Jazz live
Publié le 27 Juil 2016

San Sebastian: Marmitako Jazz Infernal

Ils se lèvent tous d’un bon, applaudissent à tout rompre. Ils sifflent, vocifèrent leur enthousiasme. Ils réclament le bis à corps et à cris envers…le Workshop de Lyon, musiciens dont ils n’ont jamais entendu parler de leur vie. Le public de San Sebastian est capable de tous les coups de foudre !

Heineken Jazz Festival, San Sebastian-Donostia (Euskadi/España), 23,24,25 juillet

Jack Dejohnette (dm, p), Ravi Coltrane (ts, ss), Mattew Garrison (elb)

Jan Garbarek (ss, ts), Reiner Burninghaus (p, elp), Yuri Daniel (b), Trilok Gurtu (dm,perc)

Steps Ahead: Mike Manieri (vib), Eliane Elias (p), Dpnny Mc Caslin (ts), Marc Johnson (b), Billy Kilson (dm)

Josemi Carmona (g), Javier Colina (b, acc), Bandolero (dm, perc)

La Marmite Infernale: Jean Aussenaire (as, ss), Jean Paul Autin (ss, fl,bcl), Michel Boiton (dm, perc), Jean Bolcato (b), Olivier Bost (tb, g), Eric Brochard (b), Jean-Marc François (cnt), Xavier Garcia (synthe, sampler), Cl ment Gibert (cl), Guillaume Grenard (tp, tub), Christian Rollet (dm, perc), Alfred Spiri (dm, objets), Guy Villers (ts, electron), Jean Paul Delore (direct)

Bobo Stenson (p), Aders Oormin (b), Jon Fät (dm)

Christian Scott Atunde Adjuah/ Stretch Music

Plaza de la Trinidad, au coeur du Casco Viejo, la vieille ville, entre les pierres d’une église, les rochers adossés à l’océan et le sol lisse du fronton de pelote basque Une trinité justement. Plutôt un propos engagé à trois avec un point fixe, la marque laissée par un pivot du jazz contemporain, John Coltrane. Trois musiciens liés à son histoire pour l’illustrer. A l’arrivée, des moments de beau, d’autres moments de vide. La volonté ne suffit pas toujours. L’album (In movement, ECM/Universal) le laissait entendre déjà un peu. Le live, le faire en direct pouvait changer la donne au travers d’une libération d’énergies, une manière de sublimer le matériau exposé. Certes Jack De Johnette retrouve au sein de ce triangle une patte, une expressivité étiolée par tant d’années de retenue en compagnie de Keith Jarreth. Alabama en ouverture donne la tendance. On entend trois discours. Du savoir faire chacun sur son instrument oui, certes Pourtant l’impression s’installe d’un jeu chacun pour soi. Même mis In movement, le feeling n’est pas au au rendez vous. Sur la cancha (l’aire de jeu) du fronton la balle ne parvient pas jusqu’au public. Lequel n’attendait pas forcément une célébration, plutôt une Soufull Ballad en profondeur en vertu des noms figurant à l’affiche.

Autre nom, autre ténor, et une toute autre histoire: Garbarek, la bonne surprise. Ou quand les rôles ne se trouvent pas forcément distribués ainsi qu’on l’attendait/entendait à priori. Questions de  contenu, de sons, d’instruments pratiqués également. Ainsi Jan Garbarek, au sax ténor surtout se révèle-t-il soudain en profil Rollins au naturel, tout à coup débarrassé de son enveloppe de réverbération appuyée, comme « dé-ECMisé ». Sonorité rauque, souffle puissant, chatoyant le registre des graves le saxophoniste norvégien retrouve ses qualités de départ. Rainer Burninghaus lui aussi pratiquant de la première heure du label munichois (auprès d’Eberhard Weber notamment) au piano donne en ce instant dans le vivace du boogie woogie puis oblique, vers des accents de milonga argentine, marque de gravité là encore mais gorgée de sens celle-là. Dans cette même période Trilok Gurtu ignorant ses tablas joue de la batterie tel un batteur de jazz « normal », cultivant le bon tempo. Tous ces accents toniques au demeurant, cette ponctuation inhabituelle confère de l’originalité au propos du groupe.  Spectateur on on a le droit  bien sur de se retrouver despistado, vocable que l’on utilise pour décrire un taureau perdu largué, ébloui soudain par la lumière sur le sable d’une arène. La magnifique salle de concert du Kursaal résonne pourtant d’une musique à tiroirs surprises, un jazz basé sur la suggestion, l’échange finalement.  Comme rafraichi par les vents en Pays Basque, au fond du Golfe de Gascogne.

Steps  Ahead n’est pas un perdreau de l’année. Il n’est que de voir la couleur des cheveux de Mike Manieri ou Marc Johnson. Bon, mais Steps ça marche encore, la musique fonctionne toujours. Rien de révolutionnaire certes. mais une musique construite, avec de la mise en place plus une bonne dose de vitalité mis en exergue dans sa version live.  Le truc réside dans la mise en parallèle de deux sources harmoniques juxtaposées, piano plus vibraphone. L’étincelle viendrait plutôt du son gonflé du ténor de Donny McCaslin (il peut s’exprimer, on peut l’entendre  hors des albums de Bowie, fusse le dernier) Et puis n’y aurait-il que l’occasion d’apprécier un solo de contrebasse conduit haut la main par Marc Johnson…Ah, j’allais oublier: une seule question tenait en haleine les journalistes espagnols à la fin du concert : »Pourquoi donc Eliane Elias –pourtant Grammysé brésil récemment- ne voulait absolument pas de clichés d’elle pris de bas en haut (en contre plongée) par les photographes accrédités?…

