Jazz live
Publié le 12 Mar 2016

Peirani, Periani, oui mais Panzani…

Hier, vendredi 11 mars, Nuit du jazz à l’Arsenal de Metz, avec le quintette Living Being de Vincent Peirani et la création du LARGE Ensemble de Christophe Panzani. C’est pour elle que Jazz Magazine s’était laissé inviter à Metz. Triomphe public, partiellement partagé.

Christophe Panzani LARGE Ensemble : Christophe Panzani (sax ténor, sax soprano, composition), Vincent Peirani (accordéon), Pierre Perchaud (guitares), Bruno Schorp (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie) + Isabelle Olivier (harpe) + Arte Combo : Mayu Sato-Brémaud (flûte), Baptiste Gibier (hautbois, cor anglais), Romy Bischoff (clarinette), Cyril Normand (cor), Frank Sibold (basson) + Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin (violon), Guillaume Becker (violon alto), Lydia Shelley (violoncelle).

C’est donc pour ce LARGE Ensemble que j’ai pris hier le TGV pour Metz, curieux et même impatient d’entendre ce projet venu à l’esprit d’un saxophoniste qui m’a singulièrement ému dans The Drops, pour ne rien dire d’une multitude projets dont je suis loin de tout connaître si j’en crois l’impressionnant CV inclus dans le programme qui nous a été distribué. En attendant le début du concert, je me réjouis de retrouver cette belle salle où j’avais entendu il y a quelques années un prodigieux concert du quartette de Wayne Shorter et de feuilleter la plaquette annuelle de cet équipement dévolu à la musique et à la danse, sans laisser sa programmation se faire manger la laine sur le dos par les dites “musiques actuelles” déjà très largement servies par ailleurs. Le jazzfan se faisant tout de même la remarque que cinq concerts de jazz par an, c’est bien peu. Et que la musique contemporaine (puisqu’on appelle ainsi la musique “classique” d’après-guerre à aujourd’hui) est loin d’être entrée dans les mœurs, même si elle est ici présente, adroitement glissée ici et là dans un programme plus consensuel. Il faut noter deux choses. Premièrement, l’équilibre de ces cinq concerts de jazz de la saison : James Farm (le groupe Joshua Redman, Aaron Parks, Matt Penman et Eric Harland), Jimi’s Back de Nguyên Lê, le trio HIT de Baptiste Trotignon, Thomas Bramerie et Jeff Ballard, Dianne Reeves et le double concert dont je fais ici le compte. Hors des festivals, ce n’est pas si souvent que l’on offre à ces artistes des salles de plus de 1000 places, pleines et réceptives comme hier. Deuxièmement : sur les sept résidences accueillies cette année par l’Arsenal, aux côtés d’une chanteuse lyrique, d’un pianiste classique et d’un orchestre baroque, on trouve le compositeur contemporain Alexandre Markeas (dont les œuvres se trouvent plusieurs fois à l’affiche), une créateur à cheval entre les univers de l’électroacoustique pionnière et des musiques actuelles, Thierry Balasse, et le jazzman Christophe Panzani. Soit une large palette esthétique.

Christophe Panzani le voici justement qui entre en scène à la tête de son effectif et qui présente un peu confusément – le trac devant une telle salle – son intention : des correspondances entre le jazz et la musique contemporaine. Et de citer Debussy, Ravel, Satie et Messiaen… Soit une musique contemporaine d’il y a entre un siècle et un bon demi siècle, ce que défend Panzani : ces musiques furent contemporaines du jazz. De sa naissance précise-t-il. Donc pas précisément le jazz que joue Panzani, plutôt contemporain et imprégné des dites musiques actuelles (selon une nomenclature qui en exclut la musique savante de tradition européenne effectivement contemporaine). Curieuse dichotomie.

Mais encore une fois, pourquoi pas. De Coleman Hawkins à Herbie Hancock, Debussy et Ravel, plus rarement de Satie, plus récemment de Messiaen, ont trouvé largement leur utilité dans la boîte à outils des jazzmen pratiquant l’improvisation sur grille, de l’harmonie fonctionnelle à ce que l’on appelle un peu rapidement le jazz modal. D’autres compositeurs ont compté (de Bach à Hindemith), mais il y a une fascination pour l’école française – jusqu’aux Etats-Unis) à laquelle Panzani semble adhérer.

