Le Spirit Dance Quintet d’Yves Rousseau et Christophe Marguet

18 Feb 2018 #Le Jazz Live

Voici un quintet formidable et enthousiasmant, celui d’Yves Rousseau et Christophe Marguet. Il  a sorti récemment un disque merveilleux, Spirit dance, dont le titre ne ment pas. .. 

Yves Rousseau (contrebasse), Christophe Marguet (batterie), david Chevallier (guitare), Fabrice Martinez (trompette) Bruno Ruder (piano), Auditorium du Perreux, mercredi 6 février 2018

 

 

Ce mardi-soir n’était pas un temps pour aller au Perreux. En fait, ce n’était un temps pour aller nulle part. Le froid était glaçant, la neige tempétueuse, les bus pétrifiés, les taxis pris d’assaut. La mauvaise humeur était comme le brouillard: à couper au couteau. Après diverses péripéties je suis arivé dans l’auditorium du Perreux en retard, trempé, grincheux. Trempé je le suis resté un petit moment encore. Mais grincheux, point. Ma grinchosité s’est évanouie au bout de deux morceaux tant s’imposait à moi l’évidence d’une musique passionnante et parfois inouïe.

Quelle finesse dans les arrangements! Quelle manière incroyablement subtile de faire se rejoindre des instruments qui évoluent a priori dans des sphères opposées!

C’est ce qui m’a frappé tout d’abord, par exemple dans la manière de faire se rejoindre la trompette de Fabrice Martinez et la guitare de David Chevallier. Dans la manière aussi de faire se mélanger l’eau et l’huile, c’est à dire piano et guitare, instruments fiers et ombrageux que l’on sait enclins à vouloir empiéter l’un sur l’autre. Christophe Marguet et Yves Rousseau ont réussi pourtant à trouver des complémentarités inédites. A plusieurs moments, par exemple, j’ai eu l’impression  que la guitare de David Chevallier venait par petites touches ajouter des points d’écume à la vague qui montait du clavier de Bruno Ruder. C’est subtil, sensuel, très beau.

Cette musique à beaucoup à offrir en matière de travail sur les timbres, de tuilage des sons, ainsi que dans le jeu sur le mobile et l’immobile, (Bruno Ruder excelle à tenir des ostinato appremment immobiles mais qui se gonflent comme une voile et instillent une énergie incroyable), je perçois aussi beaucoup de finesse dans la construction des thèmes, dans leur manière de leur trouver des portes dérobées au milieu du morceau, comme dans Fragrance, ou dans Light and Shadow, où la mélodie est magnifiquement exposée à la contrebasse par Yves Rousseau, ça chante dans toutes les cordes, le piano est à l’unisson, jusqu’à une sorte d’étiage au milieu du morceau, où Fabrice Martinez pousse à la trompette une sorte de grand cri d’angoisse qui donne le frisson.

Je parle de finesse dans le travail des timbres, des sonorités, des arrangements, mais je ne voudrais pas donner l’impression d’un groupe recroquevillé sur ses expérimentations sonores. Ils sont d’une énergie folle tous ces gars, à commencer par Christophe Marguet dont ce projet fait ressortir toutes les dimensions, un batteur fin et délicat bien sûr (introduction sublime de Fruits frais, que l’on retrouve sur le disque) mais capable aussi d’être implacable et de déclencher une tempête de grêle dure et drue dans The cat.

Je ne vais pas citer tout le monde, mais je voudrais dire un mot du trompettiste Fabrice Martinez, que je n’avais jamais écouté en direct, et dont l’expressivité m’a marqué. Il donne la chair de poule dans Pénombre (on retrouve tout cela sur le disque), il déchire au premier sens du terme tout en étant capable d’un jeu malicieux, un peu à l’ancienne, comme dans the cat, ou funambolo. Quant à Yves Rousseau, compositeur d’une partie des titres, il trône comme un empereur au milieu des musiciens, avec ce son de contrebasse si imposant, si majestueux qui tombe comme un drap de pourpre.

Sur Spirit dance, morceau éponyme du disque de ce quintet il propulse un groove irrésistible , magistralement secondé par Christophe Marguet qui trouve un petit riff imparable à la charley. C’est fin , ça danse, ça groove, tout est là. Tiens, la neige s’est arrêtée de tomber.

Texte: JF Mondot

Dessins: Annie-Claire Alvoët (autres dessins mais aussi gravures, et peintures à découvrir sur son site www.annie-claire.com  ceux qui désirent acquérir un des dessins figurant dans cette chronique peuvent s’adresser à la dessinatrice annie_claire@hotmail.com    prix raisonnables majorations pour  les DRH et les notaires

EN KIOSQUE

20181101 - N° 711 - 108 pages

On ne compte plus les chansons de la regrettée Aretha Franklin passées à la postérité. Mais l’incroyable épopée musicale de...