Noé HUCHARD Studio de l’Ermitage 5 février 2026
Noé Huchard p, Clément Daldosso b, Donald Kontomanou dms.
Une tignasse noire ébouriffée, un sourire désarmant, une allure d’adolescent dégingandé (bien qu’il soit manifestement un peu plus vieux que ce qu’on imagine), Noé Huchard, qu’on a déjà entendu auprès de Géraldine Laurent ou de Cecil L. Recchia, présentait jeudi dernier (le 5 février) le répertoire de son premier disque en leader, Young and Fine: tout un programme! Et en tout cas un vrai style, une réelle unité dans l’inspiration des morceaux. Les lignes sont claires, simples, mémorisables. Certaines, presque enfantines, font penser à des comptines: berceuses pour s’endormir, gaies cavalcades pour se réveiller et croquer dans la vie avec des dents toute neuves. Mais cette simplicité porte la marque de son temps: les phrases se croisent, se noient les unes dans les autres dans des harmonies imprévues, des changements mobiles, des sautes de tonalité qui nous perdent avec ravissement. Derrière le jeu des accords parfaits se cachent des trappes bien cachées, des tremplins aux ressorts surprenants, sans que ces détours soient jamais grinçants. La main gauche est tonique, avec une pulsation irrésistible et le toucher du pianiste s’accommode à chaque note de la pression qui convient: un beau phrasé changeant. À la basse l’excellent Clément Daldosso suit tout cela avec une fluidité énergique. Quant à Donald Kontomanou à la batterie (alors qu c’est Élei-Martin Charrière qui joue sur le disque), il est d’une attention parfaite: il suit en frémissant chaque note du piano, joue les mélodies, couronne les accords d’un diadème diamanté: un trio de rêve, très éveillé!
Yvan AMAR