 

Toutefois, cette confusion du propos et des intentions trouvera son reflet dans la réalisation, morcellement de petites idées et d’intentions vertueuses qui ne décolleront jamais, de jolies couleurs orchestrales, de jolies mélodies, quelques séduisants contrepoints, mais le tout contraint d’un côté par le manque de développement dans les parties écrites, de l’autre par le manque d’élan des parties improvisées, chacun se trouvant coincé dans ses petits souliers, avec ici un soudain quatuor qui fait dire « Ah ! Voilà la grande tradition classique », mais ça n’est qu’un échantillon sans suite, là une espèce de nocturne dont “jazz band” installe climat enfin poignant souligné par une idée, toute bête, mais très efficace, confiée au cor, puis un glissement vers l’orchestre de chambre dont on espère enfin… las ! Ça ne mène nulle part. Un amusant breakdown country m’arrachera enfin un sourire.

Soit un non lieu que cette volonté de faire la démonstration de l’absence de frontière entre les domaines du classique et du jazz à une époque où les portes ont déjà été ouvertes toute grandes entre langage improvisé jazzistique d’une part et d’autre part le matériel orchestral de la musique de chambre ou du symphonique et les techniques d’écriture de la tradition européenne. Du Stan Getz de “Focus” avec Eddie Sauter au Quatuor Ixi, du George Russell de A Bird in a Igor’s Yard au Barry Guy d’“Amphi – Radio Rondo” et “Time Passing”, du André Hodeir d’Anna Livia Plurabelle au Patrice Caratini de From the Ground et Bleue comme une orange, du Bob Graetinger d’Incident in Jazz chez Stan Kenton au Fred Maurin de “Ubik” à paraître en avril sous le nom de Ping Machin, des créations du Brandeis Jazz Festival de 1957 à celle de Natal Eclipse par Steve Coleman au dernier La Villette Jazz Festival.

 

Triomphe (dans cette salle pleine… ça fait un vrai triomphe) et rappel. Il arrive que la critique ait tort, venue entendre autre chose que ce que le musicien a voulu dire. Et c’est ce que je souhaite à ce travail fourni par Christophe Panzani et ses comparses avec ferveur. Le disque annoncé nous ouvrira peut-être les yeux ou séduira peut-être quelque autre confrère. Mais pour ma part, le silence, le mystère, le jaillissement, la grandeur, l’effroi ou la jubilation que j’escomptais de cette création, c’est dans la prestation du quintette de Peirani que je l’ai trouvée.

Vincent Peirani Living Being Quintet : Emile Parisien (sax soprano), Vincent Peirani (accordéon), Tony Paeleman (piano électrique), Julien Herné (basse électrique), Yoann Sera (batterie).

Ce quintette que j’avais d’abord pris un peu de haut (à moins qu’il ne me soit passé d’abord au dessus de la tête), plus je le vois, plus il m’enchante. Le son collectif et la patte de chacun, la dynamique, la capacité de dépouillement qui donne tout leur relief aux effets de saturation et de débordement, le lyrisme jamais embarrassé, l’efficacité, la pertinence et la précision dramatiques, le lâcher prise. Cette fois-ci, j’adhère à l’ovation du public. Franck Bergerot|Hier, vendredi 11 mars, Nuit du jazz à l’Arsenal de Metz, avec le quintette Living Being de Vincent Peirani et la création du LARGE Ensemble de Christophe Panzani. C’est pour elle que Jazz Magazine s’était laissé inviter à Metz. Triomphe public, partiellement partagé.

Christophe Panzani LARGE Ensemble : Christophe Panzani (sax ténor, sax soprano, composition), Vincent Peirani (accordéon), Pierre Perchaud (guitares), Bruno Schorp (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie) + Isabelle Olivier (harpe) + Arte Combo : Mayu Sato-Brémaud (flûte), Baptiste Gibier (hautbois, cor anglais), Romy Bischoff (clarinette), Cyril Normand (cor), Frank Sibold (basson) + Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin (violon), Guillaume Becker (violon alto), Lydia Shelley (violoncelle).