Sur les vingt scènes installées dans la capitale du Guipuzcoa se produisent évidemment nombre de musiciens basques et ibériques. Sur celle du musée San Telmo où triomphèrent les papis fantastiques du Workshop de Lyon (voir le compte rendu flash spécial de PHA) le trio jazz flamenco (ou vice versa) du guitariste Josemi Carmona représente une fenêtre donnée à ce genre très prisé au delà des Pyrénées. Le musicien andalou ( fils de Pepe Habichuela et neveu de Juan du même nom disparu lui cette année, deux références sur l’instrument) n’est certainement pas le plus virtuose des guitaristes donnant dans cette thématique. Notons malgré tout que la nouvelle génération des guitaristes flamencos ont appris du jazz question phrasé, tempo, passages d’accords. Autre acteur majeur du trio Javier Colina qui vient lui du jazz (il fut l’un des bassistes de Tete Montoliu) Instrumentiste très fin dans son jeu figure comme un très bon passeur d’un domaine à l’autre.

Elle a tant fait monter la température qu’elle a mis le feu au festival. La Marmite Infernale a fait sauter le couvercle du vénérable Teatro Victoria Eugenia rénové voici quelques années « Ces musiciens français sont incroyables. Ils étaient totalement inconnus ici à San Sebastian, et en Espagne surement. Ils n’en ont pas moins produit LE truc de cette 51e édition » s’est enthousiasmé Jesus Torquemada, responsable de la communication du festival donostiarra. Comment ? Une recette simple en définitive. Une idée de départ originale, une histoire construite sur un scénario un tantinet loufoque, un contenu scénique et musical réglé au millimètre par un metteur en scène et directeur (Jean Paul Delore). Les Hommes maintenant s’égrènent en autant de tableaux, saynètes, sketchs entre délire, divagation et séquences absurdes portant à rire, sourire ou s’étonner. Un peu dadaïste, un tantinet absurde et parfois frappé de minimalisme en matière de situation (déclarations à l’emporte pièce, cris, ) Les musiciens portent costume à paillette, entre légionnaires romains d’Astérix et BD SF dessinée en noir et blanc. Et la musique là dedans ? Elle vient se greffer aux situations, s’y plaquer, s’y couler et s’y tordre en sons et unissons divers agrémentés de démarrages en trombes, de breaks soudains, de bruits de tous ordres, de cris, onomatopées et autres borborygmes. Avec malgré tout des mélodies, des passages écrits restituées en section (cuivres), en fanfare voire à capella. La Marmite, sur ce spectacle assez long, exigeant (pour le spectateur aussi) et complexe reste un big band à la recherche d’un big bang d’émotions premières. A Donostia ils l’ont trouvé.

A contrario Bobo Stenson voyage avec en bagage, les pages d’un trio d’un équilibre constant. Le pianiste suédois  estampillé pleins et déliés dans le catalogue ECM est venu néanmoins sur la scène basque afficher beaucoup de rythme(s), de relances, de mouvement donné à sa musique. Finesse du toucher, aisance dans l’exploration de l’ensemble du clavier, il garde à tout moment,  une sensibilité naturelle, non feinte quel que soit le panorama musical abordé. Au passage,son bassiste Anders Jormin l’épaule parfaitement, toujours au centre des exercices de rythme comme des surfaces de mélodies.

Autour de minuit, lundi au coeur de la nuit: Christian Scott  clôture le festival. Des problèmes de son au départ avant que les niveaux soient fait dans l’auditorium en bord de l’Océan, magnifique baie de la Zurriola, Ça joue fort en façade comme dans les retours de scène. Et ça joue à cent à l’heure. De très bons musiciens, tous très jeune à limage de la flutiste, 21 ans mais une précision chirurgicale dans le phrasé sans pour autant perdre la verve, le sens de la phrase sous le souffle (Of a new cool) La batterie se trouve sans doute trop mise en avant, question de haut volume sonore. La texture globale de la musique, les lignes, l’étagement des rythmes révèlent un gros travail de fond « Nous avons beaucoup bossé » confie Christian Scott très décontracté, chaleureux en cette soirée de despedida  (au revoir) pour les festivaliers. Point d’orgue de qualité.

175 000 spectateurs estimés,  dispachés 20 000 payants, 155 000 gratuits. Vingt scènes utilisées. 132 concerts offerts au public . Miguel Martin, directeur et programmateur du Heineken Jazz Festival parle de « chiffres records cette année » Et confie que  « s’ajoutant au succès du cinquantième anniversaire de l’an passé, cette édition 2016 pousse les sponsors à en réclamer davantage. Mais c’est à voir car en matière d’infrastructures, de lieux et de sécurité les possibilités ne sont pas exponentielles » En revanche l’accueil du public envers des formules nouvelles en Espagne (l’exemple des groupes de l’ARFI, Workshop et Marmite), la curiosité manifestée par nombre de spectateurs pousse le festival à « continuer de chercher dans ces voies musicales nouvelles, originales. Nous sommes un organisme public. Donc nous ne pouvons nous détourner des grands noms, gage de succès. Mais une  partie de notre public est portée vers la découverte. Nous tâcherons de le satisfaire également » La filière ARFI plus une tonalité jazz italien se trouvent d’ores et déjà dans le viseur.

