Alex Isley à la Gaîté Lyrique
10 juillet
Issue d’une des familles princières de la soul – elle est la fille d’Ernie Isley et la petite fille de Ronald Isley, respectivement guitariste et chanteur des Isley Brothers, un ensemble dont la carrière, quasi-ininterrompue, remonte au milieu des années 1950-, Alex Isley s’est lancée dans une carrière musicale au tout début des années 2010. Si elle a publié deux albums personnels auto-produits à cette époque, c’est surtout pour ses collaborations qu’elle se fait tout d’abord remarquer, croisant la route entre autres de PJ Morton, Jill Scott, Raphael Saadiq, Robert Glasper, Terrace Martin, Tank & the Bangas, Kamasi Washington… Après deux disques partagés respectivement avec le producteur Jack Dine et le multi-instrumentiste tout terrain Terrace Martin, elle a sorti il y a quelques mois son premier vrai album sous son seul nom, « When The City Sleeps », et c’est ce disque qu’elle venait défendre ce soir à la Gaîté Lyrique.
En ouverture, la jeune chanteuse Lynn vient présenter, accompagnée d’un clavier et de quelques bandes, les chansons de son premier album, « La vie me va si bien ». Le R&B en français est un exercice acrobatique, mais elle a la voix et l’aplomb qu’il faut, et la demi-heure qui lui est accordée passe vite, surtout quand, le temps de quelques titres, elle oublie les bandes et les effets pour chanter avec le seul accompagnement de son clavier. L’enthousiasme du public laisse à penser qu’il vaudra le coup d’être attentif à la suite de son parcours.
Venue une première fois en 2024, Alex Isley a déjà son public, dont le nombre ne permet pas de remplir tout à fait la salle de la Gaîté Lyrique, mais qui compense largement pas son enthousiasme. Dès le premier titre en effet, Road To You extrait d’un EP de 2019, il est évident que les spectateurs sont, dans leur grande majorité, familiers des enregistrements de la chanteuse, et leur soutien chaleureux contribue à l’intensité de ses interprétations. Vocalement, Isley – qui n’évoquera à aucun moment sa prestigieuse famille, fait penser à une Sade moins hiératique, à une Erykah Badu plus racinienne ou, dans la jeune génération, à Cléo Sol. Bien qu’elle ne soit pas tout à fait quadragénaire, elle est évidemment influencée par la soul « adulte » des années 1980 et 1990, et ce n’est pas une surprise de l’entendre citer le Sweet Love d’Anita Baker.
Le répertoire puise largement dans celui de « When The City Sleeps », dont elle est l’autrice, mais trouve dans sa déclinaison live une incarnation qui l’éloigne du côté un peu éthéré de l’enregistrement original, grâce en partie à la présence d’un vrai orchestre de pointures britanniques (Jake Bisognin à la guitare, Adrian J. Moore aux claviers, Evander Swaby à la basse et Mickel Boswell à la batterie) complété, pour les chœurs en particulier, par des bandes pas forcément nécessaires. Elle revisite aussi avec efficacité des titres plus anciens, comme le Good & Plenty qu’elle avait enregistré en 2020 avec Masego ou le très beau Love Again, très attendu, tiré de son album partagé avec Jack Dine, « Marigold ». About Him, issu de son disque autoproduit de 2013, enchante les fans de la première heure. Habituée de longue date à la scène, Isley sait établir une relation de complicité avec son public, et répond avec humour et légèreté à son enthousiasme. Elle n’a pas peu de temps à attendre avant d’être rappelée sur scène pour clore la soirée avec deux titres de circonstances : We’ll Always Have Paris et Thank You For A Lovely Time. Au vu des réactions, le sentiment est partagé par l’ensemble des participants, il serait surprenant que la prochaine rencontre entre Alex Isley et le public parisien attende longtemps…
Frédéric Adrian