C’est donc pour ce LARGE Ensemble que j’ai pris hier le TGV pour Metz, curieux et même impatient d’entendre ce projet venu à l’esprit d’un saxophoniste qui m’a singulièrement ému dans The Drops, pour ne rien dire d’une multitude projets dont je suis loin de tout connaître si j’en crois l’impressionnant CV inclus dans le programme qui nous a été distribué. En attendant le début du concert, je me réjouis de retrouver cette belle salle où j’avais entendu il y a quelques années un prodigieux concert du quartette de Wayne Shorter et de feuilleter la plaquette annuelle de cet équipement dévolu à la musique et à la danse, sans laisser sa programmation se faire manger la laine sur le dos par les dites “musiques actuelles” déjà très largement servies par ailleurs. Le jazzfan se faisant tout de même la remarque que cinq concerts de jazz par an, c’est bien peu. Et que la musique contemporaine (puisqu’on appelle ainsi la musique “classique” d’après-guerre à aujourd’hui) est loin d’être entrée dans les mœurs, même si elle est ici présente, adroitement glissée ici et là dans un programme plus consensuel. Il faut noter deux choses. Premièrement, l’équilibre de ces cinq concerts de jazz de la saison : James Farm (le groupe Joshua Redman, Aaron Parks, Matt Penman et Eric Harland), Jimi’s Back de Nguyên Lê, le trio HIT de Baptiste Trotignon, Thomas Bramerie et Jeff Ballard, Dianne Reeves et le double concert dont je fais ici le compte. Hors des festivals, ce n’est pas si souvent que l’on offre à ces artistes des salles de plus de 1000 places, pleines et réceptives comme hier. Deuxièmement : sur les sept résidences accueillies cette année par l’Arsenal, aux côtés d’une chanteuse lyrique, d’un pianiste classique et d’un orchestre baroque, on trouve le compositeur contemporain Alexandre Markeas (dont les œuvres se trouvent plusieurs fois à l’affiche), une créateur à cheval entre les univers de l’électroacoustique pionnière et des musiques actuelles, Thierry Balasse, et le jazzman Christophe Panzani. Soit une large palette esthétique.

Christophe Panzani le voici justement qui entre en scène à la tête de son effectif et qui présente un peu confusément – le trac devant une telle salle – son intention : des correspondances entre le jazz et la musique contemporaine. Et de citer Debussy, Ravel, Satie et Messiaen… Soit une musique contemporaine d’il y a entre un siècle et un bon demi siècle, ce que défend Panzani : ces musiques furent contemporaines du jazz. De sa naissance précise-t-il. Donc pas précisément le jazz que joue Panzani, plutôt contemporain et imprégné des dites musiques actuelles (selon une nomenclature qui en exclut la musique savante de tradition européenne effectivement contemporaine). Curieuse dichotomie.

Mais encore une fois, pourquoi pas. De Coleman Hawkins à Herbie Hancock, Debussy et Ravel, plus rarement de Satie, plus récemment de Messiaen, ont trouvé largement leur utilité dans la boîte à outils des jazzmen pratiquant l’improvisation sur grille, de l’harmonie fonctionnelle à ce que l’on appelle un peu rapidement le jazz modal. D’autres compositeurs ont compté (de Bach à Hindemith), mais il y a une fascination pour l’école française – jusqu’aux Etats-Unis) à laquelle Panzani semble adhérer.

 

Toutefois, cette confusion du propos et des intentions trouvera son reflet dans la réalisation, morcellement de petites idées et d’intentions vertueuses qui ne décolleront jamais, de jolies couleurs orchestrales, de jolies mélodies, quelques séduisants contrepoints, mais le tout contraint d’un côté par le manque de développement dans les parties écrites, de l’autre par le manque d’élan des parties improvisées, chacun se trouvant coincé dans ses petits souliers, avec ici un soudain quatuor qui fait dire « Ah ! Voilà la grande tradition classique », mais ça n’est qu’un échantillon sans suite, là une espèce de nocturne dont “jazz band” installe climat enfin poignant souligné par une idée, toute bête, mais très efficace, confiée au cor, puis un glissement vers l’orchestre de chambre dont on espère enfin… las ! Ça ne mène nulle part. Un amusant breakdown country m’arrachera enfin un sourire.

