Jazz live
Publié le 9 Juil 2017

North Sea Jazz Festival (1): 7 juillet 2017

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75 000 spectateurs sur trois jours, une douzaine de scènes en parallèle, près de 150 concerts et événements (jazz, mais aussi soul, hip-hop, funk, world…), sans oublier, les inévitables boutiques, stands de restaurations et autres show-rooms… Le gigantisme du North Sea Jazz Festival de Rotterdam a de quoi donner le vertige. Tour d’horizon.

Face à une telle offre, c’est à chaque festivalier de s’inventer son propre itinéraire : les uns déambuleront d’une scène à l’autre au gré de l’inspiration, comme on picore à un buffet, d’autres encore se focaliseront sur quelques concerts essentiels dont ils ne rateront pas une miette… Pour notre part, nous débutons sans trop hésiter par le concert de Wayne Shorter à 18 heures sur la scène Amazon (sans rapport avec la plateforme commerciale du même nom), avant de nous laisser porter par le courant…

Cela faisait un moment que je n’avais plus eu l’occasion de voir le Wayne Shorter Quartet, cette formation désormais mythique fondée en 2001 (déjà !). Dès les premières notes, la magie opère : entre Danilo Pérez (p), John Patitucci (b) et Brian Blade (dm), l’énergie circule avec une facilité déconcertante, laissant tout loisir à leur énigmatique leader de distiller au saxophone ses formules elliptiques, sortes de concentré de musique à l’état pur. Une demi-heure d’absolu bonheur musical, dont on aurait aimé qu’elle durât toujours.

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Las ! Voilà qu’entre en scène un orchestre appelé Casco Philharmonic, dirigé par un certain Clark Rundell : on n’en demandait pas tant, mais il faudra bien faire avec. Dès les premières mesures, on comprend que la symbiose ne se fera pas. Procédant par grandes tartinades de cordes et bois, l’orchestre interprète en un constant mezzo-forte une partition ne laissant pas l’ombre d’un espace au quartette, qui semble assister à cette performance en spectateur impuissant, à l’exception d’un Brian Blade qui apporte des ponctuations d’une grande précision, à la manière d’un percussionniste classique. Il n’y a que dans les moments (trop rares) où le philharmonique se tait enfin que le groupe peut s’échapper de sa cage et retrouver, le temps de quelques mesures, une fugace liberté. Si Wayne Shorter a bien composé et arrangé lui-même cette musique répondant au titre d’Emanon – ce que semble suggérer le programme sans réellement le confirmer – la démarche apparaîtrait comme un parfait exemple de servitude volontaire.

À peine le concert terminé, nous filons au Jazz Café où, sur fond d’infrabasses s’échappant de la performance de la chanteuse Grace Jones, l’historien du jazz américain Ashley Kahn interviewe l’artiste en résidence de cette édition du festival, Chick Corea en personne. Moment fort intéressant, où l’on apprendra, entre autres, que notre homme pratique en privé la musique assistée par ordinateur (avec l’objectif de créer une suite ininterrompue de deux heures !), que le concert de Wayne Shorter auquel il vient d’assister lui a donné envie de rejouer avec son ancien camarade des années Miles Davis, ou encore qu’il a parfois la nostalgie de la lointaine époque où il pratiquait l’improvisation libre…

Suit une de ces déambulations au petit bonheur la chance, comme le festival en offre la possibilité : après avoir repassé une tête en salle Amazon, où l’organiste Steve Winwood offrait un set énergique et bien calibré, entre blues-rock et rythmes latino (à la batterie : Richard Bailey, le batteur du “Blow by Blow” de Jeff Beck !), nous traversons quasiment tout le parc des expositions Rotterdam Ahoy jusqu’à la scène Congo où se déroule le concert archi-bondé du quartette de Mark Guiliana, dont l’intensité ne nous parvient que par de lointains échos et une retransmission sur écran géant. Epuisé, nous finissons par échouer en salle Maas (« Meuse » en néerlandais : les plus sagaces de nos lecteurs auront compris que toutes les scènes portent des noms de fleuves).

