Retour sur les Liberation songs de Stephane Kerecki
Stéphane Kerecki et son groupe de All-stars ont donné la semaine dernière un concert inoubliable reprenant le répertoire du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. Stephane Kerecki (contrebasse), Enzo Carniel (piano), Fabrice Moreau (batterie), Frederico Casagrande (guitare et effets) Thomas Savy (clarinette basse), Emile Parisien (soprano), Airelle Besson (trompette), Bal Blomet, 15 janvier 2026.

Mon collègue Robert Latxague a donné un compte-rendu complet, scrupuleux, enthousiaste du concert auquel je renvoie. Mais j’ai plaisir à revenir sur cette soirée magique et sur ses moments les plus marquants. On sentait dès le début que le concert allait être mémorable.

Les visages étaient graves, investis. Il fallait être à la hauteur de ce répertoire de lutte qu’incarnait Charlie Haden et le Liberation Music Orchestra des années 70 aux années 2000, et auquel le contexte politique nauséabond que nous connaissons donne une nouvelle jeunesse et une nouvelle urgence.
Le concert s’annonçait donc magnifique, avec ce répertoire sublime, tous ces incroyables musiciens, un véritable all-star des musiciens de jazz français. A un certain moment, assez vite, il est passé de magnifique à mémorable.

Le moment de bascule, je crois, ce fut ce solo d’Emile Parisien sur La Pasionaria, solo haletant, halluciné, avec cette impression que donne à chaque fois ce musicien d’être joué par son instrument. Ensuite, c’est comme si tous les musiciens avaient voulu jouer à cette hauteur là. Thomas Savy a donné un solo drapé de colère, grinçant et rageur, dans Song of the United Front.

Stéphane Kerecki a fait entendre un son griffé d’écorchures sur Sandino. Airelle Besson, n’avait pas encore pris la parole, sauf dans l’exposé des thèmes. Sur ce morceau, Sandino, elle a joué comme si c’était la dernière fois. Son solo, frémissant d’émotion, égrenait des arpèges lyriques, avec des graves somptueux.

Elle semblait une abeille qui se cogne aux vitres, oscillant entre le courage, le renoncement, le désespoir. Après son solo elle s’est accroupie pour reprendre des forces, tremblante, vidée.

Entre ces moments d’émotion et de colère la poésie aérienne de Frederico Casagrande faisait du bien, donnait un peu d’air et d’espace (magiques duos avec Stéphane kerecki). Et de même les guirlandes lyriques et vertigineuses d’Enzo Carniel au piano. C’est ainsi que le concert devint inoubliable.
Texte: JF Mondot
Dessins: AC Alvoët
(autres dessins, peintures, gravures sur son site www.annie-claire.com)