Soit un non lieu que cette volonté de faire la démonstration de l’absence de frontière entre les domaines du classique et du jazz à une époque où les portes ont déjà été ouvertes toute grandes entre langage improvisé jazzistique d’une part et d’autre part le matériel orchestral de la musique de chambre ou du symphonique et les techniques d’écriture de la tradition européenne. Du Stan Getz de “Focus” avec Eddie Sauter au Quatuor Ixi, du George Russell de A Bird in a Igor’s Yard au Barry Guy d’“Amphi – Radio Rondo” et “Time Passing”, du André Hodeir d’Anna Livia Plurabelle au Patrice Caratini de From the Ground et Bleue comme une orange, du Bob Graetinger d’Incident in Jazz chez Stan Kenton au Fred Maurin de “Ubik” à paraître en avril sous le nom de Ping Machin, des créations du Brandeis Jazz Festival de 1957 à celle de Natal Eclipse par Steve Coleman au dernier La Villette Jazz Festival.

 

Triomphe (dans cette salle pleine… ça fait un vrai triomphe) et rappel. Il arrive que la critique ait tort, venue entendre autre chose que ce que le musicien a voulu dire. Et c’est ce que je souhaite à ce travail fourni par Christophe Panzani et ses comparses avec ferveur. Le disque annoncé nous ouvrira peut-être les yeux ou séduira peut-être quelque autre confrère. Mais pour ma part, le silence, le mystère, le jaillissement, la grandeur, l’effroi ou la jubilation que j’escomptais de cette création, c’est dans la prestation du quintette de Peirani que je l’ai trouvée.

Vincent Peirani Living Being Quintet : Emile Parisien (sax soprano), Vincent Peirani (accordéon), Tony Paeleman (piano électrique), Julien Herné (basse électrique), Yoann Sera (batterie).

Ce quintette que j’avais d’abord pris un peu de haut (à moins qu’il ne me soit passé d’abord au dessus de la tête), plus je le vois, plus il m’enchante. Le son collectif et la patte de chacun, la dynamique, la capacité de dépouillement qui donne tout leur relief aux effets de saturation et de débordement, le lyrisme jamais embarrassé, l’efficacité, la pertinence et la précision dramatiques, le lâcher prise. Cette fois-ci, j’adhère à l’ovation du public. Franck Bergerot|Hier, vendredi 11 mars, Nuit du jazz à l’Arsenal de Metz, avec le quintette Living Being de Vincent Peirani et la création du LARGE Ensemble de Christophe Panzani. C’est pour elle que Jazz Magazine s’était laissé inviter à Metz. Triomphe public, partiellement partagé.

Christophe Panzani LARGE Ensemble : Christophe Panzani (sax ténor, sax soprano, composition), Vincent Peirani (accordéon), Pierre Perchaud (guitares), Bruno Schorp (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie) + Isabelle Olivier (harpe) + Arte Combo : Mayu Sato-Brémaud (flûte), Baptiste Gibier (hautbois, cor anglais), Romy Bischoff (clarinette), Cyril Normand (cor), Frank Sibold (basson) + Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin (violon), Guillaume Becker (violon alto), Lydia Shelley (violoncelle).

C’est donc pour ce LARGE Ensemble que j’ai pris hier le TGV pour Metz, curieux et même impatient d’entendre ce projet venu à l’esprit d’un saxophoniste qui m’a singulièrement ému dans The Drops, pour ne rien dire d’une multitude projets dont je suis loin de tout connaître si j’en crois l’impressionnant CV inclus dans le programme qui nous a été distribué. En attendant le début du concert, je me réjouis de retrouver cette belle salle où j’avais entendu il y a quelques années un prodigieux concert du quartette de Wayne Shorter et de feuilleter la plaquette annuelle de cet équipement dévolu à la musique et à la danse, sans laisser sa programmation se faire manger la laine sur le dos par les dites “musiques actuelles” déjà très largement servies par ailleurs. Le jazzfan se faisant tout de même la remarque que cinq concerts de jazz par an, c’est bien peu. Et que la musique contemporaine (puisqu’on appelle ainsi la musique “classique” d’après-guerre à aujourd’hui) est loin d’être entrée dans les mœurs, même si elle est ici présente, adroitement glissée ici et là dans un programme plus consensuel. Il faut noter deux choses. Premièrement, l’équilibre de ces cinq concerts de jazz de la saison : James Farm (le groupe Joshua Redman, Aaron Parks, Matt Penman et Eric Harland), Jimi’s Back de Nguyên Lê, le trio HIT de Baptiste Trotignon, Thomas Bramerie et Jeff Ballard, Dianne Reeves et le double concert dont je fais ici le compte. Hors des festivals, ce n’est pas si souvent que l’on offre à ces artistes des salles de plus de 1000 places, pleines et réceptives comme hier. Deuxièmement : sur les sept résidences accueillies cette année par l’Arsenal, aux côtés d’une chanteuse lyrique, d’un pianiste classique et d’un orchestre baroque, on trouve le compositeur contemporain Alexandre Markeas (dont les œuvres se trouvent plusieurs fois à l’affiche), une créateur à cheval entre les univers de l’électroacoustique pionnière et des musiques actuelles, Thierry Balasse, et le jazzman Christophe Panzani. Soit une large palette esthétique.

