Jazz live
Publié le 9 Août 2014

Jazz in Marciac. Un Barron impérial

Jusqu’au bout, le suspense. L’orage, qui joue avec nos nerfs depuis l’ouverture du festival, a, une fois encore, entretenu l’inquiétude. Dieux du jazz merci, il a finalement choisi d’éclater à temps, juste avant le concert. Mais il s’en est fallu d’un rien que celui-ci ne soit annulé.

 

 

 Kenny Barron (p), Stefon Harris (vib, marimba), Kiyoshi Kiagawa (b), Jonathan Blake (dm).


Wynton Marsalis (fp), Richard Galliano ‘acc), Walter Blanding (ts, ss), Dan Nimmer (p), Carlos Henriquez (b), Ali Jackson (dm).

Chapiteau, 8 août

 

C’eût été grand dommage. Car cette soirée est à marquer d’une pierre blanche. Elle fait oublier tout ce qu’il est permis d’apprécier modérément, la débauche de décibels et les programmations chaotiques. Kenny Barron a subjugué un chapiteau dont l’attention ne s’est pas relâchée un seul instant. Un silence impressionnant. Des applaudissements judicieux Une écoute que l’on pourrait dire fervente – et, par là même, une participation qui n’a nul besoin, pour se manifester, des claquements de mains suggérés par les musiciens eux-mêmes (on n’est jamais si bien servi…) et autres onomatopées reprises en chœur avec ne application de moutons de Panurge. Bref, de la retenu au lieu de la démagogie.

 

Un moment de grâce unanimement savouré. La conjugaison quasiment magique de deux improvisateurs inspirés, le pianiste et Stefon Harris, alternant vibraphone et marimba, avec, dans ses soli, une prédilection pour le son plus mat de la seconde L’un et l’autre dotés d’une technique qui leur permet des envolées étourdissantes sans que le swing, affirmé ou suggéré, soit jamais perdu de vue. Le swing… Une denrée devenue bien obsolète en ces temps post-modernes.


Leurs discours se croisent ou se succèdent, se prolongent mutuellement ou s’opposent nourris par une stimulation réciproque. Un bel exemple de ces passes d’arme où chacun donne le meilleur, un Softly As In A Morning Sunrise aérien, prouvant, s’il en était besoin, qu’on peut tirer un chef-d’œuvre du matériau le plus éculé. A condition, bien sûr, d’en voir les moyens, et ils ne font pas défaut aux deux protagonistes. Ceux de Kenny Barron sont connus, c’est un habitué du chapiteau. Un toucher percussif qui sait se faire parfois caressant, une parfaite maîtrise des dynamiques. Par-dessus tout, une élégance dans sa façon d’aborder un thème, de le développer sans une faute de goût. En outre, auteur de mélodies dont le raffinement est à l’image de son jeu de pianiste. En témoigne Rain, une de ses compositions qu’il interprète en solo et dont le titre trouve ce soir sa pleine justification


La virtuosité de Stefon Harris n’est jamais gratuite. Chacun de ses développements séduit par sa construction et par le swing qui s’en dégage. Il s’intègre sans mal à un trio dont chacun des membres mérite d’être loué. Kiyoshi Kitogawa, partenaire de longue date du pianiste, entretient avec lui une complicité qui se traduit dans ses options harmonique comme dans la façon de concevoir ses développements mélodiques. Jonathan Blake est, pour sa part, un batteur spectaculaire et la sûreté de son tempo set à toute épreuve. Que lui reprocher, sinon, peut-être, une tendance à l’exhibitionnisme qui l’incite à prolonger à l’excès ses interventions. Péché véniel qui ne nuit guère à la qualité de l’ensemble. Pas davantage au sentiment de plénitude qui émane de ce concert.

