Le Fire! Orchestra au festival d'Albi - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 1 Fév 2026

Le Fire! Orchestra au festival d’Albi

Extrêmement rare en France, hier soir le festival de Jazz d’Albi avait eu la bonne idée d’inviter le Fire! Orchestra sous la responsabilité du grand Mats Gustafsson. Un événement que Jazz Mag ne pouvait rater.

2e partie : Fire! Orchestra

Sofia Jernberg, David Sandström (vx), Anna Lindal, Anna Neubert (vl), Emily Wittbrodt (vlle), Mats Gustafsson (fl, bs, dir), Delphine Joussein (fl), Mette Rasmussen (as, électroniques) Anna Högberg (as), Adia Vanheerentals (ts), Susana Santos Silva, Lina Allemano (tp), Mats Äleklint (tb), Julien Desprez (vx, elg), Alexander Zethson (p, Fender Rhodes), Johan Berthling (elb), Mariá Portugal (dr, vx) Mads Forsby (dr), Mariam Rezaei (platines, électroniques), Mikael Werliin (son)

Vendredi 30 janvier 2026, Albi Jazz Festival #7, Albi, Grand Théâtre, 21h30

C’est une toute nouvelle mouture du Fire! Orchestra que Mats Gustafsson présentait au public albigeois. Fondé en 2009 autour du trio Mats Gustafsson/Johan Berthling/Andreas Werliin, il ne reste du premier disque de l’orchestre (“Exit!”, Rune Grammofon, 2013) que 4 membres sur les 17 présents l’autre soir : Mats Gustafsson, Johan Berthling, Sofia Jernberg, Anna Högberg et Mats Äleklint. À ceux-là sont venus s’ajouter une majorité de femmes, toutes improvisatrices de haut vol, et venues de divers horizons européens (pas seulement d’Europe du Nord).

Au plan musical, les principes qui régissaient ce premier opus restent au fond les mêmes : des grooves plutôt rock, de la libre improvisation, du soundpainting et de l’aléatoire contrôlé. La recette restant la même, les plats conservent des saveurs fortes en goût, mais conjugués à d’autres, inédits.

Ainsi, outre la présence fraîche de Mariam Rezaei aux platines (autrice d’une très haute performance), la voix a souvent été placée au centre, avec des interventions remarquables et remarquées des deux vocalistes principaux, Sofia Jernberg et David Sandström, ainsi que celles de la batteuse Mariá Portugal et du guitariste Julien Desprez. Une chanson s’est vue par exemple attaquée par des flèches free, lancées par Mats Gustafsson par soundpainting. La présence d’un trio à cordes apporte également des couleurs tout à fait appréciables, tel ce trio de grincements de cordes qui entraîna l’exploration de nuances parmi les plus douces. L’électronique s’est avéré un apport tout aussi intéressant, Mette Rasmussen enregistrant la musique générée par le grand ensemble, le transformant en direct et le réinjectant dans le discours musical, le collectif réagissant alors à ce double altéré.

À l’issue du concert, en laissant quelque peu traîner mes oreilles, je glanais quelques réactions du public. Une bonne majorité venait de prendre une belle claque (dans le bon sens du terme) et ne regrettait pas sa soirée. D’autres déplorèrent de ne pas avoir entendu certaines solistes, telle Susana Santos Silva à la trompette qui, effectivement, n’eut pas à prendre de solo. Quoi qu’il en soit, le Fire! Orchestra avait rehaussé en goût d’une soirée qui avait débuté par une partie un peu froide.

1e partie : Marie Krütti Trio

Marie Krütti (p), Lukas Traxel (b), Gautier Garrigue (dr)

Vendredi 30 janvier 2026, Albi Jazz Festival #7, Albi, Grand Théâtre, 20h

On ne peut faire le reproche d’aucune incompétence au trio de Marie Krütti. Ces trois-là possèdent leurs instruments respectifs à la perfection, ils sont capables d’expressions extrêmement variées, ils portent un discours jazzique absolument contemporain. Pour autant, on ne s’y ennuie pas – ce serait trop fort de dire cela –, mais on n’est pas ému. Peut-être est-ce d’ailleurs ce que le trio souhaite : rester toujours dans une émotion contenue ? La formation semble en effet apprécier particulièrement l’exploration de la lenteur et du doux (sans exclusive pour autant). Mais peut-être au détriment de l’urgence… Si Marie Krütti développe une musique qui doit pour partie à Craig Taborn, Vijay Iyer et Kris Davis (pour ne citer que des pianistes) – y compris pour ce qui concerne certains moments d’une complexité toute virtuose –, peut-être n’a-t-elle pas encore trouvé sa propre voix/voie parce qu’elle n’a précisément pas encore surmonté, dépassé ses références ? Mais peut-être aussi qu’il faut écouter cette musique en étant au cœur du son (après tout, les plages « impressionnistes », nombreuses dans lors de la performance, réclament nécessairement d’être dans le son) ; de s’être placé tout en haut de la salle n’était pas une bonne idée pour recevoir adéquatement cette musique (en dépit d’une pourtant excellente sonorisation).

Quoi qu’il en soit, le Festival de Jazz d’Albi fait bien les choses. Car hors les soirées dans le Grand théâtre avec de belles programmations (celle-ci, et la présence du ETE trio d’Andy Emler le lendemain par exemple), de multiples performances ont animé la ville le temps des festivités : chapiteau gratuit en début de soirée, invitation à la classe de jazz de Castres (dirigée par David Pautric) à présenter divers projets (dont une réinterprétation de “Birth of the Cool”), animation de fin de soirée avec DJ, etc. Voilà donc un festival qui fait bien les choses, et il est sûr que Jazz Magazine y repassera.

Ludovic Florin