Le Quartet de Joshua Redman au New Morning
6 juillet (premier show)
C’est l’un des principaux évènements de l’été jazz parisien ; habitué aux grandes scènes et aux festivals, Joshua Redman ne s’était pas produit au New Morning depuis 2018, en invité de Billy Hart, et même depuis 2005 avec son propre ensemble. Le saxophoniste ne cache pas son émotion à jouer dans un tel contexte et salue l’anniversaire du club qui fête ses 45 ans cette année.
Redman ouvre son récital avec le morceau titre de son dernier album, « Words Fall Short », joué au saxophone soprano, avant de passer au ténor pour un autre morceau du même disque, Icarus. Ce sont les musiciens qui ont participé à l’enregistrement (Philip Norris à la contrebasse, Nazir Ebo à la batterie, Paul Cornish au piano) qui l’accompagnent ce soir, et leur cohésion contribue largement à la réussite musicale. Visiblement très satisfait de leur jeu, Redman leur accorde de larges plages solistes qui leur permettent de se mettre en valeur sans perdre le fil de la musique. Cornish, en particulier, qui a publié un premier disque personnel sur Blue Note il y a quelques mois et participé à quelques belles réussites récentes comme l’album de Gabrielle Cavassa, se fait particulièrement remarquer par son inventivité constante, qui semble stimuler encore plus son leader.
Redman revisite également quelques-unes de ses compositions plus anciennes, comme Wish ou Tribalism, qui apparaissaient toutes deux en 1993 sur le premier album paru sous son nom, une belle façon d’admirer à la fois le chemin accompli et la cohérence du parcours sur les trois dernières décennies. Contraint par les horaires du fait de la présence d’un second show, Redman, qui a déjà dépassé le temps réglementaire aurait volontiers poursuivi plus longtemps, mais il finit en beauté en invitant la saxophoniste Melissa Aldana – qui se produisait deux jours plus tôt au Parc Floral – à le rejoindre sur scène (avec son batteur Kush Abadey) pour So It Goes, le titre du dernier album sur lequel elle apparaissait. Tous deux en donnent une belle version, alternant les solos et les passages à l’unisson sans céder à la tentation de la compétition, même amicale. Pas de rappel – les suivants attendent déjà rue des Petits-Ecuries ! -, mais le sentiment, visiblement partagé, d’avoir vécu un moment de musique extraordinaire, qui confirme la place de Joshua Redman dans l’élite des créateurs du jazz d’auijourd’hui.
Frédéric Adrian