Christophe Panzani le voici justement qui entre en scène à la tête de son effectif et qui présente un peu confusément – le trac devant une telle salle – son intention : des correspondances entre le jazz et la musique contemporaine. Et de citer Debussy, Ravel, Satie et Messiaen… Soit une musique contemporaine d’il y a entre un siècle et un bon demi siècle, ce que défend Panzani : ces musiques furent contemporaines du jazz. De sa naissance précise-t-il. Donc pas précisément le jazz que joue Panzani, plutôt contemporain et imprégné des dites musiques actuelles (selon une nomenclature qui en exclut la musique savante de tradition européenne effectivement contemporaine). Curieuse dichotomie.

Mais encore une fois, pourquoi pas. De Coleman Hawkins à Herbie Hancock, Debussy et Ravel, plus rarement de Satie, plus récemment de Messiaen, ont trouvé largement leur utilité dans la boîte à outils des jazzmen pratiquant l’improvisation sur grille, de l’harmonie fonctionnelle à ce que l’on appelle un peu rapidement le jazz modal. D’autres compositeurs ont compté (de Bach à Hindemith), mais il y a une fascination pour l’école française – jusqu’aux Etats-Unis) à laquelle Panzani semble adhérer.

 

Toutefois, cette confusion du propos et des intentions trouvera son reflet dans la réalisation, morcellement de petites idées et d’intentions vertueuses qui ne décolleront jamais, de jolies couleurs orchestrales, de jolies mélodies, quelques séduisants contrepoints, mais le tout contraint d’un côté par le manque de développement dans les parties écrites, de l’autre par le manque d’élan des parties improvisées, chacun se trouvant coincé dans ses petits souliers, avec ici un soudain quatuor qui fait dire « Ah ! Voilà la grande tradition classique », mais ça n’est qu’un échantillon sans suite, là une espèce de nocturne dont “jazz band” installe climat enfin poignant souligné par une idée, toute bête, mais très efficace, confiée au cor, puis un glissement vers l’orchestre de chambre dont on espère enfin… las ! Ça ne mène nulle part. Un amusant breakdown country m’arrachera enfin un sourire.

Soit un non lieu que cette volonté de faire la démonstration de l’absence de frontière entre les domaines du classique et du jazz à une époque où les portes ont déjà été ouvertes toute grandes entre langage improvisé jazzistique d’une part et d’autre part le matériel orchestral de la musique de chambre ou du symphonique et les techniques d’écriture de la tradition européenne. Du Stan Getz de “Focus” avec Eddie Sauter au Quatuor Ixi, du George Russell de A Bird in a Igor’s Yard au Barry Guy d’“Amphi – Radio Rondo” et “Time Passing”, du André Hodeir d’Anna Livia Plurabelle au Patrice Caratini de From the Ground et Bleue comme une orange, du Bob Graetinger d’Incident in Jazz chez Stan Kenton au Fred Maurin de “Ubik” à paraître en avril sous le nom de Ping Machin, des créations du Brandeis Jazz Festival de 1957 à celle de Natal Eclipse par Steve Coleman au dernier La Villette Jazz Festival.