Robert Latxague

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Ils se lèvent tous d’un bon, applaudissent à tout rompre. Ils sifflent, vocifèrent leur enthousiasme. Ils réclament le bis à corps et à cris envers…le Workshop de Lyon, musiciens dont ils n’ont jamais entendu parler de leur vie. Le public de San Sebastian est capable de tous les coups de foudre !

Heineken Jazz Festival, San Sebastian-Donostia (Euskadi/España), 23,24,25 juillet

Jack Dejohnette (dm, p), Ravi Coltrane (ts, ss), Mattew Garrison (elb)

Jan Garbarek (ss, ts), Reiner Burninghaus (p, elp), Yuri Daniel (b), Trilok Gurtu (dm,perc)

Steps Ahead: Mike Manieri (vib), Eliane Elias (p), Dpnny Mc Caslin (ts), Marc Johnson (b), Billy Kilson (dm)

Josemi Carmona (g), Javier Colina (b, acc), Bandolero (dm, perc)

La Marmite Infernale: Jean Aussenaire (as, ss), Jean Paul Autin (ss, fl,bcl), Michel Boiton (dm, perc), Jean Bolcato (b), Olivier Bost (tb, g), Eric Brochard (b), Jean-Marc François (cnt), Xavier Garcia (synthe, sampler), Cl ment Gibert (cl), Guillaume Grenard (tp, tub), Christian Rollet (dm, perc), Alfred Spiri (dm, objets), Guy Villers (ts, electron), Jean Paul Delore (direct)

Bobo Stenson (p), Aders Oormin (b), Jon Fät (dm)

Christian Scott Atunde Adjuah/ Stretch Music

Plaza de la Trinidad, au coeur du Casco Viejo, la vieille ville, entre les pierres d’une église, les rochers adossés à l’océan et le sol lisse du fronton de pelote basque Une trinité justement. Plutôt un propos engagé à trois avec un point fixe, la marque laissée par un pivot du jazz contemporain, John Coltrane. Trois musiciens liés à son histoire pour l’illustrer. A l’arrivée, des moments de beau, d’autres moments de vide. La volonté ne suffit pas toujours. L’album (In movement, ECM/Universal) le laissait entendre déjà un peu. Le live, le faire en direct pouvait changer la donne au travers d’une libération d’énergies, une manière de sublimer le matériau exposé. Certes Jack De Johnette retrouve au sein de ce triangle une patte, une expressivité étiolée par tant d’années de retenue en compagnie de Keith Jarreth. Alabama en ouverture donne la tendance. On entend trois discours. Du savoir faire chacun sur son instrument oui, certes Pourtant l’impression s’installe d’un jeu chacun pour soi. Même mis In movement, le feeling n’est pas au au rendez vous. Sur la cancha (l’aire de jeu) du fronton la balle ne parvient pas jusqu’au public. Lequel n’attendait pas forcément une célébration, plutôt une Soufull Ballad en profondeur en vertu des noms figurant à l’affiche.

Autre nom, autre ténor, et une toute autre histoire: Garbarek, la bonne surprise. Ou quand les rôles ne se trouvent pas forcément distribués ainsi qu’on l’attendait/entendait à priori. Questions de  contenu, de sons, d’instruments pratiqués également. Ainsi Jan Garbarek, au sax ténor surtout se révèle-t-il soudain en profil Rollins au naturel, tout à coup débarrassé de son enveloppe de réverbération appuyée, comme « dé-ECMisé ». Sonorité rauque, souffle puissant, chatoyant le registre des graves le saxophoniste norvégien retrouve ses qualités de départ. Rainer Burninghaus lui aussi pratiquant de la première heure du label munichois (auprès d’Eberhard Weber notamment) au piano donne en ce instant dans le vivace du boogie woogie puis oblique, vers des accents de milonga argentine, marque de gravité là encore mais gorgée de sens celle-là. Dans cette même période Trilok Gurtu ignorant ses tablas joue de la batterie tel un batteur de jazz « normal », cultivant le bon tempo. Tous ces accents toniques au demeurant, cette ponctuation inhabituelle confère de l’originalité au propos du groupe.  Spectateur on on a le droit  bien sur de se retrouver despistado, vocable que l’on utilise pour décrire un taureau perdu largué, ébloui soudain par la lumière sur le sable d’une arène. La magnifique salle de concert du Kursaal résonne pourtant d’une musique à tiroirs surprises, un jazz basé sur la suggestion, l’échange finalement.  Comme rafraichi par les vents en Pays Basque, au fond du Golfe de Gascogne.

Steps  Ahead n’est pas un perdreau de l’année. Il n’est que de voir la couleur des cheveux de Mike Manieri ou Marc Johnson. Bon, mais Steps ça marche encore, la musique fonctionne toujours. Rien de révolutionnaire certes. mais une musique construite, avec de la mise en place plus une bonne dose de vitalité mis en exergue dans sa version live.  Le truc réside dans la mise en parallèle de deux sources harmoniques juxtaposées, piano plus vibraphone. L’étincelle viendrait plutôt du son gonflé du ténor de Donny McCaslin (il peut s’exprimer, on peut l’entendre  hors des albums de Bowie, fusse le dernier) Et puis n’y aurait-il que l’occasion d’apprécier un solo de contrebasse conduit haut la main par Marc Johnson…Ah, j’allais oublier: une seule question tenait en haleine les journalistes espagnols à la fin du concert : »Pourquoi donc Eliane Elias –pourtant Grammysé brésil récemment- ne voulait absolument pas de clichés d’elle pris de bas en haut (en contre plongée) par les photographes accrédités?…

