Belle idée du festival Sons d’hiver d’avoir programmé cet objet musical, scénique et cinématographique, la veille d’abord, pour une séance scolaire, puis ce jour-là pour tous les publics. Ce nouveau programme de l’Orchestre National de Jazz dirigé par Sylvaine Hélary avait déjà été donné à la fin de 2025, à Chambéry et à Marseille. Un projet un peu fou : un concert-spectacle autour du film La Planète Sauvage, sorti fin 1973, et cosigné par René Laloux & Roland Topor. Film d’animation novateur qui suscita alors un très légitime enthousiasme. Quand je l’ai vu au début de l’année 1974, le déjà vieux cinéphile de 25 ans que j’étais alors fut intéressé, même si mes grands souvenirs de cette année-là furent plutôt, pour les films français, Lancelot du Lac de Bresson, Stavisky de Resnais, ou Nada de Chabrol : personne n’est parfait…. Et je dois dire que revoir pour la première fois depuis lors des extraits de ce film, dans ce contexte musical effervescent, m’a rempli de joie et d’émotions musicales.

«La Planète Sauvage», Orchestre National de Jazz, direction artistique Sylvaine Hélary
Julien Vella (dramaturgie, mise en scène, écriture), Charlotte Issaly(écriture), Jeanne Daniel-Nguyen (scénographie, construction, costumes), Fred Poulet (création et régie vidéo), Charlotte Issaly (jeu, chant), Sylvaine Hélary (flûte, flûte basse, piccolo, clavier, voix, composition), Élodie Pasquier (clarinette, clarinette basse, clavier, voix), Antonin Rayon(piano électrique, Clavinet & autres claviers, composition, voix), Julien Boudart (synthétiseurs, électronique, collaboration artistique, voix), Guillaume Magne (guitare électrique, voix), Benjamin Glibert (guitare basse, voix), Christophe Lavergne(batterie, voix), Anaëlle Marsollier (son), Zacharie Bouganim, Arthur Mandô (lumières)
Ivry-sur-Seine, Théâtre Antoine Vitez, 7 février 2026, 17h

Le pari est audacieux : mêler des extraits du film, un récit scénarisé (non sans humour) de son déroulement, et tout un dispositif scénique et dramaturgique qui fait cohabiter, ou se succéder, les images du film et la musique alors composée par Alain Goraguer, et arrangée pour ce projet par des membres de l’orchestre. Le programme précise que Goraguer était «pianiste, compositeur et arrangeur de génie pour le gratin de la variété française». Il composa également beaucoup pour le cinéma, dès la fin des années 50, et fut aussi, ne l’oublions pas dans ce contexte, un (très bon) pianiste de jazz qui enregistra en trio dès 1956 : en témoignent un 45 tours et un 33 tour publiés alors par Philips, et rassemblés grâce à l’Ami Daniel Richard en un CD paru en 2001 (que je réécoute en écrivant ces lignes).



La musique écrite par ses soins pour le film était dans l’air du temps de ces années 70 : influence du jazz-fusion qui prévalait alors, mais aussi du rock progressif surgi à la fin des années 60. L’orchestre prolonge cette musique en la métamorphosant à l’aune de l’instrumentation choisie, et des arrangements élaborés pour ce projet. C’est brillant, vivant, et bien en phase avec ce désir de faire spectacle en musique. Les solistes sont à la mesure du propos. Hélas la vigueur sonore, notamment dans les basses et le bas-médium, de l’orchestre, écrasera parfois les clarinettes et les flûtes. Mais cela n’altéra pas mon plaisir global. La vivacité des mouvements entre les différentes composantes (musicales, dramaturgiques et cinématographiques) est conduite avec une sorte de virtuosité nimbée de légèreté. Le projet était aventureux et risqué, il est brillamment mené à bien : bravo !
Xavier Prévost
