Le Grand Michel : intimiste mais toujours en majesté
Hier soir, mardi 12, au Théâtre des 3 Pierrots de Saint-Cloud, le jazz et la chanson française se sont retrouvés autour d’une même mémoire : celle de Michel Legrand.
À l’origine de cet hommage sensible et profondément musical, le projet Le Grand Michel, porté par Giovanni Ceccarelli et Ferruccio Spinetti. Un disque déjà remarquable par son élégance et son intelligence des répertoires, (CHOC dans le numéro 783 de Jazz Magazine) mais qui prend sur scène une dimension encore plus incarnée. Sans nostalgie appuyée ni démonstration inutile, les deux musiciens choisissent la délicatesse : laisser respirer les mélodies, retrouver l’esprit du compositeur plutôt qu’en souligner le monument à l’appui d’un arrangement aussi subtil qu’innovant.
Le piano de Giovanni Ceccarelli avance avec cette fluidité lyrique qui rappelle combien Legrand savait faire dialoguer jazz, cinéma et chanson. À ses côtés, Ferruccio Spinetti construit un contrechant permanent, précis et chaleureux, d’une musicalité remarquable. Ensemble, ils redonnent vie à ces thèmes que l’on croit connaître par cœur — La Chanson des jumelles, The Windmills of your mind, sans oublier le célébrissime et très jazzistique You Must Believe in Spring(avec un bel hommage de Giovanni à Bill Evans)— et qui retrouvent soudain leur part de fragilité et de surprise.
Le cadre intimiste des 3 Pierrots convenait parfaitement à cette approche. On y entendait le silence entre les notes, les respirations, cette qualité d’écoute collective qui transforme un concert en véritable moment partagé.
Ce qui frappait surtout hier soir, c’était la modernité intacte de Michel Legrand. Derrière les mélodies populaires demeure une écriture d’une sophistication rare, capable de traverser les générations sans perdre son pouvoir émotionnel.
Un hommage juste, sobre et profondément habité. Sans doute l’une des plus belles façons de rappeler que Michel Legrand reste, avant tout, un immense musicien de jazz. Edouard Rencker
Mille mercis à Nicolas Dussart et Pierre Darmon.
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