Festival International de jazz de Montréal : Jabfung, Will Scott III et Marcus Gilmore
L’envoyé spécial de Jazz Magazine vous livre chaque jour ses impressions et ses coups de cœur de la 46ème édition du festival. Récit de la journée du 27 juin.
C’était évident dès leur soundcheck, quelques heures avant leur concert en fin d’après-midi : le groupe de Toronto Jabfung réunit de redoutables pointures de leurs instruments respectifs. Autour du leader bassiste Julian Anderson-Bowes, brillent ainsi le batteur Anthony Fung (c’est de ceux de ces messieurs que vient le nom di grpupe) l’excellent guitariste Andrew Marzotto, accompagnateur au jeu quasi pianistique et soliste fluide et incandescent, mais aussi le très agile saxophoniste cubain Luis Deniz. Ils distillent un jazz instrumental qui met en valeur leurs capacités superlatives, ce qui ne les empêche pas de mettre certaine préoccupation mélodique au cœur de leur propos à travers des thèmes au long cours toujours lisibles et chantables. Rythmique à toute épreuve, solistes qui rivalisent de lyrisme et d’esprit : un temps fort de cette édition.

La démarche de Will Scott III (c’est un nom de groupe et pas une personne) est toute autre : autour de la guitare de Guillaume Scott, le batteur Olivier Tanguay, le bassiste Antoine St-Onge, le claviériste Nassim Dib-Mudie et le guitariste électrique Louis Godbout s’efforcent de sortir le lapsteel des musiques où on a tant l’habitude de l’entendre, dans les répertoires hawaïens et country, pour s’aventurer en mode instrumental dans des sonorités influencées par la pop west coast, voire jusqu’au célèbre Think Twice de Phil Collins – efficacité immédiate. Mission accomplie avec brio, même si on aurait parfois aimé l’entendre se risquer davantage à l’improvisation.



Quelques scènes entre deux concerts : les mascottes félines du festival, l’indispensable programme et le mouvement incessant de la foule.
Le trio Journey To The New de Marcus Gilmore était l’un des gros événements de la journée. Des diverses incarnations de cette formation a géométrie variable, on aura eu droit à celle avec les piliers principaux : David Virelles au piano et Rashaan Carter à la contrebasse. Le concert était à la hauteur de l’attente : ces trois personnalités hors normes ont une façon stupéfiante de marier leur maîtrise du plus haut niveau avec un sens de la forme et du développement motivique. Peu d’instrumentistes parviennent à hisser leur fraîcheur d’inspiration au niveau dune telle technique. Mais ce qui frappe surtout c’est l’intensité qu’ils mettent à chaque instant, dans les passages les plus calmes comme au plus fort de leurs choruses au long cours, sans perdre de vue les propositions des autres ni rien renier de leurs personnalités. Thèmes et improvisations se suivent et de poursuivent dans un flux d’idées constantes, procédant par vagues dont la puissance grisante fait mouche : on sent que l’excitation du public ne reposent pas sur le pur coté spectaculaire, mais sur la manière du trio créer les conditions d’un dépassement de soi qui ne peut que fasciner. Yazid Kouloughli