 

Triomphe (dans cette salle pleine… ça fait un vrai triomphe) et rappel. Il arrive que la critique ait tort, venue entendre autre chose que ce que le musicien a voulu dire. Et c’est ce que je souhaite à ce travail fourni par Christophe Panzani et ses comparses avec ferveur. Le disque annoncé nous ouvrira peut-être les yeux ou séduira peut-être quelque autre confrère. Mais pour ma part, le silence, le mystère, le jaillissement, la grandeur, l’effroi ou la jubilation que j’escomptais de cette création, c’est dans la prestation du quintette de Peirani que je l’ai trouvée.

Vincent Peirani Living Being Quintet : Emile Parisien (sax soprano), Vincent Peirani (accordéon), Tony Paeleman (piano électrique), Julien Herné (basse électrique), Yoann Sera (batterie).

Ce quintette que j’avais d’abord pris un peu de haut (à moins qu’il ne me soit passé d’abord au dessus de la tête), plus je le vois, plus il m’enchante. Le son collectif et la patte de chacun, la dynamique, la capacité de dépouillement qui donne tout leur relief aux effets de saturation et de débordement, le lyrisme jamais embarrassé, l’efficacité, la pertinence et la précision dramatiques, le lâcher prise. Cette fois-ci, j’adhère à l’ovation du public. Franck Bergerot|Hier, vendredi 11 mars, Nuit du jazz à l’Arsenal de Metz, avec le quintette Living Being de Vincent Peirani et la création du LARGE Ensemble de Christophe Panzani. C’est pour elle que Jazz Magazine s’était laissé inviter à Metz. Triomphe public, partiellement partagé.

Christophe Panzani LARGE Ensemble : Christophe Panzani (sax ténor, sax soprano, composition), Vincent Peirani (accordéon), Pierre Perchaud (guitares), Bruno Schorp (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie) + Isabelle Olivier (harpe) + Arte Combo : Mayu Sato-Brémaud (flûte), Baptiste Gibier (hautbois, cor anglais), Romy Bischoff (clarinette), Cyril Normand (cor), Frank Sibold (basson) + Quatuor Voce : Sarah Dayan, Cécile Roubin (violon), Guillaume Becker (violon alto), Lydia Shelley (violoncelle).

C’est donc pour ce LARGE Ensemble que j’ai pris hier le TGV pour Metz, curieux et même impatient d’entendre ce projet venu à l’esprit d’un saxophoniste qui m’a singulièrement ému dans The Drops, pour ne rien dire d’une multitude projets dont je suis loin de tout connaître si j’en crois l’impressionnant CV inclus dans le programme qui nous a été distribué. En attendant le début du concert, je me réjouis de retrouver cette belle salle où j’avais entendu il y a quelques années un prodigieux concert du quartette de Wayne Shorter et de feuilleter la plaquette annuelle de cet équipement dévolu à la musique et à la danse, sans laisser sa programmation se faire manger la laine sur le dos par les dites “musiques actuelles” déjà très largement servies par ailleurs. Le jazzfan se faisant tout de même la remarque que cinq concerts de jazz par an, c’est bien peu. Et que la musique contemporaine (puisqu’on appelle ainsi la musique “classique” d’après-guerre à aujourd’hui) est loin d’être entrée dans les mœurs, même si elle est ici présente, adroitement glissée ici et là dans un programme plus consensuel. Il faut noter deux choses. Premièrement, l’équilibre de ces cinq concerts de jazz de la saison : James Farm (le groupe Joshua Redman, Aaron Parks, Matt Penman et Eric Harland), Jimi’s Back de Nguyên Lê, le trio HIT de Baptiste Trotignon, Thomas Bramerie et Jeff Ballard, Dianne Reeves et le double concert dont je fais ici le compte. Hors des festivals, ce n’est pas si souvent que l’on offre à ces artistes des salles de plus de 1000 places, pleines et réceptives comme hier. Deuxièmement : sur les sept résidences accueillies cette année par l’Arsenal, aux côtés d’une chanteuse lyrique, d’un pianiste classique et d’un orchestre baroque, on trouve le compositeur contemporain Alexandre Markeas (dont les œuvres se trouvent plusieurs fois à l’affiche), une créateur à cheval entre les univers de l’électroacoustique pionnière et des musiques actuelles, Thierry Balasse, et le jazzman Christophe Panzani. Soit une large palette esthétique.

