Christophe Rocher 1 / De Clichy-la Garenne à Penn Ar Jazz
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Chaque année depuis trois ans, Franck Bergerot consacre une longue interview à un·e artiste vers qui sa curiosité l’a conduit. Premier chapitre d’un entretien qui en comptera trois, à l’occasion d’un regain d’activité *, Christophe Rocher raconte ses débuts de clarinettiste en banlieue parisienne où il s’est vécu comme un imposteur, et comment parvenu à l’âge adulte, tournant le dos à la promesse d’une brillante carrière d’ingénieur, il s’est consacré entièrement à la clarinette, l’improvisation, l’écriture et la direction de projets orchestraux, tout en contribuant à structurer la scène brestoise.
Franck Bergerot Voici une grosse vingtaine d’années que je vous écoute ici et là, d’abord avec perplexité, puis avec un intérêt grandissant au vu de votre travail fédérateur sur la scène brestoise, à l’écart des grands réseaux de la scène française, mais depuis bientôt quinze ans en lien étroit avec la scène new-yorkaise et chicagoane. Les dernières occasions que j’ai eues de vous entendre, tant comme directeur de projets que comme clarinettiste improvisateur, m’ont convaincu de la nécessité d’entendre votre histoire et vos raisons. D’où ce rendez-vous quimpérois en cet automne 2025. Nous sommes le 22 novembre et nous avons trois heures devant nous.
Christophe Rocher Je suis né en 1967 à Clichy-la-Garenne. J’y ai passé toute mon enfance, à côté du périph’, avec le désir intense de fuir un environnement urbain bruyant et peu favorable à l’épanouissement de l’enfant libre que j’aurais aimé être. Une mère enseignante et un père travaillant dans l’industrie qui a toujours rêvé d’être ingénieur, la guerre d’Algérie l’ayant privé d’études brillantes. Une vocation qui ne sera pas sans influence sur mon parcours personnel. Mon désir de musique a été très précoce : j’avais une nounou qui écoutait de la musique classique en permanence et dès que j’ai su parler, nos sujets de conversation se sont portés sur Mozart, Brahms, etc. Alors, dès que j’ai pu, le conservatoire de Clichy étant gratuit, j’ai pratiqué un instrument, et tout de suite la clarinette… L’établissement était également fréquenté par Hélène Labarrière, à la contrebasse, mais avec quelques années de plus que moi.

À six ans, au moment de commencer, je m’étais demandé quel instrument me correspondrait. J’avais pensé au piano. Mais pour moi, curieusement, ce n’était pas un véritable instrument. L’impression d’avoir à contrôler trop d’informations en même temps. Le piano est censé reproduire l’orchestre or, moi, j’aspirai à un instrument ayant une seule chose à dire à la fois. J’ai pensé au saxophone mais, quoiqu’écoutant assez peu de jazz à cette époque, j’avais le sentiment qu’avec le sax beaucoup de choses avaient déjà été découvertes. Ce qui me paraissait être moins le cas avec la clarinette. Je le pense encore aujourd’hui, j’adore cet instrument.

Pourtant, j’ai d’abord été assez mauvais, jusqu’à l’âge de 21-22 ans. L’apprentissage de la musique ne me convenait que moyennement : ça passait par trop d’efforts, de souffrances, de jugements. J’ai tout de suite souffert d’une espèce de syndrome d’imposteur, me convainquant ou me laissant convaincre que je n’étais pas très bon. Je suppose que c’était assez vrai… en tout cas, un peu bloquant. Ce n’est que plus tard que j’ai trouvé comment apprendre autrement.
Néanmoins, j’ai toujours eu une pratique. Et parvenu à l’adolescence, j’ai participé à des groupes amateurs de rock de banlieue. A l’époque, j’habitais à Bessancourt à côté de Taverny et j’avais le tromboniste et tubiste Marc Steckar comme voisin. Il nous écrivait de la musique, des blues, des choses comme ça. Il venait nous écouter et nous encourager.

