Jazz live
Publié le 7 Nov 2014

Un supertrio est né

Hier, la Dynamo de Pantin, accueillait deux trios, le Red Hill Orchestra de Jozef Dumoulin, Ellery Eskelin et Dan Weiss, celui de Jean-François Pauvros, Antonin Rayon et Yann Joussein. Un concert dense et contrasté.


La Dynamo, Pantin (93), le 6 novembre 2014.

 

Jean-François Pauvros (guitare, voix), Antonin Rayon (piano, orgue Hammond, clavinet Hohner), Yann Joussein (batterie).

 

Grand bazar sur la scène envahie côté jardin et au centre par la guitare, les claviers, les amplis et des forêts de  pédales d’effets de Jean-François Pauvros et Antonin Rayon, chacun de commencer par s’accroupir pour s’assurer de leur disposition et leur ordre de marche… Chez Pauvros, grosse ronflette. Il tripote, éteint, rallume, débranche, rebranche, farfouille, s’énerve…  Variations pour ronflette et quelques soupirs ! On se croirait au Groupe de recherches musicales de Pierre Schaeffer dans les années 50 ! Est-ce que le concert a déjà commencé ? Un spectateur : « Allez Jean-François, ça fait partie du jeu ! » Réplique de Jean-François Pauvros dans sa barbe, ou plutôt derrière son abondante chevelure qui tombe jusqu’aux pédales : « Ah ! Parce que vous croyez qu’on s’amuse. » Donc, ça ne joue pas encore… Quoique, on pourrait être à un concert de Michel Portal dans les années 70. La ronflette cesse enfin… J’en oublie presque comme le concert commence. Jean-François Pauvros tripote à nouveau, mais sa guitare, sur une pluie de notes cristallines sur le piano acoustique, la tapote plutôt, la caresse, la frotte, lâche quelques syllabes indistinctes dans un micro de voix, qui tournent à la chanson pop, belle voix, profonde, rocailleuse, un truc à la Lou Reed, laissant surgir des paroles comme si leur compréhension étaient affectées par des variations de potentiomètre, le piano entremêlant ses lignes en pointillés à celles tout aussi discontinues du chant.

 

Puis ça se gâte, on quitte l’élégie pour le fracas,  un vrai solo phrasé au goût de hard rock, un riff emprunté à Jimi Hendrix, des frottements frénétiques des cordes sur le tissu du pantalon (jeans, velours ? Il faudrait être plus précis, bon sang !), guitare retournée sur les genoux, sans que l’on puisse désormais savoir d’où provient quoi dans la polyphonie des boucles de voix de Pauvros et de sons en provenance des claviers et de la guitare, seuls se distinguant les mitraillages doux et les bombardements énormes d’une batterie hyperactive.  Des orages, des accalmies, la dernière comme un retour à la chanson initiale… ou une autre. Je ne sais plus. C’est ramassé, incisif, concis… ou peut-être pas si bref que ça, mais on n’a pas regardé sa montre.

 

Red Hill Orchestra : Ellery Eskelin (sax ténor), Jozef Dumoulin (Fender Rhodes), Dan Weiss (batterie).


Le bazar technologique de la première partie semble avoir entièrement reflué sur et sous le clavier de Jozef Dumoulin, assis face au public et dont on observera les pieds, très actifs, faute d’observer les mains. Le groupe s’est formé en juin au moment de l’enregistrement d’un disque Yolk qui fait déjà Choc dans le Double Numéro Anniversaire des 60 ans de Jazzmag qui avance sur la chaîne fabrication du journal. Un disque qui fera en tout cas date dans l’œuvre de cet utilisateur extra-terrestre du Fender Rhodes qu’est Jozef Dumoulin, à l’abord aussi farouche que l’est sa musique à laquelle Ellery Eskelin donne ici une chair qui lui manquait parfois.