 

Richard Galliano et Wynton Marsalis ont entamé et entretenu depuis longtemps, chacun de son côté, une histoire d’amour avec Marcac. Elle se poursuit, par des voies diverses qui devaient finir par se croiser. Une rencontre déjà concrétisée par l’enregistrement live d’un CD et d’un DVD, « From Billie Holiday To Efith Piaf » Ainsi la réunion de l’accordéoniste et du quintette de Marsalis tient plus de la réédition que de la nouveauté. Nulle découverte à en attendre, sinon la confirmation que les musiciens réunis autour du trompettiste comptent parmi les meilleurs de leur génération et que l’habitude de jouer ensemble a créé entre eux des automatismes et une cohésion que bien des groupes peuvent leur envier. Richard Galliano possède un indéniable talent d’instrumentiste, nul ne songerait à le nier. Chacun peut qualifier selon son goût la contribution qu’i fournit à un groupe aussi soudé, de superfétatoire à indispensable., avec toutes les nuances intermédiaires De même appréciera-t-on diversement la congruence du rapprochement d’Edith Piaf avec Billie Holiday, pur artifice, prétexte commode ou nécessité profonde.

 

Quoi qu’il en soit, nul, ce soir, ne force son talent. Sur un répertoire sans surprise, chacun égrène son chorus avec conscience et indifférence. Les grands succès de l’une et de l’autre, exposés au plus près de la mélodie, sont ainsi exhumés sans guère de flamme. Seul moment d’émotion, mais attendue, les gémissements et les hurlements de colère de la trompette dans Stange Fruit. Il aura fallu longtemps pour parvenir à cet instant de grâce., bien éphémère.

 

Jacques Aboucaya

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Jusqu’au bout, le suspense. L’orage, qui joue avec nos nerfs depuis l’ouverture du festival, a, une fois encore, entretenu l’inquiétude. Dieux du jazz merci, il a finalement choisi d’éclater à temps, juste avant le concert. Mais il s’en est fallu d’un rien que celui-ci ne soit annulé.

 

 

 Kenny Barron (p), Stefon Harris (vib, marimba), Kiyoshi Kiagawa (b), Jonathan Blake (dm).


Wynton Marsalis (fp), Richard Galliano ‘acc), Walter Blanding (ts, ss), Dan Nimmer (p), Carlos Henriquez (b), Ali Jackson (dm).

Chapiteau, 8 août

 

C’eût été grand dommage. Car cette soirée est à marquer d’une pierre blanche. Elle fait oublier tout ce qu’il est permis d’apprécier modérément, la débauche de décibels et les programmations chaotiques. Kenny Barron a subjugué un chapiteau dont l’attention ne s’est pas relâchée un seul instant. Un silence impressionnant. Des applaudissements judicieux Une écoute que l’on pourrait dire fervente – et, par là même, une participation qui n’a nul besoin, pour se manifester, des claquements de mains suggérés par les musiciens eux-mêmes (on n’est jamais si bien servi…) et autres onomatopées reprises en chœur avec ne application de moutons de Panurge. Bref, de la retenu au lieu de la démagogie.

 

Un moment de grâce unanimement savouré. La conjugaison quasiment magique de deux improvisateurs inspirés, le pianiste et Stefon Harris, alternant vibraphone et marimba, avec, dans ses soli, une prédilection pour le son plus mat de la seconde L’un et l’autre dotés d’une technique qui leur permet des envolées étourdissantes sans que le swing, affirmé ou suggéré, soit jamais perdu de vue. Le swing… Une denrée devenue bien obsolète en ces temps post-modernes.


Leurs discours se croisent ou se succèdent, se prolongent mutuellement ou s’opposent nourris par une stimulation réciproque. Un bel exemple de ces passes d’arme où chacun donne le meilleur, un Softly As In A Morning Sunrise aérien, prouvant, s’il en était besoin, qu’on peut tirer un chef-d’œuvre du matériau le plus éculé. A condition, bien sûr, d’en voir les moyens, et ils ne font pas défaut aux deux protagonistes. Ceux de Kenny Barron sont connus, c’est un habitué du chapiteau. Un toucher percussif qui sait se faire parfois caressant, une parfaite maîtrise des dynamiques. Par-dessus tout, une élégance dans sa façon d’aborder un thème, de le développer sans une faute de goût. En outre, auteur de mélodies dont le raffinement est à l’image de son jeu de pianiste. En témoigne Rain, une de ses compositions qu’il interprète en solo et dont le titre trouve ce soir sa pleine justification


La virtuosité de Stefon Harris n’est jamais gratuite. Chacun de ses développements séduit par sa construction et par le swing qui s’en dégage. Il s’intègre sans mal à un trio dont chacun des membres mérite d’être loué. Kiyoshi Kitogawa, partenaire de longue date du pianiste, entretient avec lui une complicité qui se traduit dans ses options harmonique comme dans la façon de concevoir ses développements mélodiques. Jonathan Blake est, pour sa part, un batteur spectaculaire et la sûreté de son tempo set à toute épreuve. Que lui reprocher, sinon, peut-être, une tendance à l’exhibitionnisme qui l’incite à prolonger à l’excès ses interventions. Péché véniel qui ne nuit guère à la qualité de l’ensemble. Pas davantage au sentiment de plénitude qui émane de ce concert.

