent Peirani s’y entend pour créer des climats contrastés et Simon Tailleu, aussi sobre qu’efficace, tempo irréprochable, assure une assise précieuse. Quant au répertoire, largement renouvelé, il réserve toutefois une place au morceau fétiche de Youn depuis ces débuts, ce Pancake dont la saveur inimitable n’a pas fini de nous faire saliver.

 

Quand Eliane Elias monte sur scène, l’assistance est plus clairsemée. Non seulement en raison de l’heure tardive, mais parce que certains pessimistes, persuadés que le concert serait purement et simplement annulé, ont déjà regagné leurs pénates. Ceux-là ont eu grand tort. Non qu’Eliane Elias puisse rivaliser avec la technique vocale de Youn Sun Nah (du reste son répertoire, bossa et standards du jazz n’en exige pas tant), mais parce qu’elle est aussi, et même surtout, une pianiste tout à fait convaincante, au toucher énergique, capable d’e stimuler les solistes et d’improviser elle-même de fort belle façon. Tel est l’héritage acquis dès ses débuts avec Steps Ahead avant qu’elle ne prenne le virage brésilien que l’on ait.

 

Rick Margitza apporte à son quartette où Mark Johnson joue un rôle central une énergie qui semblait lui faire quelque peu défaut au début du concert. Sous l’impulsion du saxophoniste, la langueur brésilienne cède alors le pas à un hard bop des plus vigoureux. Improvisateur fougueux, inventif, Margiza galvanise le quintette qui donne dès lors sa pleine mesure. A deux heures du matin, les irréductibles encore présents savourent un It Will Never Be Another You de derrière les fagots. Et rien n’annoce que la fin du concert est proche…

 

Ce soir, après le quartette de Daniel Humair où l’on retrouvera Vincent Peirani, Didier Lockwood fêtera en bonne compagnie ses quarante ans de carrière.

 

Jacques Aboucaya

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Les amateurs de jazz vocal – ils sont nombreux à Maciac, aussi nombreux que les amoureux de musique latine, et ce sont parfois les mêmes – s’apprêtaient à vivre une soirée somptueuse. La première de cette édition, car l’avenir proche leur en réserve d’autres. Trois personnalités, trois voix, trois répertoires résolument différents. La confrontation s’annonçait passionnante. Les éléments en ont décidé autrement. Tant et si bien que la guerre des trois n’a pas eu lieu.

 


Virgiinie Teychené (voc), Stéphane Bernard (p), Gérard Maurin (b), Jean-Pierre Arnaud (dm).

Youn Sun Nah (voc), Ulf Wakenius (g), Vincent Peirani (acc),, Simon Tailleu (b)

Eliane Elias (p, voc),, Graham Dechter (g), Marc Johnson (b), Rafael Borata (dm) + Rick Margitza (ts).

Chapiteau, 1er août.

 

Pour continuer dans les métaphores d’un goût douteux et en forçant à peine le trait, on pourrait dire que la prestation de Virginie Teychené aura duré dix minutes, douche comprise. La douche, celle que dispensa un orage comme on en connaît dans le Gers. Violent subit. Accompagné de rafales. De quoi faire évacuer le chapiteau, principe de précaution oblige, durant une bonne heure. Virginie avait à peine entamé son tour de chant. Juste le temps de mettre l’eau à la bouche d’une assistance qui savoura à juste titre un morceau chanté en portugais, dont on espère qu’il figurera dans don prochain album. Une interruption frustrante, donc. Pour le public, mais aussi pour la chanteuse et ses musiciens qui avient triomphé l’an dernier sur cette même scène. Ils la fouleront à nouveau l’an prochain. Promis, juré. Le Président du festival nous l’a annoncé et on s’en réjouit d’avance.

 

Le concert de Youn Sun Nah débute donc, avec un retard copieux. Celle-ci, généreuse, invite son infortunée consœur à chanter impromptu avec elle le premier morceau, un My Favorite Thigs sur lequel elles mêlent leurs voix, avec un bonheur tel qu’il laisse rêver à d’autres duos de la même qualité.  Quelqu’un aura-t-il eu la bonne idée et la présence d’esprit d’enregistrer celui-ci ?

