Années 1980 : Choses vues par Franck Bergerot / Film #1-1: Philippe Delettrez et Louis Sclavis - Jazz Magazine
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Publié le 30 Nov 2025

Années 1980 : Choses vues par Franck Bergerot / Film #1-1: Philippe Delettrez et Louis Sclavis

Franck Bergerot a photographié la scène du jazz dans les années 1980, en photographe amateur. Il ouvre ses archives et les commente dans l’ordre chronologique. Le 13 janvier 1981, il inaugurait son appareil photo au Théâtre de Vincennes où Philippe Delettrez Quartet invitait Louis Sclavis à se joindre à son quartette.

Après quatre ans à aiguiser ma plume de jazz critic pour le journal Antirouille qui m’a valu d’être signalé par Jean Buzelin et invité à rejoindre à Jazz Hot l’équipe de Laurent Goddet début 1979, celui-ci ayant été viré par Charles Delaunay à la faveur de l’été 1980, j’ai donné ma démission comme toute l’équipe rédactionnelle faisant bloc autour de son rédacteur en chef. Du coup, quoique collaborant au Jazzophone d’Alain Guerrini et à l’éphémère Le Guitariste (supplément de L’Escargot Folk, auquel je collaborai avec entre autres Martine Palmé et Armand Meignand), je me sens un peu désœuvré et, ayant observé Alex Dutilh pratiquant la photographie autour des scènes que nous fréquentions souvent de concert, fort de ses conseils, je m’achète un boîtier Nikon FM et deux objectifs 35 et 105mm. Les dates ci-dessous laissent à penser que j’ai reçu un coup de pouce de mes parents pour Noël, l’investissement étant assez considérable au regard de mes premiers salaires mensuels comme discothécaire pour la Ville de Montrouge, et si l’on songe que je viens de m’acheter un ténor Mark VI pour remplacer un vieux Couesnon Monopole.

Aussi, n’ayant jamais tenu entre mes mains que le vieux 6/9 Zeiss Ikon à soufflet de mon père et un Kodak élémentaire genre Brownie, j’ai l’impression de tenir le Graal entre mes mains. Et l’amie que j’ai entrainée au Théâtre de Vincennes m’observe avec beaucoup d’amusement extraire mon appareil de son emballage d’origine de frigolite.

Ce 13 janvier 1981, se produit à Vincennes l’une des révélations du dernier Concours national de jazz de la Défense, le saxophoniste Philippe Delettrez. Son quartette est constitué du guitariste Lionel Benhamou (que l’on n’avait guère entendu jusque-là qu’au banjo sur la scène dixieland : Charquet & Co et Anachronic Jazz Band), du contrebassiste Michel Saulnier (déjà remarqué dans le groupe Arcane V ou avec Louis Sclavis et Maurice Merle auprès de la chanteuse Claire) et du frangin Jean-François Delettrez à la batterie. Ils ont invité le clarinettiste qui monte (encore doucement) depuis ses premiers pas au sein du Workshop de Lyon, Louis Sclavis.

Pas de trace écrite de ce concert, mais ces quelques photos médiocres, peu au fait que j’étais des lois de la profondeur de champ, de la mise au point et de l’ouverture de diaphragme, et de la difficulté que présentait le manque de luminosité commun à la plupart les lieux du jazz. On verra au fil des photos que je m’apprête à livrer, que je n’ai jamais été par la suite tellement plus au fait de ces choses-là. Et si j’en mets une en avant, ce n’est évidemment pas pour sa qualité technique que pour le sourire de Lionel Benhamou que je découvrais ce jour-là. [à suivre] Franck Bergerot