Pau Jazz: Fresu Gurtu Sosa, trio récréatif - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 25 Mai 2026

Pau Jazz: Fresu Gurtu Sosa, trio récréatif

Paolo Fresu (tp, bug), Trilok Gurtu(dm, percu),  Omar Sosa (p, synthé)

Jazz à Pau, Le Foirail, Pau (64000), 22 mai

Trio pour une musique kaléidoscope. Ou pour briller sous boules à facettes ? Allons-y voir.

Lancement à fort volume, nappes puissantes, trame serrée, gros voltage pour des lignes musicales à haute tension: on se dit naturellement qu’une telle prise de pouvoir de l’attention collerait parfaitement à du plein air, type enceinte de festival en grand espace. Mais bon, pareille équation ainsi posée retour à la réalité: le dit Foirail, salle moderne conçue pour toutes sortes de spectacles et dotée d’une scène très spacieuse encaisse parfaitement ce type de décollage tous moteurs allumés. A jeter un coup d’oeil  dans le rétroviseur, à fouiller dans  le souvenir des étapes d’un parcours jazz fin de siècle dernier on revisiterait sans problème les monuments du Miles électrique époque Bitches Brew (album, 1970): sonorités chargées d’électricité pour un jazz décapant, découpant, décalé, dans le cerveau de certains puristes même quasi dévoyé. Quelque chose comme le choix de la puissance afin de tutoyer  la (une nouvelle…) gloire..

Omar Sosa

Fidèle au concept, au modèle Omar Sosa, longue silhouette rougeoyante cuisine en recette Herbie (Hancock) Mais de dos lui, attitude christique les bras en croix une main oeuvrant ferme en simultané sur chacun des claviers, l’acoustique plus l’électronique. Du coup – vue la force des frappes, le mot tombe pile- Triilok Gurtu, musicien indien spécialiste ès percussions se trouve centré – plutôt inhabituel chez lui- sur un set de batterie orthodoxe. Surprise tout de même: dans cette longue pièce introductive Paolo Fresu quitte la trompette pour le bugle. Soit un changement de couleur instantané sur la ligne de notes du soliste alors même que le fond de sauce sonore demeure. Volonté de se démarquer du « maître » ? On apprendra plus tard qu’un incident technique avait forcé ce changement inopiné d’instrument chez le musicien italien…

Paolo Fresu

La suite déroule un parti pris toujours très rythmiquement appuyé. Sosa y glisse mine de rien des mesures  porteuses de la formule clave cubaine (et cite au passage la mélodie la chanson culte de l’île caribéenne, La Comparsita…)  La polyrythmie ainsi induite s’appuie sur les tablas indiennes. Il y  a du son enrichi à revendre et des râgas indiennes qui surgissent en solo. La musique jouée live mondialise le jazz dans des contours plus arrondis. Vient l’introduction d’un thème enchaîné: Fresu à son tour en mal de percussions frappe sur sa cellule/micro logée dans le pavillon du bugle pour lancer le rythme, produit toujours dominant  (« Sans doute est-ce la conséquence des coups portés sur la membrane du micro amplifiant les vibrations qui ont fragilisé des éléments de ma trompette. Il me faut trouver ici à Pau un spécialiste de l’instrument avant le second concert, demain » s’inquiétait plus tard le musicien sarde) Dans la phase suivante, rejoint par les deux autres membres du trio, Paolo Fresu phrase avec son aisance habituelle, notes coulées, enchainées nanties d’un son pétri de filtres électroniques. On sent beaucoup d’écoute dans le triangle musical ainsi tracé. On note dans le mouvement d’ondulation que Cuba revient dans la danse, c’est le cas de le dire. Dés lors, suivant les canons du genre le bugle cultive les tutti à foison dans le registre aigu. Jazz de croisements, cultures et continents. Au point de voir Gurtu s’installer assis sur un cajon peruano, caisse cubique avec membrane introduite en Europe via…le flamenco. La musique toutes de couleurs chamarrée s’entremêle ici dans un danzon, festif typique cubain. Le percussionniste invite la salle à frapper dans les mains histoire de soutenir l’effet.

La participation active, ça y est, on y est. On y restera un temps long…

Suivent 10 ou 20 bonnes minutes de divertissement. La scène vit à présent un duel d’onomatopées vocales échangées à grand renfort de gesticulations mode Commedia del Arte entre Sosa et Gurtu. Fresu en retrait lui ne participe plus à l’action. Songeur, il paraît peupler d’images son ennui. Peut-être pense-t-il au travail à fournir qui le verra la semaine prochaine s’envoler de sa Sardaigne natale vers Francfort où la station locale de radio publique allemande le prendra en soliste invité afin de rendre hommage au centenaire de la naissance de Miles Davis…Sur la scène Sosa & Gurtu persistent dans leur face à face gag plus que musique. Le duo rivalise gestes et rires à l’appui en mode râgas indiens, notes et sons vocalisés à mille à l’heure challengés par des séquences chocs de scats façon couleur afro-cubaine. Séquence interminable poussée jusqu’à une clownerie pertinemment jouée. Ecume des jours musicale. Remplissage émotionnel type réseaux sociaux. Reste que ça marche dans la salle, évidemment. Manière syncrétique d’une recette effervescente de cour de récréation.

« So what ? » la musique aurait dit Miles Davis…

Le jazz ? On aura la possibilité (le droit ?) d’y goûter à nouveau avec le court moment de retour de sonorités naturelles piano/bugle tissées main-main comme une évidence, un enrichissement offert en duo. Déjà pas mal…

Robert Latxague

Pour le programme de la saison Pau jazz 2026/2027 : Pau.fr