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Vaste fosse debout entourée de gradins pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes, la configuration rappelle davantage un grand concert de rock. C’est là que se produira Cory Henry, le claviériste star révélé par Snarky Puppy, en compagnie de son groupe Funk Apostles. Défendant un funk vintage particulièrement efficace, où transpire la ferveur de ceux qui ont appris la musique dans les églises afro-américaines, Henry ne s’embarrasse guère de jouer de l’orgue placé en face de lui, préférant chanter (pas mal du tout, d’ailleurs), danser et chauffer la salle, qui ne se fait d’ailleurs pas prier.

Fin de soirée en salle Hudson, pour ce qui restera peut-être le grand concert de la journée, celui d’Avishai Cohen-le-trompettiste et de son quartette, composé ce jour-là de Yonathan Avishai (p), Yoni Zelnik (b) et Ziv Ravitz (dm) en lieu et place de Nasheet Waits. Un moment de pure magie piochant dans le répertoire de ces deux derniers albums EMC, une musique lyrique et sensible emportant l’auditeur en voyage au fil de longues envolée, avec un sens consommé de la narration. Cerise sur le gâteau : la participation surprise de sa clarinettiste de sœur Anat Cohen, sur un final en apesanteur aux saveurs d’Afrique. Il est bientôt une heure du matin, la journée n’aurait pu s’achever mieux !

Pascal Rozat|IMG_4343

75 000 spectateurs sur trois jours, une douzaine de scènes en parallèle, près de 150 concerts et événements (jazz, mais aussi soul, hip-hop, funk, world…), sans oublier, les inévitables boutiques, stands de restaurations et autres show-rooms… Le gigantisme du North Sea Jazz Festival de Rotterdam a de quoi donner le vertige. Tour d’horizon.

Face à une telle offre, c’est à chaque festivalier de s’inventer son propre itinéraire : les uns déambuleront d’une scène à l’autre au gré de l’inspiration, comme on picore à un buffet, d’autres encore se focaliseront sur quelques concerts essentiels dont ils ne rateront pas une miette… Pour notre part, nous débutons sans trop hésiter par le concert de Wayne Shorter à 18 heures sur la scène Amazon (sans rapport avec la plateforme commerciale du même nom), avant de nous laisser porter par le courant…

Cela faisait un moment que je n’avais plus eu l’occasion de voir le Wayne Shorter Quartet, cette formation désormais mythique fondée en 2001 (déjà !). Dès les premières notes, la magie opère : entre Danilo Pérez (p), John Patitucci (b) et Brian Blade (dm), l’énergie circule avec une facilité déconcertante, laissant tout loisir à leur énigmatique leader de distiller au saxophone ses formules elliptiques, sortes de concentré de musique à l’état pur. Une demi-heure d’absolu bonheur musical, dont on aurait aimé qu’elle durât toujours.

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Las ! Voilà qu’entre en scène un orchestre appelé Casco Philharmonic, dirigé par un certain Clark Rundell : on n’en demandait pas tant, mais il faudra bien faire avec. Dès les premières mesures, on comprend que la symbiose ne se fera pas. Procédant par grandes tartinades de cordes et bois, l’orchestre interprète en un constant mezzo-forte une partition ne laissant pas l’ombre d’un espace au quartette, qui semble assister à cette performance en spectateur impuissant, à l’exception d’un Brian Blade qui apporte des ponctuations d’une grande précision, à la manière d’un percussionniste classique. Il n’y a que dans les moments (trop rares) où le philharmonique se tait enfin que le groupe peut s’échapper de sa cage et retrouver, le temps de quelques mesures, une fugace liberté. Si Wayne Shorter a bien composé et arrangé lui-même cette musique répondant au titre d’Emanon – ce que semble suggérer le programme sans réellement le confirmer – la démarche apparaîtrait comme un parfait exemple de servitude volontaire.

À peine le concert terminé, nous filons au Jazz Café où, sur fond d’infrabasses s’échappant de la performance de la chanteuse Grace Jones, l’historien du jazz américain Ashley Kahn interviewe l’artiste en résidence de cette édition du festival, Chick Corea en personne. Moment fort intéressant, où l’on apprendra, entre autres, que notre homme pratique en privé la musique assistée par ordinateur (avec l’objectif de créer une suite ininterrompue de deux heures !), que le concert de Wayne Shorter auquel il vient d’assister lui a donné envie de rejouer avec son ancien camarade des années Miles Davis, ou encore qu’il a parfois la nostalgie de la lointaine époque où il pratiquait l’improvisation libre…