 

Comme Viirginie, mais avant elle, Youn a effectué ici son parcours du combattant, de la scène du Off au grand chapiteau en passant par l’Astrada. Elle y a volé de victoire en victoire et, une fois encore, elle subjugue l’auditoire par des prouesses vocales qu’elle réalise avec une déconcertante facilité. L’étendue de sa tessiture, la ductilité de sa voix lui autorisent d’étonnants changements de registre, des contrastes qui font que chacun de ses morceaux réserve son lot de surprises. Elle passe de la douceur à la violence, de la suavité au paroxysme et jusqu’au cri, du grave au suraigu, de la suggestion à l’expressionnisme, accompagnant son chant d’une manière de chorégraphie au hiératisme gracieux. Une gestuelle dont ses musiciens connaissent les codes et qui permet une symbiose caractéristique de ce quartet.Avec cela, simple et chaleureuse comme elle sait l’être.

 

Ulf Wakenius a renoncé à ses habituelles démonstrations de virtuosité. Ses interventions y gagnent en profondeur. Vincent Peirani s’y entend pour créer des climats contrastés et Simon Tailleu, aussi sobre qu’efficace, tempo irréprochable, assure une assise précieuse. Quant au répertoire, largement renouvelé, il réserve toutefois une place au morceau fétiche de Youn depuis ces débuts, ce Pancake dont la saveur inimitable n’a pas fini de nous faire saliver.

 

Quand Eliane Elias monte sur scène, l’assistance est plus clairsemée. Non seulement en raison de l’heure tardive, mais parce que certains pessimistes, persuadés que le concert serait purement et simplement annulé, ont déjà regagné leurs pénates. Ceux-là ont eu grand tort. Non qu’Eliane Elias puisse rivaliser avec la technique vocale de Youn Sun Nah (du reste son répertoire, bossa et standards du jazz n’en exige pas tant), mais parce qu’elle est aussi, et même surtout, une pianiste tout à fait convaincante, au toucher énergique, capable d’e stimuler les solistes et d’improviser elle-même de fort belle façon. Tel est l’héritage acquis dès ses débuts avec Steps Ahead avant qu’elle ne prenne le virage brésilien que l’on ait.

 

Rick Margitza apporte à son quartette où Mark Johnson joue un rôle central une énergie qui semblait lui faire quelque peu défaut au début du concert. Sous l’impulsion du saxophoniste, la langueur brésilienne cède alors le pas à un hard bop des plus vigoureux. Improvisateur fougueux, inventif, Margiza galvanise le quintette qui donne dès lors sa pleine mesure. A deux heures du matin, les irréductibles encore présents savourent un It Will Never Be Another You de derrière les fagots. Et rien n’annoce que la fin du concert est proche…

 

Ce soir, après le quartette de Daniel Humair où l’on retrouvera Vincent Peirani, Didier Lockwood fêtera en bonne compagnie ses quarante ans de carrière.

 

Jacques Aboucaya

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Les amateurs de jazz vocal – ils sont nombreux à Maciac, aussi nombreux que les amoureux de musique latine, et ce sont parfois les mêmes – s’apprêtaient à vivre une soirée somptueuse. La première de cette édition, car l’avenir proche leur en réserve d’autres. Trois personnalités, trois voix, trois répertoires résolument différents. La confrontation s’annonçait passionnante. Les éléments en ont décidé autrement. Tant et si bien que la guerre des trois n’a pas eu lieu.

 


Virgiinie Teychené (voc), Stéphane Bernard (p), Gérard Maurin (b), Jean-Pierre Arnaud (dm).

Youn Sun Nah (voc), Ulf Wakenius (g), Vincent Peirani (acc),, Simon Tailleu (b)

Eliane Elias (p, voc),, Graham Dechter (g), Marc Johnson (b), Rafael Borata (dm) + Rick Margitza (ts).

Chapiteau, 1er août.

 

Pour continuer dans les métaphores d’un goût douteux et en forçant à peine le trait, on pourrait dire que la prestation de Virginie Teychené aura duré dix minutes, douche comprise. La douche, celle que dispensa un orage comme on en connaît dans le Gers. Violent subit. Accompagné de rafales. De quoi faire évacuer le chapiteau, principe de précaution oblige, durant une bonne heure. Virginie avait à peine entamé son tour de chant. Juste le temps de mettre l’eau à la bouche d’une assistance qui savoura à juste titre un morceau chanté en portugais, dont on espère qu’il figurera dans don prochain album. Une interruption frustrante, donc. Pour le public, mais aussi pour la chanteuse et ses musiciens qui avient triomphé l’an dernier sur cette même scène. Ils la fouleront à nouveau l’an prochain. Promis, juré. Le Président du festival nous l’a annoncé et on s’en réjouit d’avance.