J’ai fait ensuite des études d’ingénieur en partie pour faire plaisir à Papa ! Et le jour où j’ai eu mon diplôme, il m’est apparu comme une évidence que ce n’était pas un métier pour moi ; tout du moins, dans le monde productiviste dans lequel on me proposait de l’exercer. J’ai offert mon diplôme à mon père en lui annonçant que j’allais faire de la musique. Il n’a pas trop apprécié, mais il a respecté mon choix. Et alors là, il m’a fallu beaucoup travailler, en trouvant chaque jour le plaisir du son. Et, d’une certaine manière, ces intenses moments d’introspection m’ont servi dans mes recherches artistiques.
FB Comment avez-vous atterri à Brest ?
CR J’y suis arrivé en 1991 pour mes études et, celles-ci terminées, j’ai décidé d’y rester. J’ai une petite légende personnelle liée à la Bretagne à laquelle je suis très attachée. Ma grand-mère picarde était la fille d’un noble qui avait fauté avec la bonne : elle n’a jamais connu son père. Non reconnue, enfant illégitime, placée… Elle n’a jamais voulu savoir, mais quelqu’un dans notre famille se passionnant pour la généalogie a trouvé. Il s’agit d’une famille très riche qui possède des quartiers entiers dans Paris, une noblesse liée à la Principauté de Monaco mais aussi à la Bretagne. Ma grand-mère nous a fait jurer à tous de ne jamais aller plus loin dans les recherches, de ne jamais chercher à prendre contact avec ces gens-là qu’elle reniait. Or, cet arrière-grand-père serait un noble breton (dont je connais le nom) qui avait notamment un château à Morlaix, non loin de Brest. C’est la petite légende à laquelle je dois de m’être peut-être senti chez moi en arrivant à Brest.
Donc, je m’installe définitivement ici, décidé à faire de la musique, et je me mets à travailler comme un taré. Avec peu de ressources, ce qui horrifie mes parents. En tant qu’ingénieur, j’avais des propositions d’emploi assez dingues, que j’ai toutes refusées. Au lieu de quoi, j’ai beaucoup joué dans des fanfares. C’était un moment propice pour les Arts de la rue, il y avait beaucoup de boulot et notamment une scène brestoise curieuse des formes créatives : musiques improvisées, rock alternatif, très en lien avec les Arts de la rue et la tradition du jazz d’une façon ouverte. J’ai joué notamment dans la fanfare Oxyde de cuivre avec qui j’ai tourné partout en Europe et au-delà, jusqu’en Israël. À ses début Oxyde de cuivre incarnait assez bien la folie joyeuse propre à ce « courant » mais, par la suite, Jean Quillivic, le saxophoniste leader a souhaité rendre le projet d’Oxyde de cuivre plus « efficace » sur la scène culturelle et nous avons travaillé des mises en scène : cela me convenait moins.

Jusque-là, j’avais travaillé des œuvres classiques et contemporaines puis, au gré des rencontres, j’avais appris les standards de jazz et les clichés ; je jouais avec les musiciens brestois dont quelques anciens qui venaient du jazz et des bigbands et qui m’ont pas mal appris. Mais j’avais déjà malgré tout un style plus free que bop. Et il y eut, vers 1995, un évènement décisif, sur l’initiative d’Anne Millour, alors responsable de la musique au Quartz, la scène nationale de Brest : une formation longue proposée par l’association Hexaméron autour de l’improvisation, sujet qui m’intéressait déjà beaucoup. Hexameron avait été créé par les deux pianistes Patrick Scheyder et Antoine Hervé autour de la question de l’improvisation intégrale en musique. Durant un an, j’ai suivi ce stage qui m’a pas mal bouleversé et m’a mis le pied à l’étrier sur des musiques différentes. Ensuite, j’ai gardé le contact et travaillé un peu avec eux durant 2 ou 3 ans. Et c’est à ce moment-là que j’ai commencé à croiser Jacques Di Donato.
FB Est-ce dans le cadre d’Hexameron que vous avez fait sa connaissance ?
CR Non, j’ai rencontré “Dido” au festival « Fruits de Mhère » dont il était l’organisateur. Il lui arrivait de séjourner à Brest et nous l’avons sollicité avec Penn Ar Jazz comme artiste associé durant une année.
FB Qu’est-ce qu’on apprenait avec Di Donato ?
CR Beaucoup de choses techniques… C’est un pédagogue incroyable : en quelques moments d’échanges, il a bouleversé mon jeu et mon rapport à l’instrument ; en quelques mots et quelques exercices, il m’a donné précisément ce dont j’avais besoin ; en quelques heures, il m’a donné matière à des années de boulot. On a aussi partagé ce syndrome d’imposture qu’il avait connu tout comme moi… C’est drôle quand on y pense : il a joué avec tant de monde, avec un tel talent ! Mais il partageait mes questions sur l’improvisation non-idiomatique que nous vivions avec une égale passion et parfois dans la douleur à travers le jugement des adeptes du genre, en un temps où le monde de l’improvisation intégrale pouvait faire preuve d’un certain dogmatisme dans son rejet de toute mémoire mélodique. C’est un grand bonhomme et en même temps quelqu’un de très humble. On a même eu un duo qui a un peu tourné en France, en Europe de l’Est, notamment en Ukraine dans les années 2000. L’une des choses qu’il m’a transmises, c’est la notion de réciprocité que je pratique aussi dans mes activités d’enseignement et mes différentes collaborations musicales aujourd’hui. Ainsi, lorsque j’ai participé à un projet pédagogique de six mois avec Steve Coleman, j’ai pu communiquer des informations en matière de polyrythmie à “Dido” qui est également un batteur furieux, et qui se trouvait à son tour en demande d’informations sur ce sujet.