Sur les vingt scènes installées dans la capitale du Guipuzcoa se produisent évidemment nombre de musiciens basques et ibériques. Sur celle du musée San Telmo où triomphèrent les papis fantastiques du Workshop de Lyon (voir le compte rendu flash spécial de PHA) le trio jazz flamenco (ou vice versa) du guitariste Josemi Carmona représente une fenêtre donnée à ce genre très prisé au delà des Pyrénées. Le musicien andalou ( fils de Pepe Habichuela et neveu de Juan du même nom disparu lui cette année, deux références sur l’instrument) n’est certainement pas le plus virtuose des guitaristes donnant dans cette thématique. Notons malgré tout que la nouvelle génération des guitaristes flamencos ont appris du jazz question phrasé, tempo, passages d’accords. Autre acteur majeur du trio Javier Colina qui vient lui du jazz (il fut l’un des bassistes de Tete Montoliu) Instrumentiste très fin dans son jeu figure comme un très bon passeur d’un domaine à l’autre.

Elle a tant fait monter la température qu’elle a mis le feu au festival. La Marmite Infernale a fait sauter le couvercle du vénérable Teatro Victoria Eugenia rénové voici quelques années « Ces musiciens français sont incroyables. Ils étaient totalement inconnus ici à San Sebastian, et en Espagne surement. Ils n’en ont pas moins produit LE truc de cette 51e édition » s’est enthousiasmé Jesus Torquemada, responsable de la communication du festival donostiarra. Comment ? Une recette simple en définitive. Une idée de départ originale, une histoire construite sur un scénario un tantinet loufoque, un contenu scénique et musical réglé au millimètre par un metteur en scène et directeur (Jean Paul Delore). Les Hommes maintenant s’égrènent en autant de tableaux, saynètes, sketchs entre délire, divagation et séquences absurdes portant à rire, sourire ou s’étonner. Un peu dadaïste, un tantinet absurde et parfois frappé de minimalisme en matière de situation (déclarations à l’emporte pièce, cris, ) Les musiciens portent costume à paillette, entre légionnaires romains d’Astérix et BD SF dessinée en noir et blanc. Et la musique là dedans ? Elle vient se greffer aux situations, s’y plaquer, s’y couler et s’y tordre en sons et unissons divers agrémentés de démarrages en trombes, de breaks soudains, de bruits de tous ordres, de cris, onomatopées et autres borborygmes. Avec malgré tout des mélodies, des passages écrits restituées en section (cuivres), en fanfare voire à capella. La Marmite, sur ce spectacle assez long, exigeant (pour le spectateur aussi) et complexe reste un big band à la recherche d’un big bang d’émotions premières. A Donostia ils l’ont trouvé.

A contrario Bobo Stenson voyage avec en bagage, les pages d’un trio d’un équilibre constant. Le pianiste suédois  estampillé pleins et déliés dans le catalogue ECM est venu néanmoins sur la scène basque afficher beaucoup de rythme(s), de relances, de mouvement donné à sa musique. Finesse du toucher, aisance dans l’exploration de l’ensemble du clavier, il garde à tout moment,  une sensibilité naturelle, non feinte quel que soit le panorama musical abordé. Au passage,son bassiste Anders Jormin l’épaule parfaitement, toujours au centre des exercices de rythme comme des surfaces de mélodies.

Autour de minuit, lundi au coeur de la nuit: Christian Scott  clôture le festival. Des problèmes de son au départ avant que les niveaux soient fait dans l’auditorium en bord de l’Océan, magnifique baie de la Zurriola, Ça joue fort en façade comme dans les retours de scène. Et ça joue à cent à l’heure. De très bons musiciens, tous très jeune à limage de la flutiste, 21 ans mais une précision chirurgicale dans le phrasé sans pour autant perdre la verve, le sens de la phrase sous le souffle (Of a new cool) La batterie se trouve sans doute trop mise en avant, question de haut volume sonore. La texture globale de la musique, les lignes, l’étagement des rythmes révèlent un gros travail de fond « Nous avons beaucoup bossé » confie Christian Scott très décontracté, chaleureux en cette soirée de despedida  (au revoir) pour les festivaliers. Point d’orgue de qualité.

175 000 spectateurs estimés,  dispachés 20 000 payants, 155 000 gratuits. Vingt scènes utilisées. 132 concerts offerts au public . Miguel Martin, directeur et programmateur du Heineken Jazz Festival parle de « chiffres records cette année » Et confie que  « s’ajoutant au succès du cinquantième anniversaire de l’an passé, cette édition 2016 pousse les sponsors à en réclamer davantage. Mais c’est à voir car en matière d’infrastructures, de lieux et de sécurité les possibilités ne sont pas exponentielles » En revanche l’accueil du public envers des formules nouvelles en Espagne (l’exemple des groupes de l’ARFI, Workshop et Marmite), la curiosité manifestée par nombre de spectateurs pousse le festival à « continuer de chercher dans ces voies musicales nouvelles, originales. Nous sommes un organisme public. Donc nous ne pouvons nous détourner des grands noms, gage de succès. Mais une  partie de notre public est portée vers la découverte. Nous tâcherons de le satisfaire également » La filière ARFI plus une tonalité jazz italien se trouvent d’ores et déjà dans le viseur.