 

Richard Galliano et Wynton Marsalis ont entamé et entretenu depuis longtemps, chacun de son côté, une histoire d’amour avec Marcac. Elle se poursuit, par des voies diverses qui devaient finir par se croiser. Une rencontre déjà concrétisée par l’enregistrement live d’un CD et d’un DVD, « From Billie Holiday To Efith Piaf » Ainsi la réunion de l’accordéoniste et du quintette de Marsalis tient plus de la réédition que de la nouveauté. Nulle découverte à en attendre, sinon la confirmation que les musiciens réunis autour du trompettiste comptent parmi les meilleurs de leur génération et que l’habitude de jouer ensemble a créé entre eux des automatismes et une cohésion que bien des groupes peuvent leur envier. Richard Galliano possède un indéniable talent d’instrumentiste, nul ne songerait à le nier. Chacun peut qualifier selon son goût la contribution qu’i fournit à un groupe aussi soudé, de superfétatoire à indispensable., avec toutes les nuances intermédiaires De même appréciera-t-on diversement la congruence du rapprochement d’Edith Piaf avec Billie Holiday, pur artifice, prétexte commode ou nécessité profonde.

 

Quoi qu’il en soit, nul, ce soir, ne force son talent. Sur un répertoire sans surprise, chacun égrène son chorus avec conscience et indifférence. Les grands succès de l’une et de l’autre, exposés au plus près de la mélodie, sont ainsi exhumés sans guère de flamme. Seul moment d’émotion, mais attendue, les gémissements et les hurlements de colère de la trompette dans Stange Fruit. Il aura fallu longtemps pour parvenir à cet instant de grâce., bien éphémère.

 

Jacques Aboucaya

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Jusqu’au bout, le suspense. L’orage, qui joue avec nos nerfs depuis l’ouverture du festival, a, une fois encore, entretenu l’inquiétude. Dieux du jazz merci, il a finalement choisi d’éclater à temps, juste avant le concert. Mais il s’en est fallu d’un rien que celui-ci ne soit annulé.

 

 

 Kenny Barron (p), Stefon Harris (vib, marimba), Kiyoshi Kiagawa (b), Jonathan Blake (dm).


Wynton Marsalis (fp), Richard Galliano ‘acc), Walter Blanding (ts, ss), Dan Nimmer (p), Carlos Henriquez (b), Ali Jackson (dm).

Chapiteau, 8 août

 

C’eût été grand dommage. Car cette soirée est à marquer d’une pierre blanche. Elle fait oublier tout ce qu’il est permis d’apprécier modérément, la débauche de décibels et les programmations chaotiques. Kenny Barron a subjugué un chapiteau dont l’attention ne s’est pas relâchée un seul instant. Un silence impressionnant. Des applaudissements judicieux Une écoute que l’on pourrait dire fervente – et, par là même, une participation qui n’a nul besoin, pour se manifester, des claquements de mains suggérés par les musiciens eux-mêmes (on n’est jamais si bien servi…) et autres onomatopées reprises en chœur avec ne application de moutons de Panurge. Bref, de la retenu au lieu de la démagogie.

 

Un moment de grâce unanimement savouré. La conjugaison quasiment magique de deux improvisateurs inspirés, le pianiste et Stefon Harris, alternant vibraphone et marimba, avec, dans ses soli, une prédilection pour le son plus mat de la seconde L’un et l’autre dotés d’une technique qui leur permet des envolées étourdissantes sans que le swing, affirmé ou suggéré, soit jamais perdu de vue. Le swing… Une denrée devenue bien obsolète en ces temps post-modernes.


