JIM 2026 - Jazz Magazine
Jazz live
Publié le 14 Août 2026

JIM 2026

48 ème édition de Jazz in Marciac (JIM), 17 jours de jazz (mais pas que!) : le soir, concerts sous le grand chapiteau de 6000 places assises (et plus de 11000 debout !) et, dans la journée, 6 concerts gratuits sur la place du village.

Beaucoup de monde partout dans la bastide marciacaise. Important succès de cette édition 2026… Une fois de plus !

Ce festival qui avait débuté dans les petites arènes de la commune par un bien modeste concert de Claude Luter en 1978 (il y a 48 ans!) est devenu un des plus grands festivals de jazz du monde…

Mes jeunes collègues de l’équipe Jazzmag ne s’étant pas déplacés jusqu’au fin fond du Gers, chers lecteurs vous n’aurez droit qu’à quelques (rares) focus sur l’édition 2026.

Impossible pour le signataire (d’un âge avancé!) de cette chronique, collaborateur de jazzmagazine depuis presque 60 ans d’être présent, jusqu’à des heures fort tardives, pendant 17 jours d’affilée…

Sting : 11000 personnes. Debout !

L’édition 2026 de JIM a débuté par un concert de Sting en trio… Plus de 11000 places (debout) vendues en moins de 48 heures ! Infos collectées dans la presse locale : village envahi dès le début de l’après midi par une foule énorme. Dès 18h à la recherche des restaurants et des food-trucks. Chapiteau plein à ras-bord. ! Grosse chaleur… Félicitations aux fans de Sting d’avoir tenu bon…

Emile Parisien Quartet  « Floating » : Emile Parisien (as), Yaron Herman(claviers), Linday May Han Oh (b), Prabhu Edouard (tablas, perc). 22 juillet.

Emile Parisien, à 11 ans, fut élève de la première promotion des Classes Jazz du Collège de Marciac. On se souvient de lui au début des années 90, tout gamin, avec sa queue de cheval, vendant le programme du festival à l’entrée du chapiteau. Puis, au début des années 2000, sous le grand chapiteau, « surgissant » de la section des saxes du big band de Winton Marsalis, tremblant d’émotion, pour un vibrant chorus au saxophone alto. Depuis Emile a multiplié, concerts, projets, enregistrements. Une carrière exceptionnelle. Toujours au plus haut niveau.

En 2026, pour une tournée avec de nombreuses dates, avec un tout nouveau quartet, Emile proposait « Floating »… Projetné lors de deux années de résidence au Théâtre de la Cité Internationale. Superbes compositions d’Emile et de Yaron Herman : invitations au voyage et à la rêverie… Une saveur et une douceur hypnotique incomparablesAux percussions, quelle belle idée, l’étonnant Prabhu Edouard et son approche originale des tablas. Avec son pied gauche Edouard ponctuele tempo sur un petit « tambour » !

Le tablaiste joue avec son pied gauche ! Rare…

Yaron Herman, prend moult solos incroyables et donne la réplique à Emile tout à la fois avec délicatesse et… intensité. Très belle et forte complicité entre Emile et le pianiste. Leurs solos s’entrelacent…

Sur le thème Badhra, enregistré il y a fort longtemps par John Surman, Emile fait merveille. Vidéo disponible sur youtube…

Après avoir rappelé qu’il avait eu la très grande chance et le grand plaisir d’avoir joué à ses côtés, avec sa belle composition intitulée « Portal », Emile rend un émouvant hommage à Michel Portal, récemment disparu. 

On stage, Emile, comme toujours, « gesticule », reflet « visuel » de son jeu en implication totale. Fulgurances, jubilations, inspiration, énergie… « Gymnastique » ? Comme aurait dit Satie :« gymnopédie » de l’improvisation !

Standing ovation… Plus que méritée…

Marcus Miller « We Want Miles » : Marcus Miller (g.basse, clarinette basse), Bill Evans (sax), Mike Stern (g), Mino Cinelu (perc), Russell Gunn (tp), Brett Willians (claviers), Anwar Marshall (dr). 28 juillet.

Marcus Miller est un habitué de Marciac. La programmation ici (comme dans beaucoup de festivals cet été) de son projet « We want Miles » à l’occasion du 100 ème anniversaire de la naissance de Miles Davis était plus que justifié. En toute légitimité.

Marcus avait débuté avec Miles à l’âge de 21 ans. Puis longtemps Miles lui avait confié la responsabilité de l’écriture et de la production de ses albums.