Robert Latxague

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Ils se lèvent tous d’un bon, applaudissent à tout rompre. Ils sifflent, vocifèrent leur enthousiasme. Ils réclament le bis à corps et à cris envers…le Workshop de Lyon, musiciens dont ils n’ont jamais entendu parler de leur vie. Le public de San Sebastian est capable de tous les coups de foudre !

Heineken Jazz Festival, San Sebastian-Donostia (Euskadi/España), 23,24,25 juillet

Jack Dejohnette (dm, p), Ravi Coltrane (ts, ss), Mattew Garrison (elb)

Jan Garbarek (ss, ts), Reiner Burninghaus (p, elp), Yuri Daniel (b), Trilok Gurtu (dm,perc)

Steps Ahead: Mike Manieri (vib), Eliane Elias (p), Dpnny Mc Caslin (ts), Marc Johnson (b), Billy Kilson (dm)

Josemi Carmona (g), Javier Colina (b, acc), Bandolero (dm, perc)

La Marmite Infernale: Jean Aussenaire (as, ss), Jean Paul Autin (ss, fl,bcl), Michel Boiton (dm, perc), Jean Bolcato (b), Olivier Bost (tb, g), Eric Brochard (b), Jean-Marc François (cnt), Xavier Garcia (synthe, sampler), Cl ment Gibert (cl), Guillaume Grenard (tp, tub), Christian Rollet (dm, perc), Alfred Spiri (dm, objets), Guy Villers (ts, electron), Jean Paul Delore (direct)

Bobo Stenson (p), Aders Oormin (b), Jon Fät (dm)

Christian Scott Atunde Adjuah/ Stretch Music

Plaza de la Trinidad, au coeur du Casco Viejo, la vieille ville, entre les pierres d’une église, les rochers adossés à l’océan et le sol lisse du fronton de pelote basque Une trinité justement. Plutôt un propos engagé à trois avec un point fixe, la marque laissée par un pivot du jazz contemporain, John Coltrane. Trois musiciens liés à son histoire pour l’illustrer. A l’arrivée, des moments de beau, d’autres moments de vide. La volonté ne suffit pas toujours. L’album (In movement, ECM/Universal) le laissait entendre déjà un peu. Le live, le faire en direct pouvait changer la donne au travers d’une libération d’énergies, une manière de sublimer le matériau exposé. Certes Jack De Johnette retrouve au sein de ce triangle une patte, une expressivité étiolée par tant d’années de retenue en compagnie de Keith Jarreth. Alabama en ouverture donne la tendance. On entend trois discours. Du savoir faire chacun sur son instrument oui, certes Pourtant l’impression s’installe d’un jeu chacun pour soi. Même mis In movement, le feeling n’est pas au au rendez vous. Sur la cancha (l’aire de jeu) du fronton la balle ne parvient pas jusqu’au public. Lequel n’attendait pas forcément une célébration, plutôt une Soufull Ballad en profondeur en vertu des noms figurant à l’affiche.

Autre nom, autre ténor, et une toute autre histoire: Garbarek, la bonne surprise. Ou quand les rôles ne se trouvent pas forcément distribués ainsi qu’on l’attendait/entendait à priori. Questions de  contenu, de sons, d’instruments pratiqués également. Ainsi Jan Garbarek, au sax ténor surtout se révèle-t-il soudain en profil Rollins au naturel, tout à coup débarrassé de son enveloppe de réverbération appuyée, comme « dé-ECMisé ». Sonorité rauque, souffle puissant, chatoyant le registre des graves le saxophoniste norvégien retrouve ses qualités de départ. Rainer Burninghaus lui aussi pratiquant de la première heure du label munichois (auprès d’Eberhard Weber notamment) au piano donne en ce instant dans le vivace du boogie woogie puis oblique, vers des accents de milonga argentine, marque de gravité là encore mais gorgée de sens celle-là. Dans cette même période Trilok Gurtu ignorant ses tablas joue de la batterie tel un batteur de jazz « normal », cultivant le bon tempo. Tous ces accents toniques au demeurant, cette ponctuation inhabituelle confère de l’originalité au propos du groupe.  Spectateur on on a le droit  bien sur de se retrouver despistado, vocable que l’on utilise pour décrire un taureau perdu largué, ébloui soudain par la lumière sur le sable d’une arène. La magnifique salle de concert du Kursaal résonne pourtant d’une musique à tiroirs surprises, un jazz basé sur la suggestion, l’échange finalement.  Comme rafraichi par les vents en Pays Basque, au fond du Golfe de Gascogne.

Steps  Ahead n’est pas un perdreau de l’année. Il n’est que de voir la couleur des cheveux de Mike Manieri ou Marc Johnson. Bon, mais Steps ça marche encore, la musique fonctionne toujours. Rien de révolutionnaire certes. mais une musique construite, avec de la mise en place plus une bonne dose de vitalité mis en exergue dans sa version live.  Le truc réside dans la mise en parallèle de deux sources harmoniques juxtaposées, piano plus vibraphone. L’étincelle viendrait plutôt du son gonflé du ténor de Donny McCaslin (il peut s’exprimer, on peut l’entendre  hors des albums de Bowie, fusse le dernier) Et puis n’y aurait-il que l’occasion d’apprécier un solo de contrebasse conduit haut la main par Marc Johnson…Ah, j’allais oublier: une seule question tenait en haleine les journalistes espagnols à la fin du concert : »Pourquoi donc Eliane Elias –pourtant Grammysé brésil récemment- ne voulait absolument pas de clichés d’elle pris de bas en haut (en contre plongée) par les photographes accrédités?…