Leurs discours se croisent ou se succèdent, se prolongent mutuellement ou s’opposent nourris par une stimulation réciproque. Un bel exemple de ces passes d’arme où chacun donne le meilleur, un Softly As In A Morning Sunrise aérien, prouvant, s’il en était besoin, qu’on peut tirer un chef-d’œuvre du matériau le plus éculé. A condition, bien sûr, d’en voir les moyens, et ils ne font pas défaut aux deux protagonistes. Ceux de Kenny Barron sont connus, c’est un habitué du chapiteau. Un toucher percussif qui sait se faire parfois caressant, une parfaite maîtrise des dynamiques. Par-dessus tout, une élégance dans sa façon d’aborder un thème, de le développer sans une faute de goût. En outre, auteur de mélodies dont le raffinement est à l’image de son jeu de pianiste. En témoigne Rain, une de ses compositions qu’il interprète en solo et dont le titre trouve ce soir sa pleine justification


La virtuosité de Stefon Harris n’est jamais gratuite. Chacun de ses développements séduit par sa construction et par le swing qui s’en dégage. Il s’intègre sans mal à un trio dont chacun des membres mérite d’être loué. Kiyoshi Kitogawa, partenaire de longue date du pianiste, entretient avec lui une complicité qui se traduit dans ses options harmonique comme dans la façon de concevoir ses développements mélodiques. Jonathan Blake est, pour sa part, un batteur spectaculaire et la sûreté de son tempo set à toute épreuve. Que lui reprocher, sinon, peut-être, une tendance à l’exhibitionnisme qui l’incite à prolonger à l’excès ses interventions. Péché véniel qui ne nuit guère à la qualité de l’ensemble. Pas davantage au sentiment de plénitude qui émane de ce concert.

 

Richard Galliano et Wynton Marsalis ont entamé et entretenu depuis longtemps, chacun de son côté, une histoire d’amour avec Marcac. Elle se poursuit, par des voies diverses qui devaient finir par se croiser. Une rencontre déjà concrétisée par l’enregistrement live d’un CD et d’un DVD, « From Billie Holiday To Efith Piaf » Ainsi la réunion de l’accordéoniste et du quintette de Marsalis tient plus de la réédition que de la nouveauté. Nulle découverte à en attendre, sinon la confirmation que les musiciens réunis autour du trompettiste comptent parmi les meilleurs de leur génération et que l’habitude de jouer ensemble a créé entre eux des automatismes et une cohésion que bien des groupes peuvent leur envier. Richard Galliano possède un indéniable talent d’instrumentiste, nul ne songerait à le nier. Chacun peut qualifier selon son goût la contribution qu’i fournit à un groupe aussi soudé, de superfétatoire à indispensable., avec toutes les nuances intermédiaires De même appréciera-t-on diversement la congruence du rapprochement d’Edith Piaf avec Billie Holiday, pur artifice, prétexte commode ou nécessité profonde.

 

Quoi qu’il en soit, nul, ce soir, ne force son talent. Sur un répertoire sans surprise, chacun égrène son chorus avec conscience et indifférence. Les grands succès de l’une et de l’autre, exposés au plus près de la mélodie, sont ainsi exhumés sans guère de flamme. Seul moment d’émotion, mais attendue, les gémissements et les hurlements de colère de la trompette dans Stange Fruit. Il aura fallu longtemps pour parvenir à cet instant de grâce., bien éphémère.

 

Jacques Aboucaya

|

Jusqu’au bout, le suspense. L’orage, qui joue avec nos nerfs depuis l’ouverture du festival, a, une fois encore, entretenu l’inquiétude. Dieux du jazz merci, il a finalement choisi d’éclater à temps, juste avant le concert. Mais il s’en est fallu d’un rien que celui-ci ne soit annulé.

 

 

 Kenny Barron (p), Stefon Harris (vib, marimba), Kiyoshi Kiagawa (b), Jonathan Blake (dm).


Wynton Marsalis (fp), Richard Galliano ‘acc), Walter Blanding (ts, ss), Dan Nimmer (p), Carlos Henriquez (b), Ali Jackson (dm).

Chapiteau, 8 août

 

C’eût été grand dommage. Car cette soirée est à marquer d’une pierre blanche. Elle fait oublier tout ce qu’il est permis d’apprécier modérément, la débauche de décibels et les programmations chaotiques. Kenny Barron a subjugué un chapiteau dont l’attention ne s’est pas relâchée un seul instant. Un silence impressionnant. Des applaudissements judicieux Une écoute que l’on pourrait dire fervente – et, par là même, une participation qui n’a nul besoin, pour se manifester, des claquements de mains suggérés par les musiciens eux-mêmes (on n’est jamais si bien servi…) et autres onomatopées reprises en chœur avec ne application de moutons de Panurge. Bref, de la retenu au lieu de la démagogie.