Christophe Panzani le voici justement qui entre en scène à la tête de son effectif et qui présente un peu confusément – le trac devant une telle salle – son intention : des correspondances entre le jazz et la musique contemporaine. Et de citer Debussy, Ravel, Satie et Messiaen… Soit une musique contemporaine d’il y a entre un siècle et un bon demi siècle, ce que défend Panzani : ces musiques furent contemporaines du jazz. De sa naissance précise-t-il. Donc pas précisément le jazz que joue Panzani, plutôt contemporain et imprégné des dites musiques actuelles (selon une nomenclature qui en exclut la musique savante de tradition européenne effectivement contemporaine). Curieuse dichotomie.

Mais encore une fois, pourquoi pas. De Coleman Hawkins à Herbie Hancock, Debussy et Ravel, plus rarement de Satie, plus récemment de Messiaen, ont trouvé largement leur utilité dans la boîte à outils des jazzmen pratiquant l’improvisation sur grille, de l’harmonie fonctionnelle à ce que l’on appelle un peu rapidement le jazz modal. D’autres compositeurs ont compté (de Bach à Hindemith), mais il y a une fascination pour l’école française – jusqu’aux Etats-Unis) à laquelle Panzani semble adhérer.

 

Toutefois, cette confusion du propos et des intentions trouvera son reflet dans la réalisation, morcellement de petites idées et d’intentions vertueuses qui ne décolleront jamais, de jolies couleurs orchestrales, de jolies mélodies, quelques séduisants contrepoints, mais le tout contraint d’un côté par le manque de développement dans les parties écrites, de l’autre par le manque d’élan des parties improvisées, chacun se trouvant coincé dans ses petits souliers, avec ici un soudain quatuor qui fait dire « Ah ! Voilà la grande tradition classique », mais ça n’est qu’un échantillon sans suite, là une espèce de nocturne dont “jazz band” installe climat enfin poignant souligné par une idée, toute bête, mais très efficace, confiée au cor, puis un glissement vers l’orchestre de chambre dont on espère enfin… las ! Ça ne mène nulle part. Un amusant breakdown country m’arrachera enfin un sourire.

Soit un non lieu que cette volonté de faire la démonstration de l’absence de frontière entre les domaines du classique et du jazz à une époque où les portes ont déjà été ouvertes toute grandes entre langage improvisé jazzistique d’une part et d’autre part le matériel orchestral de la musique de chambre ou du symphonique et les techniques d’écriture de la tradition européenne. Du Stan Getz de “Focus” avec Eddie Sauter au Quatuor Ixi, du George Russell de A Bird in a Igor’s Yard au Barry Guy d’“Amphi – Radio Rondo” et “Time Passing”, du André Hodeir d’Anna Livia Plurabelle au Patrice Caratini de From the Ground et Bleue comme une orange, du Bob Graetinger d’Incident in Jazz chez Stan Kenton au Fred Maurin de “Ubik” à paraître en avril sous le nom de Ping Machin, des créations du Brandeis Jazz Festival de 1957 à celle de Natal Eclipse par Steve Coleman au dernier La Villette Jazz Festival.

 

Triomphe (dans cette salle pleine… ça fait un vrai triomphe) et rappel. Il arrive que la critique ait tort, venue entendre autre chose que ce que le musicien a voulu dire. Et c’est ce que je souhaite à ce travail fourni par Christophe Panzani et ses comparses avec ferveur. Le disque annoncé nous ouvrira peut-être les yeux ou séduira peut-être quelque autre confrère. Mais pour ma part, le silence, le mystère, le jaillissement, la grandeur, l’effroi ou la jubilation que j’escomptais de cette création, c’est dans la prestation du quintette de Peirani que je l’ai trouvée.

Vincent Peirani Living Being Quintet : Emile Parisien (sax soprano), Vincent Peirani (accordéon), Tony Paeleman (piano électrique), Julien Herné (basse électrique), Yoann Sera (batterie).

Ce quintette que j’avais d’abord pris un peu de haut (à moins qu’il ne me soit passé d’abord au dessus de la tête), plus je le vois, plus il m’enchante. Le son collectif et la patte de chacun, la dynamique, la capacité de dépouillement qui donne tout leur relief aux effets de saturation et de débordement, le lyrisme jamais embarrassé, l’efficacité, la pertinence et la précision dramatiques, le lâcher prise. Cette fois-ci, j’adhère à l’ovation du public. Franck Bergerot