 

De longues tenues de saxophone subtone se mêlent à des nappes pétries par le pianiste qui gomme l’attaque de son piano et, dans une succession extrêmement fluide de petites touches sur la multitude de pédales et de boîtiers par lesquels le son de son clavier circule, transforme le timbre et l’enveloppe de son instrument, le tout traversé de grooves sourds et sous-entendus, contradictoires, ces fameuses polyvitesses dont il a apparemment l’expérience en partage avec Dan Weiss (sourires complices, simplicité des retrouvailles rythmiques à l’issue d’inextricables chassés-croisés rythmiques). Avec des bras aux angulations inhabituelles mais d’une élégance rare, Dan Weiss est le danseur de cette musique faite de fragments mélodiques, ritournelles, déclinaisons harmoniques qui font l’objet de fugues incessantes et entêtantes entre clavier et saxophone, parsemées de faux, plus rarement de vrais, unissons. C’est fascinant, entêtant, à proprement parler magique, et ça n’est que le premier concert d’une tournée qui verra le groupe se souder un peu plus chaque jour, demain 7 novembre à Nantes (Pannonica), le 8  à Bruxelles (Bozar), le 10 Eindhoven (Jazzpower, en Hollande), le 11 à Strasbourg (festival Jazz d’or), le 12 au D’jazz Nevers Festival, le 14 à Anvers (De Roma), le 14 à Gand (Biljoke), le 15 à Genève (AMR). Un grand supertrio est né. Franck Bergerot

 

Prochain concert à la Dynamo de Pantin: le 12 novembre le trio Snap (Julien Desprez, Clément Edouard, Yann Joussein) et le tandem de la chanteuses Emilie Lesbros et du saxophoniste Darius Jones entouré du pianiste Matt Mitchell, du contrebassiste Niggenkemper et du batteur Chess Smith.

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Hier, la Dynamo de Pantin, accueillait deux trios, le Red Hill Orchestra de Jozef Dumoulin, Ellery Eskelin et Dan Weiss, celui de Jean-François Pauvros, Antonin Rayon et Yann Joussein. Un concert dense et contrasté.


La Dynamo, Pantin (93), le 6 novembre 2014.

 

Jean-François Pauvros (guitare, voix), Antonin Rayon (piano, orgue Hammond, clavinet Hohner), Yann Joussein (batterie).

 

Grand bazar sur la scène envahie côté jardin et au centre par la guitare, les claviers, les amplis et des forêts de  pédales d’effets de Jean-François Pauvros et Antonin Rayon, chacun de commencer par s’accroupir pour s’assurer de leur disposition et leur ordre de marche… Chez Pauvros, grosse ronflette. Il tripote, éteint, rallume, débranche, rebranche, farfouille, s’énerve…  Variations pour ronflette et quelques soupirs ! On se croirait au Groupe de recherches musicales de Pierre Schaeffer dans les années 50 ! Est-ce que le concert a déjà commencé ? Un spectateur : « Allez Jean-François, ça fait partie du jeu ! » Réplique de Jean-François Pauvros dans sa barbe, ou plutôt derrière son abondante chevelure qui tombe jusqu’aux pédales : « Ah ! Parce que vous croyez qu’on s’amuse. » Donc, ça ne joue pas encore… Quoique, on pourrait être à un concert de Michel Portal dans les années 70. La ronflette cesse enfin… J’en oublie presque comme le concert commence. Jean-François Pauvros tripote à nouveau, mais sa guitare, sur une pluie de notes cristallines sur le piano acoustique, la tapote plutôt, la caresse, la frotte, lâche quelques syllabes indistinctes dans un micro de voix, qui tournent à la chanson pop, belle voix, profonde, rocailleuse, un truc à la Lou Reed, laissant surgir des paroles comme si leur compréhension étaient affectées par des variations de potentiomètre, le piano entremêlant ses lignes en pointillés à celles tout aussi discontinues du chant.

 

Puis ça se gâte, on quitte l’élégie pour le fracas,  un vrai solo phrasé au goût de hard rock, un riff emprunté à Jimi Hendrix, des frottements frénétiques des cordes sur le tissu du pantalon (jeans, velours ? Il faudrait être plus précis, bon sang !), guitare retournée sur les genoux, sans que l’on puisse désormais savoir d’où provient quoi dans la polyphonie des boucles de voix de Pauvros et de sons en provenance des claviers et de la guitare, seuls se distinguant les mitraillages doux et les bombardements énormes d’une batterie hyperactive.  Des orages, des accalmies, la dernière comme un retour à la chanson initiale… ou une autre. Je ne sais plus. C’est ramassé, incisif, concis… ou peut-être pas si bref que ça, mais on n’a pas regardé sa montre.

 

Red Hill Orchestra : Ellery Eskelin (sax ténor), Jozef Dumoulin (Fender Rhodes), Dan Weiss (batterie).