 

Un moment de grâce unanimement savouré. La conjugaison quasiment magique de deux improvisateurs inspirés, le pianiste et Stefon Harris, alternant vibraphone et marimba, avec, dans ses soli, une prédilection pour le son plus mat de la seconde L’un et l’autre dotés d’une technique qui leur permet des envolées étourdissantes sans que le swing, affirmé ou suggéré, soit jamais perdu de vue. Le swing… Une denrée devenue bien obsolète en ces temps post-modernes.


Leurs discours se croisent ou se succèdent, se prolongent mutuellement ou s’opposent nourris par une stimulation réciproque. Un bel exemple de ces passes d’arme où chacun donne le meilleur, un Softly As In A Morning Sunrise aérien, prouvant, s’il en était besoin, qu’on peut tirer un chef-d’œuvre du matériau le plus éculé. A condition, bien sûr, d’en voir les moyens, et ils ne font pas défaut aux deux protagonistes. Ceux de Kenny Barron sont connus, c’est un habitué du chapiteau. Un toucher percussif qui sait se faire parfois caressant, une parfaite maîtrise des dynamiques. Par-dessus tout, une élégance dans sa façon d’aborder un thème, de le développer sans une faute de goût. En outre, auteur de mélodies dont le raffinement est à l’image de son jeu de pianiste. En témoigne Rain, une de ses compositions qu’il interprète en solo et dont le titre trouve ce soir sa pleine justification


La virtuosité de Stefon Harris n’est jamais gratuite. Chacun de ses développements séduit par sa construction et par le swing qui s’en dégage. Il s’intègre sans mal à un trio dont chacun des membres mérite d’être loué. Kiyoshi Kitogawa, partenaire de longue date du pianiste, entretient avec lui une complicité qui se traduit dans ses options harmonique comme dans la façon de concevoir ses développements mélodiques. Jonathan Blake est, pour sa part, un batteur spectaculaire et la sûreté de son tempo set à toute épreuve. Que lui reprocher, sinon, peut-être, une tendance à l’exhibitionnisme qui l’incite à prolonger à l’excès ses interventions. Péché véniel qui ne nuit guère à la qualité de l’ensemble. Pas davantage au sentiment de plénitude qui émane de ce concert.

 

Richard Galliano et Wynton Marsalis ont entamé et entretenu depuis longtemps, chacun de son côté, une histoire d’amour avec Marcac. Elle se poursuit, par des voies diverses qui devaient finir par se croiser. Une rencontre déjà concrétisée par l’enregistrement live d’un CD et d’un DVD, « From Billie Holiday To Efith Piaf » Ainsi la réunion de l’accordéoniste et du quintette de Marsalis tient plus de la réédition que de la nouveauté. Nulle découverte à en attendre, sinon la confirmation que les musiciens réunis autour du trompettiste comptent parmi les meilleurs de leur génération et que l’habitude de jouer ensemble a créé entre eux des automatismes et une cohésion que bien des groupes peuvent leur envier. Richard Galliano possède un indéniable talent d’instrumentiste, nul ne songerait à le nier. Chacun peut qualifier selon son goût la contribution qu’i fournit à un groupe aussi soudé, de superfétatoire à indispensable., avec toutes les nuances intermédiaires De même appréciera-t-on diversement la congruence du rapprochement d’Edith Piaf avec Billie Holiday, pur artifice, prétexte commode ou nécessité profonde.

 

Quoi qu’il en soit, nul, ce soir, ne force son talent. Sur un répertoire sans surprise, chacun égrène son chorus avec conscience et indifférence. Les grands succès de l’une et de l’autre, exposés au plus près de la mélodie, sont ainsi exhumés sans guère de flamme. Seul moment d’émotion, mais attendue, les gémissements et les hurlements de colère de la trompette dans Stange Fruit. Il aura fallu longtemps pour parvenir à cet instant de grâce., bien éphémère.

 

Jacques Aboucaya