 

Le concert de Youn Sun Nah débute donc, avec un retard copieux. Celle-ci, généreuse, invite son infortunée consœur à chanter impromptu avec elle le premier morceau, un My Favorite Thigs sur lequel elles mêlent leurs voix, avec un bonheur tel qu’il laisse rêver à d’autres duos de la même qualité.  Quelqu’un aura-t-il eu la bonne idée et la présence d’esprit d’enregistrer celui-ci ?

 

Comme Viirginie, mais avant elle, Youn a effectué ici son parcours du combattant, de la scène du Off au grand chapiteau en passant par l’Astrada. Elle y a volé de victoire en victoire et, une fois encore, elle subjugue l’auditoire par des prouesses vocales qu’elle réalise avec une déconcertante facilité. L’étendue de sa tessiture, la ductilité de sa voix lui autorisent d’étonnants changements de registre, des contrastes qui font que chacun de ses morceaux réserve son lot de surprises. Elle passe de la douceur à la violence, de la suavité au paroxysme et jusqu’au cri, du grave au suraigu, de la suggestion à l’expressionnisme, accompagnant son chant d’une manière de chorégraphie au hiératisme gracieux. Une gestuelle dont ses musiciens connaissent les codes et qui permet une symbiose caractéristique de ce quartet.Avec cela, simple et chaleureuse comme elle sait l’être.

 

Ulf Wakenius a renoncé à ses habituelles démonstrations de virtuosité. Ses interventions y gagnent en profondeur. Vincent Peirani s’y entend pour créer des climats contrastés et Simon Tailleu, aussi sobre qu’efficace, tempo irréprochable, assure une assise précieuse. Quant au répertoire, largement renouvelé, il réserve toutefois une place au morceau fétiche de Youn depuis ces débuts, ce Pancake dont la saveur inimitable n’a pas fini de nous faire saliver.

 

Quand Eliane Elias monte sur scène, l’assistance est plus clairsemée. Non seulement en raison de l’heure tardive, mais parce que certains pessimistes, persuadés que le concert serait purement et simplement annulé, ont déjà regagné leurs pénates. Ceux-là ont eu grand tort. Non qu’Eliane Elias puisse rivaliser avec la technique vocale de Youn Sun Nah (du reste son répertoire, bossa et standards du jazz n’en exige pas tant), mais parce qu’elle est aussi, et même surtout, une pianiste tout à fait convaincante, au toucher énergique, capable d’e stimuler les solistes et d’improviser elle-même de fort belle façon. Tel est l’héritage acquis dès ses débuts avec Steps Ahead avant qu’elle ne prenne le virage brésilien que l’on ait.

 

Rick Margitza apporte à son quartette où Mark Johnson joue un rôle central une énergie qui semblait lui faire quelque peu défaut au début du concert. Sous l’impulsion du saxophoniste, la langueur brésilienne cède alors le pas à un hard bop des plus vigoureux. Improvisateur fougueux, inventif, Margiza galvanise le quintette qui donne dès lors sa pleine mesure. A deux heures du matin, les irréductibles encore présents savourent un It Will Never Be Another You de derrière les fagots. Et rien n’annoce que la fin du concert est proche…

 

Ce soir, après le quartette de Daniel Humair où l’on retrouvera Vincent Peirani, Didier Lockwood fêtera en bonne compagnie ses quarante ans de carrière.

 

Jacques Aboucaya

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Les amateurs de jazz vocal – ils sont nombreux à Maciac, aussi nombreux que les amoureux de musique latine, et ce sont parfois les mêmes – s’apprêtaient à vivre une soirée somptueuse. La première de cette édition, car l’avenir proche leur en réserve d’autres. Trois personnalités, trois voix, trois répertoires résolument différents. La confrontation s’annonçait passionnante. Les éléments en ont décidé autrement. Tant et si bien que la guerre des trois n’a pas eu lieu.

 


Virgiinie Teychené (voc), Stéphane Bernard (p), Gérard Maurin (b), Jean-Pierre Arnaud (dm).

Youn Sun Nah (voc), Ulf Wakenius (g), Vincent Peirani (acc),, Simon Tailleu (b)

Eliane Elias (p, voc),, Graham Dechter (g), Marc Johnson (b), Rafael Borata (dm) + Rick Margitza (ts).

