Pat Metheny Side Eye III+ au Grand Rex - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 24 Juin 2026

Pat Metheny Side Eye III+ au Grand Rex

22 juin 2026

Désormais septuagénaire, Pat Metheny pourrait se contenter de se reposer sur les nombreux lauriers d’une carrière débutée il y a plus de 50 ans et qui a été couronnée par une exceptionnelle réussite à la fois critique et commerciale. Ce serait cependant mal le connaître, tant les années semblent peser avec légèreté sur lui et son évident plaisir à jouer. Le Grand Rex est quasiment plein – et je soupçonne que quelques sièges vacants s’expliquent par un arbitrage de certains en faveur du football – d’un public très largement masculin, mais plus varié en âge que je ne l’aurais imaginé.

Lorsque les lumières s’éteignent, c’est la Forward March de l’album « First Circle » qui retenti, jouée aux tambours par les quatre musiciens, qui traversent la salle et sont rejoints par Metheny dès leur arrivée sur scène. In On It, un des titres phares du dernier disque du guitariste enchaîne. A l’exception du bassiste Jermaine Paul (entendu chez Aja Monet, Alicia Keys et Julius Rodriguez notamment), ses accompagnateurs – Chris Fishman aux claviers, Joe Dyson à la batterie,  Leonard Patton au chant et aux percussions – ont tous participé à « Side-Eye III+ », et leur implication dans la musique jouée ce soir, qu’il s’agisse des morceaux récents ou des classiques du répertoire de leur leader.

Celui-ci ne cache pas son plaisir à partager la scène avec eux : peu loquace, il consacre sa première intervention parlée à chanter leurs louanges, et ne manque pas de les encourager, n’hésitant pas à aller se ranger en fond de scène pour les mettre en avant lors de leurs passages solo. Le répertoire puise généreusement dans la copieuse discographie de Metheny, empruntant aussi bien à ses projets récents, comme le premier album publié en 2021 sous l’identité Side Eye, qu’aux classiques parus sous le nom du Pat Metheny, comme Better Days ou The First Cycle, accueillis dès leurs premières notes par des cris de joie du public. L’enchaînement de titres venus d’époques et de contextes distincts confirme la spécificité de l’univers et du jeu de Metheny, constamment reconnaissables. Loin de jouer le guitar hero, il n’a pas besoin d’un technicien pour lui apporter son instrument et se sert directement dans les différentes guitares qui l’entourent. Si l’atmosphère est généralement électrique, il s’offre aussi quelques jolis moments acoustiques, à l’image d’un très beau Más allá (Beyond), où Leonard Patton fait sienne la partie chantée par Pedro Aznar sur le disque original.

Au bout de deux heures de concerts, c’est sur un magnifique Zenith Blue que se conclut le concert proprement dit, et le public, qui avait déjà réservé plusieurs standing ovations au héros de la soirée se lève comme un seul homme pour saluer la performance. Il faut dire que la qualité de l’écoute et l’enthousiasme des spectateurs ont  largement contribués à la réussite de la soirée, et ils en sont généreusement récompensés avec rien moins que quatre rappels, dont une superbe version acoustique de This Is Not America. Are You Going With Me ?, visiblement très attendu, vient apporter un point final en beauté à un concert qui a frôlé de près la perfection.

Frédéric Adrian