Le bazar technologique de la première partie semble avoir entièrement reflué sur et sous le clavier de Jozef Dumoulin, assis face au public et dont on observera les pieds, très actifs, faute d’observer les mains. Le groupe s’est formé en juin au moment de l’enregistrement d’un disque Yolk qui fait déjà Choc dans le Double Numéro Anniversaire des 60 ans de Jazzmag qui avance sur la chaîne fabrication du journal. Un disque qui fera en tout cas date dans l’œuvre de cet utilisateur extra-terrestre du Fender Rhodes qu’est Jozef Dumoulin, à l’abord aussi farouche que l’est sa musique à laquelle Ellery Eskelin donne ici une chair qui lui manquait parfois.

 

De longues tenues de saxophone subtone se mêlent à des nappes pétries par le pianiste qui gomme l’attaque de son piano et, dans une succession extrêmement fluide de petites touches sur la multitude de pédales et de boîtiers par lesquels le son de son clavier circule, transforme le timbre et l’enveloppe de son instrument, le tout traversé de grooves sourds et sous-entendus, contradictoires, ces fameuses polyvitesses dont il a apparemment l’expérience en partage avec Dan Weiss (sourires complices, simplicité des retrouvailles rythmiques à l’issue d’inextricables chassés-croisés rythmiques). Avec des bras aux angulations inhabituelles mais d’une élégance rare, Dan Weiss est le danseur de cette musique faite de fragments mélodiques, ritournelles, déclinaisons harmoniques qui font l’objet de fugues incessantes et entêtantes entre clavier et saxophone, parsemées de faux, plus rarement de vrais, unissons. C’est fascinant, entêtant, à proprement parler magique, et ça n’est que le premier concert d’une tournée qui verra le groupe se souder un peu plus chaque jour, demain 7 novembre à Nantes (Pannonica), le 8  à Bruxelles (Bozar), le 10 Eindhoven (Jazzpower, en Hollande), le 11 à Strasbourg (festival Jazz d’or), le 12 au D’jazz Nevers Festival, le 14 à Anvers (De Roma), le 14 à Gand (Biljoke), le 15 à Genève (AMR). Un grand supertrio est né. Franck Bergerot

 

Prochain concert à la Dynamo de Pantin: le 12 novembre le trio Snap (Julien Desprez, Clément Edouard, Yann Joussein) et le tandem de la chanteuses Emilie Lesbros et du saxophoniste Darius Jones entouré du pianiste Matt Mitchell, du contrebassiste Niggenkemper et du batteur Chess Smith.

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Hier, la Dynamo de Pantin, accueillait deux trios, le Red Hill Orchestra de Jozef Dumoulin, Ellery Eskelin et Dan Weiss, celui de Jean-François Pauvros, Antonin Rayon et Yann Joussein. Un concert dense et contrasté.


La Dynamo, Pantin (93), le 6 novembre 2014.

 

Jean-François Pauvros (guitare, voix), Antonin Rayon (piano, orgue Hammond, clavinet Hohner), Yann Joussein (batterie).

 

Grand bazar sur la scène envahie côté jardin et au centre par la guitare, les claviers, les amplis et des forêts de  pédales d’effets de Jean-François Pauvros et Antonin Rayon, chacun de commencer par s’accroupir pour s’assurer de leur disposition et leur ordre de marche… Chez Pauvros, grosse ronflette. Il tripote, éteint, rallume, débranche, rebranche, farfouille, s’énerve…  Variations pour ronflette et quelques soupirs ! On se croirait au Groupe de recherches musicales de Pierre Schaeffer dans les années 50 ! Est-ce que le concert a déjà commencé ? Un spectateur : « Allez Jean-François, ça fait partie du jeu ! » Réplique de Jean-François Pauvros dans sa barbe, ou plutôt derrière son abondante chevelure qui tombe jusqu’aux pédales : « Ah ! Parce que vous croyez qu’on s’amuse. » Donc, ça ne joue pas encore… Quoique, on pourrait être à un concert de Michel Portal dans les années 70. La ronflette cesse enfin… J’en oublie presque comme le concert commence. Jean-François Pauvros tripote à nouveau, mais sa guitare, sur une pluie de notes cristallines sur le piano acoustique, la tapote plutôt, la caresse, la frotte, lâche quelques syllabes indistinctes dans un micro de voix, qui tournent à la chanson pop, belle voix, profonde, rocailleuse, un truc à la Lou Reed, laissant surgir des paroles comme si leur compréhension étaient affectées par des variations de potentiomètre, le piano entremêlant ses lignes en pointillés à celles tout aussi discontinues du chant.