Sur les vingt scènes installées dans la capitale du Guipuzcoa se produisent évidemment nombre de musiciens basques et ibériques. Sur celle du musée San Telmo où triomphèrent les papis fantastiques du Workshop de Lyon (voir le compte rendu flash spécial de PHA) le trio jazz flamenco (ou vice versa) du guitariste Josemi Carmona représente une fenêtre donnée à ce genre très prisé au delà des Pyrénées. Le musicien andalou ( fils de Pepe Habichuela et neveu de Juan du même nom disparu lui cette année, deux références sur l’instrument) n’est certainement pas le plus virtuose des guitaristes donnant dans cette thématique. Notons malgré tout que la nouvelle génération des guitaristes flamencos ont appris du jazz question phrasé, tempo, passages d’accords. Autre acteur majeur du trio Javier Colina qui vient lui du jazz (il fut l’un des bassistes de Tete Montoliu) Instrumentiste très fin dans son jeu figure comme un très bon passeur d’un domaine à l’autre.

Elle a tant fait monter la température qu’elle a mis le feu au festival. La Marmite Infernale a fait sauter le couvercle du vénérable Teatro Victoria Eugenia rénové voici quelques années « Ces musiciens français sont incroyables. Ils étaient totalement inconnus ici à San Sebastian, et en Espagne surement. Ils n’en ont pas moins produit LE truc de cette 51e édition » s’est enthousiasmé Jesus Torquemada, responsable de la communication du festival donostiarra. Comment ? Une recette simple en définitive. Une idée de départ originale, une histoire construite sur un scénario un tantinet loufoque, un contenu scénique et musical réglé au millimètre par un metteur en scène et directeur (Jean Paul Delore). Les Hommes maintenant s’égrènent en autant de tableaux, saynètes, sketchs entre délire, divagation et séquences absurdes portant à rire, sourire ou s’étonner. Un peu dadaïste, un tantinet absurde et parfois frappé de minimalisme en matière de situation (déclarations à l’emporte pièce, cris, ) Les musiciens portent costume à paillette, entre légionnaires romains d’Astérix et BD SF dessinée en noir et blanc. Et la musique là dedans ? Elle vient se greffer aux situations, s’y plaquer, s’y couler et s’y tordre en sons et unissons divers agrémentés de démarrages en trombes, de breaks soudains, de bruits de tous ordres, de cris, onomatopées et autres borborygmes. Avec malgré tout des mélodies, des passages écrits restituées en section (cuivres), en fanfare voire à capella. La Marmite, sur ce spectacle assez long, exigeant (pour le spectateur aussi) et complexe reste un big band à la recherche d’un big bang d’émotions premières. A Donostia ils l’ont trouvé.

A contrario Bobo Stenson voyage avec en bagage, les pages d’un trio d’un équilibre constant. Le pianiste suédois  estampillé pleins et déliés dans le catalogue ECM est venu néanmoins sur la scène basque afficher beaucoup de rythme(s), de relances, de mouvement donné à sa musique. Finesse du toucher, aisance dans l’exploration de l’ensemble du clavier, il garde à tout moment,  une sensibilité naturelle, non feinte quel que soit le panorama musical abordé. Au passage,son bassiste Anders Jormin l’épaule parfaitement, toujours au centre des exercices de rythme comme des surfaces de mélodies.

Autour de minuit, lundi au coeur de la nuit: Christian Scott  clôture le festival. Des problèmes de son au départ avant que les niveaux soient fait dans l’auditorium en bord de l’Océan, magnifique baie de la Zurriola, Ça joue fort en façade comme dans les retours de scène. Et ça joue à cent à l’heure. De très bons musiciens, tous très jeune à limage de la flutiste, 21 ans mais une précision chirurgicale dans le phrasé sans pour autant perdre la verve, le sens de la phrase sous le souffle (Of a new cool) La batterie se trouve sans doute trop mise en avant, question de haut volume sonore. La texture globale de la musique, les lignes, l’étagement des rythmes révèlent un gros travail de fond « Nous avons beaucoup bossé » confie Christian Scott très décontracté, chaleureux en cette soirée de despedida  (au revoir) pour les festivaliers. Point d’orgue de qualité.

175 000 spectateurs estimés,  dispachés 20 000 payants, 155 000 gratuits. Vingt scènes utilisées. 132 concerts offerts au public . Miguel Martin, directeur et programmateur du Heineken Jazz Festival parle de « chiffres records cette année » Et confie que  « s’ajoutant au succès du cinquantième anniversaire de l’an passé, cette édition 2016 pousse les sponsors à en réclamer davantage. Mais c’est à voir car en matière d’infrastructures, de lieux et de sécurité les possibilités ne sont pas exponentielles » En revanche l’accueil du public envers des formules nouvelles en Espagne (l’exemple des groupes de l’ARFI, Workshop et Marmite), la curiosité manifestée par nombre de spectateurs pousse le festival à « continuer de chercher dans ces voies musicales nouvelles, originales. Nous sommes un organisme public. Donc nous ne pouvons nous détourner des grands noms, gage de succès. Mais une  partie de notre public est portée vers la découverte. Nous tâcherons de le satisfaire également » La filière ARFI plus une tonalité jazz italien se trouvent d’ores et déjà dans le viseur.