Suit une de ces déambulations au petit bonheur la chance, comme le festival en offre la possibilité : après avoir repassé une tête en salle Amazon, où l’organiste Steve Winwood offrait un set énergique et bien calibré, entre blues-rock et rythmes latino (à la batterie : Richard Bailey, le batteur du “Blow by Blow” de Jeff Beck !), nous traversons quasiment tout le parc des expositions Rotterdam Ahoy jusqu’à la scène Congo où se déroule le concert archi-bondé du quartette de Mark Guiliana, dont l’intensité ne nous parvient que par de lointains échos et une retransmission sur écran géant. Epuisé, nous finissons par échouer en salle Maas (« Meuse » en néerlandais : les plus sagaces de nos lecteurs auront compris que toutes les scènes portent des noms de fleuves).

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Vaste fosse debout entourée de gradins pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes, la configuration rappelle davantage un grand concert de rock. C’est là que se produira Cory Henry, le claviériste star révélé par Snarky Puppy, en compagnie de son groupe Funk Apostles. Défendant un funk vintage particulièrement efficace, où transpire la ferveur de ceux qui ont appris la musique dans les églises afro-américaines, Henry ne s’embarrasse guère de jouer de l’orgue placé en face de lui, préférant chanter (pas mal du tout, d’ailleurs), danser et chauffer la salle, qui ne se fait d’ailleurs pas prier.

Fin de soirée en salle Hudson, pour ce qui restera peut-être le grand concert de la journée, celui d’Avishai Cohen-le-trompettiste et de son quartette, composé ce jour-là de Yonathan Avishai (p), Yoni Zelnik (b) et Ziv Ravitz (dm) en lieu et place de Nasheet Waits. Un moment de pure magie piochant dans le répertoire de ces deux derniers albums EMC, une musique lyrique et sensible emportant l’auditeur en voyage au fil de longues envolée, avec un sens consommé de la narration. Cerise sur le gâteau : la participation surprise de sa clarinettiste de sœur Anat Cohen, sur un final en apesanteur aux saveurs d’Afrique. Il est bientôt une heure du matin, la journée n’aurait pu s’achever mieux !

Pascal Rozat|IMG_4343

75 000 spectateurs sur trois jours, une douzaine de scènes en parallèle, près de 150 concerts et événements (jazz, mais aussi soul, hip-hop, funk, world…), sans oublier, les inévitables boutiques, stands de restaurations et autres show-rooms… Le gigantisme du North Sea Jazz Festival de Rotterdam a de quoi donner le vertige. Tour d’horizon.

Face à une telle offre, c’est à chaque festivalier de s’inventer son propre itinéraire : les uns déambuleront d’une scène à l’autre au gré de l’inspiration, comme on picore à un buffet, d’autres encore se focaliseront sur quelques concerts essentiels dont ils ne rateront pas une miette… Pour notre part, nous débutons sans trop hésiter par le concert de Wayne Shorter à 18 heures sur la scène Amazon (sans rapport avec la plateforme commerciale du même nom), avant de nous laisser porter par le courant…

Cela faisait un moment que je n’avais plus eu l’occasion de voir le Wayne Shorter Quartet, cette formation désormais mythique fondée en 2001 (déjà !). Dès les premières notes, la magie opère : entre Danilo Pérez (p), John Patitucci (b) et Brian Blade (dm), l’énergie circule avec une facilité déconcertante, laissant tout loisir à leur énigmatique leader de distiller au saxophone ses formules elliptiques, sortes de concentré de musique à l’état pur. Une demi-heure d’absolu bonheur musical, dont on aurait aimé qu’elle durât toujours.

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Las ! Voilà qu’entre en scène un orchestre appelé Casco Philharmonic, dirigé par un certain Clark Rundell : on n’en demandait pas tant, mais il faudra bien faire avec. Dès les premières mesures, on comprend que la symbiose ne se fera pas. Procédant par grandes tartinades de cordes et bois, l’orchestre interprète en un constant mezzo-forte une partition ne laissant pas l’ombre d’un espace au quartette, qui semble assister à cette performance en spectateur impuissant, à l’exception d’un Brian Blade qui apporte des ponctuations d’une grande précision, à la manière d’un percussionniste classique. Il n’y a que dans les moments (trop rares) où le philharmonique se tait enfin que le groupe peut s’échapper de sa cage et retrouver, le temps de quelques mesures, une fugace liberté. Si Wayne Shorter a bien composé et arrangé lui-même cette musique répondant au titre d’Emanon – ce que semble suggérer le programme sans réellement le confirmer – la démarche apparaîtrait comme un parfait exemple de servitude volontaire.

