Jérôme Sabbagh et l’extra-terrestre

Jérôme Sabbagh (ténor), Ben Monder (guitare), Joe Martin (b), Jeff Watts (batterie), le 19 mars 2026 à L’Ecuje

En venant à l’Ecuje ce soir-là, nous nous attendions d’abord à recevoir une leçon de saxophone ténor. Et certes nous l’avons eue. Jérôme Sabbagh, installé à New York depuis vingt ans, rare dans la capitale, possède tous les registres de l’instrument : la ballade getzienne, la fête tribale rollinsienne, le bouillonnent et le velours, la volubilité sans bavardage. Son dernier album Stand up !, en porte témoignage. Et donc, nous avons bien reçue cette master-class de saxophone, dans la lignée des maîtres de l’instrument.

Mais nous avons eu plus que cela : la rencontre entre ce grand saxophoniste, et un extra-terrestre, Ben Monder, guitariste fantasque, irréductiblement et merveilleusement original. Ben Monder ressemble au petit avion jaune de Mort aux Trousses. Il est loin, on entend ronronner son moteur, et tout à coup, le temps de cligner des yeux, il surgit, tout feu tout flammes, pétaradant, au cœur de la musique tout en gardant son allure de clergyman anglais. Il émerveille par la subtilité et la nuance de ses contrechants. Il choisit parfois de prolonger le propos du soliste, ou d’être une petite nappe phréatique indépendante qui glisse sous le discours de celui-ci. Parfois, il semble colorier un autre tableau que celui dont le soliste a tracé les contours. Il est toujours inattendu, profond, gracieux.

Son discours (ainsi que celui de Jérôme sabbagh) est puissamment soutenu par le batteur Jeff Tain Watts, qui a de la dynamite dans les poignets, et de la nitroglycérine dans les jarrets. Le groupe fait entendre les qualités de compositeur de Jérôme sabbagh : leurs qualités mélodiques et chantantes confèrent à Lone Jack, Vanguard, ou encore The Break Song un air de fraîche évidence qui est, on le sait, le comble de l’art.
Texte JF Mondot
Desssins AC Alvoët (autres dessins et peintures à découvrir sur son site www.annie-claire.com)