Chapiteau, 1er août.

 

Pour continuer dans les métaphores d’un goût douteux et en forçant à peine le trait, on pourrait dire que la prestation de Virginie Teychené aura duré dix minutes, douche comprise. La douche, celle que dispensa un orage comme on en connaît dans le Gers. Violent subit. Accompagné de rafales. De quoi faire évacuer le chapiteau, principe de précaution oblige, durant une bonne heure. Virginie avait à peine entamé son tour de chant. Juste le temps de mettre l’eau à la bouche d’une assistance qui savoura à juste titre un morceau chanté en portugais, dont on espère qu’il figurera dans don prochain album. Une interruption frustrante, donc. Pour le public, mais aussi pour la chanteuse et ses musiciens qui avient triomphé l’an dernier sur cette même scène. Ils la fouleront à nouveau l’an prochain. Promis, juré. Le Président du festival nous l’a annoncé et on s’en réjouit d’avance.

 

Le concert de Youn Sun Nah débute donc, avec un retard copieux. Celle-ci, généreuse, invite son infortunée consœur à chanter impromptu avec elle le premier morceau, un My Favorite Thigs sur lequel elles mêlent leurs voix, avec un bonheur tel qu’il laisse rêver à d’autres duos de la même qualité.  Quelqu’un aura-t-il eu la bonne idée et la présence d’esprit d’enregistrer celui-ci ?

 

Comme Viirginie, mais avant elle, Youn a effectué ici son parcours du combattant, de la scène du Off au grand chapiteau en passant par l’Astrada. Elle y a volé de victoire en victoire et, une fois encore, elle subjugue l’auditoire par des prouesses vocales qu’elle réalise avec une déconcertante facilité. L’étendue de sa tessiture, la ductilité de sa voix lui autorisent d’étonnants changements de registre, des contrastes qui font que chacun de ses morceaux réserve son lot de surprises. Elle passe de la douceur à la violence, de la suavité au paroxysme et jusqu’au cri, du grave au suraigu, de la suggestion à l’expressionnisme, accompagnant son chant d’une manière de chorégraphie au hiératisme gracieux. Une gestuelle dont ses musiciens connaissent les codes et qui permet une symbiose caractéristique de ce quartet.Avec cela, simple et chaleureuse comme elle sait l’être.

 

Ulf Wakenius a renoncé à ses habituelles démonstrations de virtuosité. Ses interventions y gagnent en profondeur. Vincent Peirani s’y entend pour créer des climats contrastés et Simon Tailleu, aussi sobre qu’efficace, tempo irréprochable, assure une assise précieuse. Quant au répertoire, largement renouvelé, il réserve toutefois une place au morceau fétiche de Youn depuis ces débuts, ce Pancake dont la saveur inimitable n’a pas fini de nous faire saliver.

 

Quand Eliane Elias monte sur scène, l’assistance est plus clairsemée. Non seulement en raison de l’heure tardive, mais parce que certains pessimistes, persuadés que le concert serait purement et simplement annulé, ont déjà regagné leurs pénates. Ceux-là ont eu grand tort. Non qu’Eliane Elias puisse rivaliser avec la technique vocale de Youn Sun Nah (du reste son répertoire, bossa et standards du jazz n’en exige pas tant), mais parce qu’elle est aussi, et même surtout, une pianiste tout à fait convaincante, au toucher énergique, capable d’e stimuler les solistes et d’improviser elle-même de fort belle façon. Tel est l’héritage acquis dès ses débuts avec Steps Ahead avant qu’elle ne prenne le virage brésilien que l’on ait.

 

Rick Margitza apporte à son quartette où Mark Johnson joue un rôle central une énergie qui semblait lui faire quelque peu défaut au début du concert. Sous l’impulsion du saxophoniste, la langueur brésilienne cède alors le pas à un hard bop des plus vigoureux. Improvisateur fougueux, inventif, Margiza galvanise le quintette qui donne dès lors sa pleine mesure. A deux heures du matin, les irréductibles encore présents savourent un It Will Never Be Another You de derrière les fagots. Et rien n’annoce que la fin du concert est proche…

 

Ce soir, après le quartette de Daniel Humair où l’on retrouvera Vincent Peirani, Didier Lockwood fêtera en bonne compagnie ses quarante ans de carrière.

 

Jacques Aboucaya