Gabi Hartmann et Kenny Barron au Châtelet - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 16 Fév 2026

Gabi Hartmann et Kenny Barron au Châtelet

9 février

C’est sous le signe de l’art vocal que se termine le week-end prolongé de Le Châtelet fait son jazz avec deux artistes que bien des éléments séparent mais que réunit la présence dans leur carrière de Jean-Philippe Allard, à qui Sébastien Vidal dédie la soirée.

Gabi Hartmann est la première à se présenter sur scène avec ses complices habituels (Florian Robin aux claviers, Abdoulaye Kouyate à la guitare, Jérôme Arrighi à la basse, Arthur Allard à la batterie, Galadrielle Verchère au violoncelle) pour une prestation qui emprunte évidemment essentiellement à son dernier album, La Femme aux Yeux de Sel. Interprété en français, en anglais, en portugais et en arabe, le répertoire se balade sans complexe entre jazz, pop, folk et musique brésilienne, sans s’éloigner trop du format chanson, et l’ensemble repose largement sur le charisme solaire de son interprète principale, qui chante, danse et joue de la guitare avec une légèreté qui fait presque oublier qu’elle est aussi, et avant tout, l’autrice de sa propre musique. Le résultat est sans doute un peu éthéré pour mon goût, mais le public adhère largement.

Changement de registre après l’entracte avec l’arrivée de Kenny Barron et de ses fidèles partenaires de trio, le contrebassiste Kiyoshi Kitagawa et le batteur Johnathan Blake. Bien que le concert ait été présenté comme une déclinaison de Songbook, le dernier album du pianiste qui le voyait s’associer pour la première fois de sa carrière avec différentes voix, c’est bien avec deux pièces instrumentales que s’ouvre le concert, le « Green Chimneys » de Monk et le standard « Canadian Sunset ». La chanteuse Ekep Nkwelle apparaît ensuite pour interpréter les deux titres qu’elle chante sur l’album, « Illusion » et « Sonia Braga », dédié à l’actrice brésilienne du même nom et prétexte pour Barron à raconter une anecdote qui la voit débarquer dans un club au moment où il interprétait le morceau en question. Sa prestation est brève et me semble un peu en retrait, comme si elle était intimidée par le contexte, et c’est en trio que Barron poursuit sa prestation, se penchant sur plusieurs de ses compositions dont « Calypso », qui était chantée par Tyreek McDole sur Songbook, et « Tragic Magic ». L’ensemble est évidemment superlatif, Barron n’ayant rien perdu de sa richesse expressive bien qu’il soit désormais octogénaire. Il faut attendre le final, sur « Minor Blues Redux », pour que Ekep Nkwelle fasse son retour et vienne clôturer un récital auquel manquait peut-être, au-delà de l’évidente compétence de l’ensemble des participants, le supplément d’âme qui fait la différence.

Frédéric Adrian