Compositeur du « tube » Tutu, Marcus avait concocté un groupe avec d’anciens sidemen de haut niveau de Miles : Bill Evans, Mike Stern, Mino Cinelu… Choix parfait. Tous trois ont joué ici au plus haut niveau d’inspiration et de créativité. Et avec, visiblement, grand plaisir.

Le choix du trompettiste, assez peu connu, Russell Gunn nous paraît discutable. Certainement fragilisé par son rôle supposé de doublure de Miles. Rôle que Russell na pas endossé… Se contentant d’être lui-même ! Son jeu ne nous a pas, effectivement, paru tout à fait « davisien » ! Trop brillant, trop puissant. Mais peut-on remplacer Miles ? En 2007 Russel avait pourtant enregistré un album (que nous ne connaissons pas) intitulé « Russel Gunn Plays Miles »… Comme quoi…

Le répertoire de l’hommage était composé de « tubes » de Miles… Avec bien sûr au final, triomphal, Tutu ! Mais aussi Jean Pierre, Amandla et tant d’autres.

A la différence de Winton Marsalis qui après plus de 30 années de venue à Marciac ne connaît pas un mot de français, Marcus Miller s’exprime fort bien dans notre langue. Ses présentations des morceaux étaient remarquables. Des rumeurs de « backstage » disent même qu’il lit Le Monde très régulièrement. Au désespoir de son tourneur, pressé par le temps, il est toujours prêt aussi à consacrer de longs moments à conseiller des jeunes… Marcus Miller un grand monsieur. Vraiment.

Roberto Fonseca (p), Vincent Segal (cello) : « Nuit Parisienne à La Havane » (5 aôut première partie)

Le pianiste cubain Roberto Fonseca est très apprécié, depuis belle lurette, à Marciac. Où son approche, puissante et inventive, de la musique cubaine triomphe.

Surprise : cette année il était programmé en duo avec le violoncelliste Vincent Segal.

Un duo calme, reposant. Bien loin des habituels solos enflammés de Fonseca.

Le public, en écoute attentive, a fait un triomphe au duo.

Il y a quelques décennies les « panassiésistes » bornés auraient abondamment sifflé un tel concert. Pas du « vrai » jazz comme ils disaient alors.

Le public des concerts de jazz est devenu « ouvert ». Et c’est tant mieux. Les programmateurs peuvent leur proposer des projets sortant des sentiers battus.

Thomas Dutronc « Jazz and Friends » : Thomas Dutronc (g vocal), Rocky Gresset (g), Eric Legnini (claviers), Thomas Bramerie (contrebasse), Franck Aguilhon (dr). 5 août.

Il y a, au moins, deux décennies, Thomas Dutronc jouait sur la place de Marciac pour les concerts gratuits avec son trio « corse » de 3 guitaristes. A l’époque il pouvait quitter tranquillement la scène et rejoindre son hôtel sans que des hordes d’admiratrices le harcèlent… Il fréquentait le restaurant des journalistes et des bénévoles. Pendant les repas il parlait avec plaisir de son amour du jazz et de son admiration pour Django Reinhardt.

Les choses ont bien changé depuis… Car désormais à Marciac, au grand désespoir de ses fans… le backstage est « bunkerisé »…

Ce qui n’a pas changé c’est son amour du jazz… Sa tournée 2026 se fait en sextet, avec des pointures du jazz français avec son projet « jazz and friends »… : standards du jazz, jazz manouche, hommage à Chet Baker et quelques morceaux fétiches de Thomas… chanteur populaire.

Thomas avec Rocky Grasset et Thomas Bramerie

Reprises : Paris s’éveille (de son père Jacques) , de ses tubes « J’aime plus Paris », « Comme un manouche sans guitare »…

Son concert n’est pas un simple « tour de chant ». C’est un virage assumé au long cours, né dans le sillage de Frenchy son album (de 2020) de reprises franco-américaines salué par la critique et le public. Album où Thomas avait montrésa capacité à marier la tradition française avec la sophistication du jazz américain.

« Jazz & Friends » n’est pas qu’une tournée : c’est une invitation à renouer avec le charme intemporel du jazz, porté pardeux guitares manouches (Gresset et Thomas), des amis de talent, et le goût du beau, offert sans filtre.

Gros succès de Thomas pour la clôture de JIM 2026 (48 ème édition!).

Jean-Louis Guilhaumon le « patron » de Jim prépare déjà la 50 ème, et annonce de très grosses surprises pour 2028…

Pierre-Henri Ardonceau