Flash Pig : ‘The Mood For Love’ au Fil de l’Oise
Une soirée au festival ‘Jazz au Fil de l’Oise’, qui se déroule chaque année (depuis 1996), d’octobre à décembre, dans le département du Val d’Oise. Et plus précisément aujourd’hui une escale à Mériel, au bord de l’Oise, dans le Nord du département. Je suis venu poussé par la curiosité de l’amateur : j’ai écouté plusieurs fois sur scène ce groupe, que j’aime beaucoup, et dont j’ai apprécié les disques, notamment le dernier paru, l’an dernier : ‘The Mood For Love’, inspiré par le film In The Mood For Love , qui a fait, voici 25 ans, exploser la notoriété du cinéaste Wong Kar-wai

Je suis très intrigué par ce ‘concert scénarisé’, avec décor, créé tout récemment au festival D’Jazz de Nevers, et repris deux jours plus tôt au Pannonica de Nantes.
FLASH PIG ‘The Mood For Love’
Maxime Sanchez (piano), Adrien Sanchez (saxophone ténor), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)
Mériel, Espace Rive Gauche, 28 novembre 2025, 20h30

Le concert commence avec un plateau vide, dans une demi-obscurité. C’est un peu, pour paraphraser Borges ou Tanizaki, un éloge de la pénombre (comme l’est d’ailleurs le film). C’est un concert scénarisé, un concert spectacle, mais pas du théâtre musical : la musique s’imposera au premier plan. Le décor est une sorte de grand salon, avec ses lampes ad hoc, des plantes, une table- bureau avec machine à écrire et éclairage idoine, un téléphone posé sur un petit meuble de chevet, plus loin une horloge en suspension des cintres (elle ressemble un peu à une énorme montre de gousset), et en fond de scène des panneaux d’où surgiront, ponctuellement, des images. Entre d’abord le pianiste, qui commence par de mystérieuses variations, rejoint ensuite par la basse et la batterie, puis par le saxophone.

La musique évolue de mélodies d’atmosphère en de soudaines foucades, des emportements comme le jazz en secrète dans son intensité expressive. Le public, où se mêlent des fidèles du festival et des personnes dont on devine qu’elles ne sont pas forcément familières de cette musique dans toute sa palette, répond par une écoute d’une belle intensité. La musique circule, avec son cortège de sensations, d’émotions, de surprises et de souvenirs familiers. Les musiciens sont totalement engagés (leur concentration laisse aussi deviner leur plaisir à jouer). Pas de facilités : les thèmes du film (empruntés à divers répertoires, dont celui de Nat King Cole) sont toujours la matière d’une métamorphose (l’essence du jazz ?). Il y a des nuances, des pleins et des déliés, parfois on surligne d’un emballement dynamique ou virtuose. Constamment la musique parle.

Parfois un musicien quitte son instrument, brièvement, pour entreprendre avec le téléphone un appel qui n’aboutit pas ; ou pour bouger les aiguilles de l’horloge avant de la lancer dans un balancement : ainsi la pendule devient un pendule…. Des images surgissent ponctuellement sur le fond de scène, mais elles ne sont pas invasives ; seulement allusives. Un bel espace est accordé à chaque soliste, mais on est aussi dans le collectif, avec d’intenses dialogues au sein du groupe.

Le public, chroniqueur inclus, est conquis par la force et la beauté de ce curieux objet artistique. C’est un vraie réussite : Bravo les Artistes. Et ce bravo s’adresse aussi à ceux qui, dans l’ombre, ont élaboré le décor, le son, la lumière, la mise en scène…. En bref une très très belle soirée !
Xavier Prévost (texte et photos)

Ce programme sera donné le 12 décembre au théâtre de la Madeleine à Troyes, puis en janvier à L’Estran de Guidel (Morbihan) et au Théâtre de La Colonne de Miramas (Bouhes-du-Rhône), puis en février à La Comète de Châlons-en-Champagne, etc….
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