De gauche à droite: Frédéric B. Briet, Jacques Di Donato, Joëlle Léandre, Christophe Rocher (Photo © X / D.R.)
FB Y avait-il une vie du jazz spécifique à Brest et comment vous y êtes-vous intégré ?
CR Je continuais à diversifier mes activités : jazz, musique de rue, free music, illustration musicale pour des documentaires… tout en améliorant mes fins de mois difficiles en donnant des cours de maths. Depuis 1986, Anne Millour programmait Jazz à Vauban, une saison jazz dans une salle brestoise devenue mythique, le sous-sol de l’hôtel Vauban. En 1995, le Quartz qui avait pris le contrôle de la programmation du Vauban y a mis fin et, après une période de transition programmée par Didier Squiban, sur un fax de l’agent d’Hermeto Pascoal en négociation avec le Vauban dont j’avais eu connaissance, j’ai réuni les amis du milieu pour organiser sa venue. Le concert n’a pu se faire, mais nous avons monté notre association, Penn Ar Jazz, qui 30 ans plus tard existe encore. Notre premier concert en octobre 1997 fut consacré à Steve Lacy. Pen Ar Bed c’est le nom breton du Finistère, le bout de la terre. Penn Ar Jazz suggérait cette ancrage géographique à la pointe mais ça nous avait amusé de jouer aussi sur l’idée d’extrémité, le bout du jazz, voire sa fin.
Pour moi, c’était un moment important. Je commençais à avoir mon groupe et il en a résulté une prise de conscience et un questionnement : continuer à être musicien tout en m’impliquant de « l’autre côté du miroir » ; faire de la programmation, tout en restant vigilant sur la nécessité de ne pas perdre la pratique musicale ; donc parvenir à gérer mon temps sans me perdre. La vocation de Penn Ar Jazz, c’était d’organiser des concerts. Il a fallu monter une équipe pour bosser là-dessus, avec le soutien d’André Cayot qui travaillait au ministère de la Culture. C’était le début des Smacs (scènes de musiques actuelles) et l’on a été parmi les premières à être labellisées. Plus tard, on a construit l’Atlantique Jazz Festival (en 2003).
Au début, on était 30, mais très vite je me suis retrouvé assez seul, comme souvent dans les démarches associatives : les gens venaient au concert, mais c’est moi qui faisais tout le boulot : organiser, programmer, aller chercher des sous à la Ville, à la Région, au Département. On a réussi à embaucher progressivement Janick Tilly, Christophe Mevel, Pascale Groux, et on a construit un conseil d’administration super actif. L’objectif était de diffuser des musiques créatives, issues du jazz dans ses grandes largeurs : Steve Lacy, Archie Shepp, Louis Sclavis, Michel Doneda et Lê Quanh Ninh, Joëlle Léandre, des musiciens plus locaux… des centaines de concerts. Tout de suite, nous nous sommes inscrits à la Fédération des scènes de jazz où j’ai rencontré Bernard Aimé à Tours, Bernard Prouteau à Poitiers, Pierre-Frédéric Klaus à Metz, Jean-Paul Ricard en Avignon, François-Xavier Ruan à Nantes… À leur contact, j’ai appris le métier de « club de jazz » – J’ai adoré, ça m’a fasciné – et à entrer dans la revendication politique qu’implique la subsistance d’une petite scène de jazz. Je crois toujours à ces valeurs, hélas dans un monde qui est en train de s’effondrer. Et ça m’a fait découvrir des centaines de musiciens que je ne connaissais pas : Daunik Lazro, Annick Nozati, et tant d’autres. On a diffusé à Brest des musiques auxquelles, jusque-là, on n’avait pas accès. Voilà pour mon volet diffuseur. Ce qui m’a beaucoup appris aussi dans ce métier, c’est la notion de réciprocité dont je parlais plus haut à propos de ma relation avec Jacques Di Donato. Ça ne m’intéressait pas de n’être « que » musicien. J’aime bien comprendre l’écosystème.
Vers le début des années 2000, j’ai été invité durablement dans les groupes avec le guitariste Olivier Benoît, au sein du collectif lillois Circum piloté notamment par Peter Orins qui était un peu la cheville ouvrière comme je l’étais à Brest. Au bout de quelques années, l’interrogation devenait pour moi : que faire de mon rôle dans Penn Ar jazz ? Est-ce que j’intégrais ma vie de musicien dans Penn Ar Jazz ce qui en aurait fait une espèce de compagnie pratiquant à la fois la diffusion et la création ; dont mes propres travaux comme Peter l’a fait avec les Lillois en créant Circum (une belle aventure qui est devenue aujourd’hui Muzzix). Mais ça ne me convenait pas forcément. J’ai considéré qu’il était important de préserver une indépendance de choix artistique au sein de Penn Ar Jazz. Et je me suis donné pour objectif de prendre mes distances afin de retrouver une vie d’artiste à plein temps. C’est ce que j’ai fait il y a une quinzaine d’années.