Robert Latxague

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Ils se lèvent tous d’un bon, applaudissent à tout rompre. Ils sifflent, vocifèrent leur enthousiasme. Ils réclament le bis à corps et à cris envers…le Workshop de Lyon, musiciens dont ils n’ont jamais entendu parler de leur vie. Le public de San Sebastian est capable de tous les coups de foudre !

Heineken Jazz Festival, San Sebastian-Donostia (Euskadi/España), 23,24,25 juillet

Jack Dejohnette (dm, p), Ravi Coltrane (ts, ss), Mattew Garrison (elb)

Jan Garbarek (ss, ts), Reiner Burninghaus (p, elp), Yuri Daniel (b), Trilok Gurtu (dm,perc)

Steps Ahead: Mike Manieri (vib), Eliane Elias (p), Dpnny Mc Caslin (ts), Marc Johnson (b), Billy Kilson (dm)

Josemi Carmona (g), Javier Colina (b, acc), Bandolero (dm, perc)

La Marmite Infernale: Jean Aussenaire (as, ss), Jean Paul Autin (ss, fl,bcl), Michel Boiton (dm, perc), Jean Bolcato (b), Olivier Bost (tb, g), Eric Brochard (b), Jean-Marc François (cnt), Xavier Garcia (synthe, sampler), Cl ment Gibert (cl), Guillaume Grenard (tp, tub), Christian Rollet (dm, perc), Alfred Spiri (dm, objets), Guy Villers (ts, electron), Jean Paul Delore (direct)

Bobo Stenson (p), Aders Oormin (b), Jon Fät (dm)

Christian Scott Atunde Adjuah/ Stretch Music

Plaza de la Trinidad, au coeur du Casco Viejo, la vieille ville, entre les pierres d’une église, les rochers adossés à l’océan et le sol lisse du fronton de pelote basque Une trinité justement. Plutôt un propos engagé à trois avec un point fixe, la marque laissée par un pivot du jazz contemporain, John Coltrane. Trois musiciens liés à son histoire pour l’illustrer. A l’arrivée, des moments de beau, d’autres moments de vide. La volonté ne suffit pas toujours. L’album (In movement, ECM/Universal) le laissait entendre déjà un peu. Le live, le faire en direct pouvait changer la donne au travers d’une libération d’énergies, une manière de sublimer le matériau exposé. Certes Jack De Johnette retrouve au sein de ce triangle une patte, une expressivité étiolée par tant d’années de retenue en compagnie de Keith Jarreth. Alabama en ouverture donne la tendance. On entend trois discours. Du savoir faire chacun sur son instrument oui, certes Pourtant l’impression s’installe d’un jeu chacun pour soi. Même mis In movement, le feeling n’est pas au au rendez vous. Sur la cancha (l’aire de jeu) du fronton la balle ne parvient pas jusqu’au public. Lequel n’attendait pas forcément une célébration, plutôt une Soufull Ballad en profondeur en vertu des noms figurant à l’affiche.

Autre nom, autre ténor, et une toute autre histoire: Garbarek, la bonne surprise. Ou quand les rôles ne se trouvent pas forcément distribués ainsi qu’on l’attendait/entendait à priori. Questions de  contenu, de sons, d’instruments pratiqués également. Ainsi Jan Garbarek, au sax ténor surtout se révèle-t-il soudain en profil Rollins au naturel, tout à coup débarrassé de son enveloppe de réverbération appuyée, comme « dé-ECMisé ». Sonorité rauque, souffle puissant, chatoyant le registre des graves le saxophoniste norvégien retrouve ses qualités de départ. Rainer Burninghaus lui aussi pratiquant de la première heure du label munichois (auprès d’Eberhard Weber notamment) au piano donne en ce instant dans le vivace du boogie woogie puis oblique, vers des accents de milonga argentine, marque de gravité là encore mais gorgée de sens celle-là. Dans cette même période Trilok Gurtu ignorant ses tablas joue de la batterie tel un batteur de jazz « normal », cultivant le bon tempo. Tous ces accents toniques au demeurant, cette ponctuation inhabituelle confère de l’originalité au propos du groupe.  Spectateur on on a le droit  bien sur de se retrouver despistado, vocable que l’on utilise pour décrire un taureau perdu largué, ébloui soudain par la lumière sur le sable d’une arène. La magnifique salle de concert du Kursaal résonne pourtant d’une musique à tiroirs surprises, un jazz basé sur la suggestion, l’échange finalement.  Comme rafraichi par les vents en Pays Basque, au fond du Golfe de Gascogne.

Steps  Ahead n’est pas un perdreau de l’année. Il n’est que de voir la couleur des cheveux de Mike Manieri ou Marc Johnson. Bon, mais Steps ça marche encore, la musique fonctionne toujours. Rien de révolutionnaire certes. mais une musique construite, avec de la mise en place plus une bonne dose de vitalité mis en exergue dans sa version live.  Le truc réside dans la mise en parallèle de deux sources harmoniques juxtaposées, piano plus vibraphone. L’étincelle viendrait plutôt du son gonflé du ténor de Donny McCaslin (il peut s’exprimer, on peut l’entendre  hors des albums de Bowie, fusse le dernier) Et puis n’y aurait-il que l’occasion d’apprécier un solo de contrebasse conduit haut la main par Marc Johnson…Ah, j’allais oublier: une seule question tenait en haleine les journalistes espagnols à la fin du concert : »Pourquoi donc Eliane Elias –pourtant Grammysé brésil récemment- ne voulait absolument pas de clichés d’elle pris de bas en haut (en contre plongée) par les photographes accrédités?…