À peine le concert terminé, nous filons au Jazz Café où, sur fond d’infrabasses s’échappant de la performance de la chanteuse Grace Jones, l’historien du jazz américain Ashley Kahn interviewe l’artiste en résidence de cette édition du festival, Chick Corea en personne. Moment fort intéressant, où l’on apprendra, entre autres, que notre homme pratique en privé la musique assistée par ordinateur (avec l’objectif de créer une suite ininterrompue de deux heures !), que le concert de Wayne Shorter auquel il vient d’assister lui a donné envie de rejouer avec son ancien camarade des années Miles Davis, ou encore qu’il a parfois la nostalgie de la lointaine époque où il pratiquait l’improvisation libre…

Suit une de ces déambulations au petit bonheur la chance, comme le festival en offre la possibilité : après avoir repassé une tête en salle Amazon, où l’organiste Steve Winwood offrait un set énergique et bien calibré, entre blues-rock et rythmes latino (à la batterie : Richard Bailey, le batteur du “Blow by Blow” de Jeff Beck !), nous traversons quasiment tout le parc des expositions Rotterdam Ahoy jusqu’à la scène Congo où se déroule le concert archi-bondé du quartette de Mark Guiliana, dont l’intensité ne nous parvient que par de lointains échos et une retransmission sur écran géant. Epuisé, nous finissons par échouer en salle Maas (« Meuse » en néerlandais : les plus sagaces de nos lecteurs auront compris que toutes les scènes portent des noms de fleuves).

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Vaste fosse debout entourée de gradins pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes, la configuration rappelle davantage un grand concert de rock. C’est là que se produira Cory Henry, le claviériste star révélé par Snarky Puppy, en compagnie de son groupe Funk Apostles. Défendant un funk vintage particulièrement efficace, où transpire la ferveur de ceux qui ont appris la musique dans les églises afro-américaines, Henry ne s’embarrasse guère de jouer de l’orgue placé en face de lui, préférant chanter (pas mal du tout, d’ailleurs), danser et chauffer la salle, qui ne se fait d’ailleurs pas prier.

Fin de soirée en salle Hudson, pour ce qui restera peut-être le grand concert de la journée, celui d’Avishai Cohen-le-trompettiste et de son quartette, composé ce jour-là de Yonathan Avishai (p), Yoni Zelnik (b) et Ziv Ravitz (dm) en lieu et place de Nasheet Waits. Un moment de pure magie piochant dans le répertoire de ces deux derniers albums EMC, une musique lyrique et sensible emportant l’auditeur en voyage au fil de longues envolée, avec un sens consommé de la narration. Cerise sur le gâteau : la participation surprise de sa clarinettiste de sœur Anat Cohen, sur un final en apesanteur aux saveurs d’Afrique. Il est bientôt une heure du matin, la journée n’aurait pu s’achever mieux !

Pascal Rozat|IMG_4343

75 000 spectateurs sur trois jours, une douzaine de scènes en parallèle, près de 150 concerts et événements (jazz, mais aussi soul, hip-hop, funk, world…), sans oublier, les inévitables boutiques, stands de restaurations et autres show-rooms… Le gigantisme du North Sea Jazz Festival de Rotterdam a de quoi donner le vertige. Tour d’horizon.

Face à une telle offre, c’est à chaque festivalier de s’inventer son propre itinéraire : les uns déambuleront d’une scène à l’autre au gré de l’inspiration, comme on picore à un buffet, d’autres encore se focaliseront sur quelques concerts essentiels dont ils ne rateront pas une miette… Pour notre part, nous débutons sans trop hésiter par le concert de Wayne Shorter à 18 heures sur la scène Amazon (sans rapport avec la plateforme commerciale du même nom), avant de nous laisser porter par le courant…

Cela faisait un moment que je n’avais plus eu l’occasion de voir le Wayne Shorter Quartet, cette formation désormais mythique fondée en 2001 (déjà !). Dès les premières notes, la magie opère : entre Danilo Pérez (p), John Patitucci (b) et Brian Blade (dm), l’énergie circule avec une facilité déconcertante, laissant tout loisir à leur énigmatique leader de distiller au saxophone ses formules elliptiques, sortes de concentré de musique à l’état pur. Une demi-heure d’absolu bonheur musical, dont on aurait aimé qu’elle durât toujours.