 

Puis ça se gâte, on quitte l’élégie pour le fracas,  un vrai solo phrasé au goût de hard rock, un riff emprunté à Jimi Hendrix, des frottements frénétiques des cordes sur le tissu du pantalon (jeans, velours ? Il faudrait être plus précis, bon sang !), guitare retournée sur les genoux, sans que l’on puisse désormais savoir d’où provient quoi dans la polyphonie des boucles de voix de Pauvros et de sons en provenance des claviers et de la guitare, seuls se distinguant les mitraillages doux et les bombardements énormes d’une batterie hyperactive.  Des orages, des accalmies, la dernière comme un retour à la chanson initiale… ou une autre. Je ne sais plus. C’est ramassé, incisif, concis… ou peut-être pas si bref que ça, mais on n’a pas regardé sa montre.

 

Red Hill Orchestra : Ellery Eskelin (sax ténor), Jozef Dumoulin (Fender Rhodes), Dan Weiss (batterie).


Le bazar technologique de la première partie semble avoir entièrement reflué sur et sous le clavier de Jozef Dumoulin, assis face au public et dont on observera les pieds, très actifs, faute d’observer les mains. Le groupe s’est formé en juin au moment de l’enregistrement d’un disque Yolk qui fait déjà Choc dans le Double Numéro Anniversaire des 60 ans de Jazzmag qui avance sur la chaîne fabrication du journal. Un disque qui fera en tout cas date dans l’œuvre de cet utilisateur extra-terrestre du Fender Rhodes qu’est Jozef Dumoulin, à l’abord aussi farouche que l’est sa musique à laquelle Ellery Eskelin donne ici une chair qui lui manquait parfois.

 

De longues tenues de saxophone subtone se mêlent à des nappes pétries par le pianiste qui gomme l’attaque de son piano et, dans une succession extrêmement fluide de petites touches sur la multitude de pédales et de boîtiers par lesquels le son de son clavier circule, transforme le timbre et l’enveloppe de son instrument, le tout traversé de grooves sourds et sous-entendus, contradictoires, ces fameuses polyvitesses dont il a apparemment l’expérience en partage avec Dan Weiss (sourires complices, simplicité des retrouvailles rythmiques à l’issue d’inextricables chassés-croisés rythmiques). Avec des bras aux angulations inhabituelles mais d’une élégance rare, Dan Weiss est le danseur de cette musique faite de fragments mélodiques, ritournelles, déclinaisons harmoniques qui font l’objet de fugues incessantes et entêtantes entre clavier et saxophone, parsemées de faux, plus rarement de vrais, unissons. C’est fascinant, entêtant, à proprement parler magique, et ça n’est que le premier concert d’une tournée qui verra le groupe se souder un peu plus chaque jour, demain 7 novembre à Nantes (Pannonica), le 8  à Bruxelles (Bozar), le 10 Eindhoven (Jazzpower, en Hollande), le 11 à Strasbourg (festival Jazz d’or), le 12 au D’jazz Nevers Festival, le 14 à Anvers (De Roma), le 14 à Gand (Biljoke), le 15 à Genève (AMR). Un grand supertrio est né. Franck Bergerot

 

Prochain concert à la Dynamo de Pantin: le 12 novembre le trio Snap (Julien Desprez, Clément Edouard, Yann Joussein) et le tandem de la chanteuses Emilie Lesbros et du saxophoniste Darius Jones entouré du pianiste Matt Mitchell, du contrebassiste Niggenkemper et du batteur Chess Smith.

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Hier, la Dynamo de Pantin, accueillait deux trios, le Red Hill Orchestra de Jozef Dumoulin, Ellery Eskelin et Dan Weiss, celui de Jean-François Pauvros, Antonin Rayon et Yann Joussein. Un concert dense et contrasté.


La Dynamo, Pantin (93), le 6 novembre 2014.

 

Jean-François Pauvros (guitare, voix), Antonin Rayon (piano, orgue Hammond, clavinet Hohner), Yann Joussein (batterie).