Sur les vingt scènes installées dans la capitale du Guipuzcoa se produisent évidemment nombre de musiciens basques et ibériques. Sur celle du musée San Telmo où triomphèrent les papis fantastiques du Workshop de Lyon (voir le compte rendu flash spécial de PHA) le trio jazz flamenco (ou vice versa) du guitariste Josemi Carmona représente une fenêtre donnée à ce genre très prisé au delà des Pyrénées. Le musicien andalou ( fils de Pepe Habichuela et neveu de Juan du même nom disparu lui cette année, deux références sur l’instrument) n’est certainement pas le plus virtuose des guitaristes donnant dans cette thématique. Notons malgré tout que la nouvelle génération des guitaristes flamencos ont appris du jazz question phrasé, tempo, passages d’accords. Autre acteur majeur du trio Javier Colina qui vient lui du jazz (il fut l’un des bassistes de Tete Montoliu) Instrumentiste très fin dans son jeu figure comme un très bon passeur d’un domaine à l’autre.

Elle a tant fait monter la température qu’elle a mis le feu au festival. La Marmite Infernale a fait sauter le couvercle du vénérable Teatro Victoria Eugenia rénové voici quelques années « Ces musiciens français sont incroyables. Ils étaient totalement inconnus ici à San Sebastian, et en Espagne surement. Ils n’en ont pas moins produit LE truc de cette 51e édition » s’est enthousiasmé Jesus Torquemada, responsable de la communication du festival donostiarra. Comment ? Une recette simple en définitive. Une idée de départ originale, une histoire construite sur un scénario un tantinet loufoque, un contenu scénique et musical réglé au millimètre par un metteur en scène et directeur (Jean Paul Delore). Les Hommes maintenant s’égrènent en autant de tableaux, saynètes, sketchs entre délire, divagation et séquences absurdes portant à rire, sourire ou s’étonner. Un peu dadaïste, un tantinet absurde et parfois frappé de minimalisme en matière de situation (déclarations à l’emporte pièce, cris, ) Les musiciens portent costume à paillette, entre légionnaires romains d’Astérix et BD SF dessinée en noir et blanc. Et la musique là dedans ? Elle vient se greffer aux situations, s’y plaquer, s’y couler et s’y tordre en sons et unissons divers agrémentés de démarrages en trombes, de breaks soudains, de bruits de tous ordres, de cris, onomatopées et autres borborygmes. Avec malgré tout des mélodies, des passages écrits restituées en section (cuivres), en fanfare voire à capella. La Marmite, sur ce spectacle assez long, exigeant (pour le spectateur aussi) et complexe reste un big band à la recherche d’un big bang d’émotions premières. A Donostia ils l’ont trouvé.

A contrario Bobo Stenson voyage avec en bagage, les pages d’un trio d’un équilibre constant. Le pianiste suédois  estampillé pleins et déliés dans le catalogue ECM est venu néanmoins sur la scène basque afficher beaucoup de rythme(s), de relances, de mouvement donné à sa musique. Finesse du toucher, aisance dans l’exploration de l’ensemble du clavier, il garde à tout moment,  une sensibilité naturelle, non feinte quel que soit le panorama musical abordé. Au passage,son bassiste Anders Jormin l’épaule parfaitement, toujours au centre des exercices de rythme comme des surfaces de mélodies.

Autour de minuit, lundi au coeur de la nuit: Christian Scott  clôture le festival. Des problèmes de son au départ avant que les niveaux soient fait dans l’auditorium en bord de l’Océan, magnifique baie de la Zurriola, Ça joue fort en façade comme dans les retours de scène. Et ça joue à cent à l’heure. De très bons musiciens, tous très jeune à limage de la flutiste, 21 ans mais une précision chirurgicale dans le phrasé sans pour autant perdre la verve, le sens de la phrase sous le souffle (Of a new cool) La batterie se trouve sans doute trop mise en avant, question de haut volume sonore. La texture globale de la musique, les lignes, l’étagement des rythmes révèlent un gros travail de fond « Nous avons beaucoup bossé » confie Christian Scott très décontracté, chaleureux en cette soirée de despedida  (au revoir) pour les festivaliers. Point d’orgue de qualité.

175 000 spectateurs estimés,  dispachés 20 000 payants, 155 000 gratuits. Vingt scènes utilisées. 132 concerts offerts au public . Miguel Martin, directeur et programmateur du Heineken Jazz Festival parle de « chiffres records cette année » Et confie que  « s’ajoutant au succès du cinquantième anniversaire de l’an passé, cette édition 2016 pousse les sponsors à en réclamer davantage. Mais c’est à voir car en matière d’infrastructures, de lieux et de sécurité les possibilités ne sont pas exponentielles » En revanche l’accueil du public envers des formules nouvelles en Espagne (l’exemple des groupes de l’ARFI, Workshop et Marmite), la curiosité manifestée par nombre de spectateurs pousse le festival à « continuer de chercher dans ces voies musicales nouvelles, originales. Nous sommes un organisme public. Donc nous ne pouvons nous détourner des grands noms, gage de succès. Mais une  partie de notre public est portée vers la découverte. Nous tâcherons de le satisfaire également » La filière ARFI plus une tonalité jazz italien se trouvent d’ores et déjà dans le viseur.

Robert Latxague