FB Penn Ar Jazz existe toujours ?
Oui, c’est devenu Plages magnétiques. On partage les bureaux, on est toujours connectés. Une nouvelle directrice, Vanessa Caque, est arrivée l’an dernier pour remplacer Janick Tilly qui avait dirigé la structure depuis la création, et pour prendre le relai d’une programmation que j’avais créée et partagée avec Christophe Mevel et à laquelle nous avait succédé Frédéric Roy puis Cécile Even. Ces années au cours desquelles je m’étais impliqué dans Penn Ar Jazz, ma présence en tant qu’artiste avait donné une certaine couleur. À l’époque dans de très nombreuses réunions (Fédération, collectivités, ministère) où l’on prenait des décisions à propos de la musique, j’étais le seul musicien. Je considère que les artistes doivent être représenté·e·s dans les instances concernant leur travail.

Il y a des projets que j’ai particulièrement aimés dans mon aventure au sein de Penn ar Jazz, par exemple le Nimbus Orchestra, porté par Fred B. Briet, contrebassiste avec qui j’ai beaucoup travaillé ces vingt dernières années. Les Nimbus Orchestras étaient des projets pédagogiques qu’il organisait périodiquement. J’y ai souvent collaboré… Pendant six mois on travaillait avec un artiste, en lien avec Penn Ar Jazz. On accueillait des musicien·ne·s pour travailler la musique de l’artiste invité, puis il y avait une tournée du Nimbus Orchestra que Penn Ar Jazz organisait en Bretagne ou même en France.
FB C’était principalement des musiciens bretons ?
CR Dans le cas du Nimbus Orchestra, les stagiaires venaient de toute la France. Ils travaillaient à distance, puis venaient passer une semaine en Bretagne pour les stages. On a travaillé sous la direction Malik Mezzadri, Olivier Benoit, Guillaume Orti, Geoffroy de Mazure, Stéphane Payen ou Fabrizio Cassol. Ça a duré 10 ans. Le dernier a été dirigé par Steve Coleman. Ça touchait, beaucoup plus des gens extérieurs à Brest et à la Bretagne que les Brestois eux-mêmes. Ça a questionné la Ville de Brest et le Conservatoire, ce qui a mis fin au projet.