 

Grand bazar sur la scène envahie côté jardin et au centre par la guitare, les claviers, les amplis et des forêts de  pédales d’effets de Jean-François Pauvros et Antonin Rayon, chacun de commencer par s’accroupir pour s’assurer de leur disposition et leur ordre de marche… Chez Pauvros, grosse ronflette. Il tripote, éteint, rallume, débranche, rebranche, farfouille, s’énerve…  Variations pour ronflette et quelques soupirs ! On se croirait au Groupe de recherches musicales de Pierre Schaeffer dans les années 50 ! Est-ce que le concert a déjà commencé ? Un spectateur : « Allez Jean-François, ça fait partie du jeu ! » Réplique de Jean-François Pauvros dans sa barbe, ou plutôt derrière son abondante chevelure qui tombe jusqu’aux pédales : « Ah ! Parce que vous croyez qu’on s’amuse. » Donc, ça ne joue pas encore… Quoique, on pourrait être à un concert de Michel Portal dans les années 70. La ronflette cesse enfin… J’en oublie presque comme le concert commence. Jean-François Pauvros tripote à nouveau, mais sa guitare, sur une pluie de notes cristallines sur le piano acoustique, la tapote plutôt, la caresse, la frotte, lâche quelques syllabes indistinctes dans un micro de voix, qui tournent à la chanson pop, belle voix, profonde, rocailleuse, un truc à la Lou Reed, laissant surgir des paroles comme si leur compréhension étaient affectées par des variations de potentiomètre, le piano entremêlant ses lignes en pointillés à celles tout aussi discontinues du chant.

 

Puis ça se gâte, on quitte l’élégie pour le fracas,  un vrai solo phrasé au goût de hard rock, un riff emprunté à Jimi Hendrix, des frottements frénétiques des cordes sur le tissu du pantalon (jeans, velours ? Il faudrait être plus précis, bon sang !), guitare retournée sur les genoux, sans que l’on puisse désormais savoir d’où provient quoi dans la polyphonie des boucles de voix de Pauvros et de sons en provenance des claviers et de la guitare, seuls se distinguant les mitraillages doux et les bombardements énormes d’une batterie hyperactive.  Des orages, des accalmies, la dernière comme un retour à la chanson initiale… ou une autre. Je ne sais plus. C’est ramassé, incisif, concis… ou peut-être pas si bref que ça, mais on n’a pas regardé sa montre.

 

Red Hill Orchestra : Ellery Eskelin (sax ténor), Jozef Dumoulin (Fender Rhodes), Dan Weiss (batterie).


Le bazar technologique de la première partie semble avoir entièrement reflué sur et sous le clavier de Jozef Dumoulin, assis face au public et dont on observera les pieds, très actifs, faute d’observer les mains. Le groupe s’est formé en juin au moment de l’enregistrement d’un disque Yolk qui fait déjà Choc dans le Double Numéro Anniversaire des 60 ans de Jazzmag qui avance sur la chaîne fabrication du journal. Un disque qui fera en tout cas date dans l’œuvre de cet utilisateur extra-terrestre du Fender Rhodes qu’est Jozef Dumoulin, à l’abord aussi farouche que l’est sa musique à laquelle Ellery Eskelin donne ici une chair qui lui manquait parfois.

 

De longues tenues de saxophone subtone se mêlent à des nappes pétries par le pianiste qui gomme l’attaque de son piano et, dans une succession extrêmement fluide de petites touches sur la multitude de pédales et de boîtiers par lesquels le son de son clavier circule, transforme le timbre et l’enveloppe de son instrument, le tout traversé de grooves sourds et sous-entendus, contradictoires, ces fameuses polyvitesses dont il a apparemment l’expérience en partage avec Dan Weiss (sourires complices, simplicité des retrouvailles rythmiques à l’issue d’inextricables chassés-croisés rythmiques). Avec des bras aux angulations inhabituelles mais d’une élégance rare, Dan Weiss est le danseur de cette musique faite de fragments mélodiques, ritournelles, déclinaisons harmoniques qui font l’objet de fugues incessantes et entêtantes entre clavier et saxophone, parsemées de faux, plus rarement de vrais, unissons. C’est fascinant, entêtant, à proprement parler magique, et ça n’est que le premier concert d’une tournée qui verra le groupe se souder un peu plus chaque jour, demain 7 novembre à Nantes (Pannonica), le 8  à Bruxelles (Bozar), le 10 Eindhoven (Jazzpower, en Hollande), le 11 à Strasbourg (festival Jazz d’or), le 12 au D’jazz Nevers Festival, le 14 à Anvers (De Roma), le 14 à Gand (Biljoke), le 15 à Genève (AMR). Un grand supertrio est né. Franck Bergerot

 

Prochain concert à la Dynamo de Pantin: le 12 novembre le trio Snap (Julien Desprez, Clément Edouard, Yann Joussein) et le tandem de la chanteuses Emilie Lesbros et du saxophoniste Darius Jones entouré du pianiste Matt Mitchell, du contrebassiste Niggenkemper et du batteur Chess Smith.