Au Bal Blomet, Dominique Fillon a emmené son Band “Au bout de la terre” - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 25 Juin 2026

Au Bal Blomet, Dominique Fillon a emmené son Band “Au bout de la terre”

Aznavour tout en jazz au Bal Blomet.

Au Bal  Blomet, le cycle consacré à l’immense Charles Aznavour s’achève en beauté avec un concert d’une rare élégance porté par le pianiste, compositeur et arrangeur Dominique Fillon.
Par
Edouard Rencker

Le pari était audacieux : revisiter l’œuvre du Grand Charles à travers le prisme du jazz dont il fût un digne artisan ! Pari brillamment relevé. Loin de la simple relecture patrimoniale, Dominique Fillon a offert une véritable re-création musicale, faisant voyager ces chansons intemporelles entre bossa nova, samba, blues et jazz moderne. Chaque arrangement ouvrait une nouvelle perspective sur un répertoire que l’on croyait connaître par cœur : Hier encore d’une inventivité jazzistique formidable, en passant par le moins connu et magnifique Plus bleu que tes yeux,  jusqu’au fameux Mes Emmerdes qui enflamma totalement un public surchauffé !

Pour célébrer celui qui écrivit plus de mille chansons et porta son art bien au-delà des frontières françaises, Jazz Magazine avait réuni autour de Dominique Fillon un quartette d’exception. Au chant, Aurel Fabregues a su trouver le juste équilibre entre respect et réinvention, évitant l’écueil de l’imitation pour privilégier l’émotion et la sincérité. À ses côtés, l’élégant trompettiste Sylvain Gontard (souffleur attitré de Melody Gardot) a multiplié les interventions lumineuses, tantôt lyriques, tantôt délicatement mélancoliques, tandis que Francis Arnaud, ancien batteur d’Aznavour, apportait à l’ensemble une pulsation souple et inspirée.

On oublie parfois combien Aznavour entretenait des liens profonds avec le jazz, depuis ses débuts jusqu’aux dernières décennies de sa carrière. Cette soirée l’a rappelé avec éclat. Sous les doigts de Dominique Fillon, ses mélodies ont retrouvé une jeunesse étonnante, révélant leur richesse harmonique et leur formidable capacité à accueillir l’improvisation. Plus qu’un hommage, ce concert fut une démonstration : les grandes chansons d’Aznavour appartiennent désormais au patrimoine vivant du jazz. Au Blomet, elles ont trouvé des interprètes capables de leur offrir une nouvelle vie. Une clôture de cycle mémorable, chaleureusement saluée par un public conquis. Comme une évidence : les chansons de Charles Aznavour n’ont pas fini de voyager.

Photo : © Amélie Raux