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Las ! Voilà qu’entre en scène un orchestre appelé Casco Philharmonic, dirigé par un certain Clark Rundell : on n’en demandait pas tant, mais il faudra bien faire avec. Dès les premières mesures, on comprend que la symbiose ne se fera pas. Procédant par grandes tartinades de cordes et bois, l’orchestre interprète en un constant mezzo-forte une partition ne laissant pas l’ombre d’un espace au quartette, qui semble assister à cette performance en spectateur impuissant, à l’exception d’un Brian Blade qui apporte des ponctuations d’une grande précision, à la manière d’un percussionniste classique. Il n’y a que dans les moments (trop rares) où le philharmonique se tait enfin que le groupe peut s’échapper de sa cage et retrouver, le temps de quelques mesures, une fugace liberté. Si Wayne Shorter a bien composé et arrangé lui-même cette musique répondant au titre d’Emanon – ce que semble suggérer le programme sans réellement le confirmer – la démarche apparaîtrait comme un parfait exemple de servitude volontaire.

À peine le concert terminé, nous filons au Jazz Café où, sur fond d’infrabasses s’échappant de la performance de la chanteuse Grace Jones, l’historien du jazz américain Ashley Kahn interviewe l’artiste en résidence de cette édition du festival, Chick Corea en personne. Moment fort intéressant, où l’on apprendra, entre autres, que notre homme pratique en privé la musique assistée par ordinateur (avec l’objectif de créer une suite ininterrompue de deux heures !), que le concert de Wayne Shorter auquel il vient d’assister lui a donné envie de rejouer avec son ancien camarade des années Miles Davis, ou encore qu’il a parfois la nostalgie de la lointaine époque où il pratiquait l’improvisation libre…

Suit une de ces déambulations au petit bonheur la chance, comme le festival en offre la possibilité : après avoir repassé une tête en salle Amazon, où l’organiste Steve Winwood offrait un set énergique et bien calibré, entre blues-rock et rythmes latino (à la batterie : Richard Bailey, le batteur du “Blow by Blow” de Jeff Beck !), nous traversons quasiment tout le parc des expositions Rotterdam Ahoy jusqu’à la scène Congo où se déroule le concert archi-bondé du quartette de Mark Guiliana, dont l’intensité ne nous parvient que par de lointains échos et une retransmission sur écran géant. Epuisé, nous finissons par échouer en salle Maas (« Meuse » en néerlandais : les plus sagaces de nos lecteurs auront compris que toutes les scènes portent des noms de fleuves).

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Vaste fosse debout entourée de gradins pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes, la configuration rappelle davantage un grand concert de rock. C’est là que se produira Cory Henry, le claviériste star révélé par Snarky Puppy, en compagnie de son groupe Funk Apostles. Défendant un funk vintage particulièrement efficace, où transpire la ferveur de ceux qui ont appris la musique dans les églises afro-américaines, Henry ne s’embarrasse guère de jouer de l’orgue placé en face de lui, préférant chanter (pas mal du tout, d’ailleurs), danser et chauffer la salle, qui ne se fait d’ailleurs pas prier.

Fin de soirée en salle Hudson, pour ce qui restera peut-être le grand concert de la journée, celui d’Avishai Cohen-le-trompettiste et de son quartette, composé ce jour-là de Yonathan Avishai (p), Yoni Zelnik (b) et Ziv Ravitz (dm) en lieu et place de Nasheet Waits. Un moment de pure magie piochant dans le répertoire de ces deux derniers albums EMC, une musique lyrique et sensible emportant l’auditeur en voyage au fil de longues envolée, avec un sens consommé de la narration. Cerise sur le gâteau : la participation surprise de sa clarinettiste de sœur Anat Cohen, sur un final en apesanteur aux saveurs d’Afrique. Il est bientôt une heure du matin, la journée n’aurait pu s’achever mieux !

Pascal Rozat