De gauche à droite, debout: Johan Blanc, Faustine Audebert, non identifié, Vincent Sauve, Alan Regardin, Benoit Lugué, Steve Coleman, non identifié Guillaume Orti, Stephane Payen, Simon Le Doare. Assis: Lionel Mauguen, Hugo Pottin, Laura Perrudin, Nicolas Peoc’h, non identifié, Fredéric B.Briet, Christophe Rocher, Jonathan Balmefrezol. (© X / D.R.
Parallèlement, sur la question de l’improvisation, j’ai aussi animé des événements rassemblant des improvisateurs : Les Luisances qui ont aussi duré dix ans. J’invitais une dizaine d’artistes venus du monde entier, musiciens et musiciennes mais aussi des artistes pratiquant d’autres disciplines, danse, théâtre, marionnettes… On donnait quartier libre à ce groupe de dix artistes. Ils faisaient ce qu’ils voulaient dans Brest. Par exemple, ça pouvait circuler d’un lieu à l’autre, différent chaque soir le temps dune performance, ou bien il pouvait y avoir simplement un grand final. Il y avait toujours plusieurs lieux pour travailler. Il en a résulté par la suite pas mal de créations car les artistes restaient parfois en contact. Chaque artiste qui participait une année proposait un·e autre artiste pour prendre sa suite l’année suivante. Ça s’est arrêté car Penn Ar Jazz était l’organisateur et les financements – encore eux ! – posaient problème ; trop cher pour pas assez de public, déjà à l’époque ! Tout cela me manque un peu aujourd’hui, ces occasions de liberté créatrice. Je suis toujours dans cette recherche, de créer des espaces de cette nature-là.
FB Quelles relations entreteniez-vous avec la scène spécifiquement bretonne, qu’il s’agisse de jazz ou des musiques traditionnelles telles que l’on pouvait en entendre à la Grande Boutique de Langonnet ?
CR Difficile de passer à côté, c’est un des terrains musicaux vraiment passionnants en Bretagne. J’ai joué entre autres avec Jacques Pellen, en duo et en quartette ou quintette. Nous étions vraiment entre la musique modale et la musique expérimentale : j’ai adoré ce terrain de recherche. Je me souviens des débuts de la Grande Boutique : lorsque Bertrand Dupont a acheté le lieu, c’est très rapidement devenu un espace incroyable de liberté et de rencontres pour tous les musiciens de Bretagne. J’y ai vécu des soirées et des nuits folles où toutes sortes de musiques se pratiquaient, des sessions de free / trad / jazz / rock… Ce fut très inspirant. J’adore le travail d’Annie Ebrel, de Jacky Molard, des regrettés Yan-Fañch Kemener, Erik Marchand et de tant d’autres que j’ai pu rencontrer à ces occasions, à la Grande Boutique ; ainsi qu’au Festival international des Clarinettes Populaires de Glomel où nous, Jacques Di Donato et moi, nous sommes retrouvés à partager des joutes musicales avec Dominique Jouve et d’autres.

Avec Jacques Pellen (Photo © X / D.R.)
C’est un monde tellement inspirant et profond ! Tous ces gens ont su transmettre et faire en sorte qu’il y a aujourd’hui une foule plus jeunes musiciens et musiciennes qui prolonge ces attitudes créatives, tels le chanteur Youn Lange, le quartette ARN ou les générations qui ont participé aux éditions successives de la Kreiz Breizh Akademi (dispositif de formation et de création conçu par Erik Marchand autour des musiques bretonnes et plus largement modales).

Plus récemment, avec le clarinettiste Étienne Cabaret [long interview dans ces pages en 2024 ], nous avons développé une relation longue de création commune entre les nouvelles musiques du monde et le jazz dont le disque “To pa ri ti” du Cabaret Rocher Octet de 2022 est le reflet. Finalement, j’ai toujours aimé chercher une place pour mon langage musical dans des univers ayant une identité issue des musiques traditionnelles créatives, que ce soit avec le Brésil ou plus récemment les musiques d’Inde. Je ne cherche pas à jouer comme eux (ils n’ont vraiment pas besoin de moi pour ça) mais plutôt à trouver un espace de relation musicale, entre nos langages. Ça m’arrive de jouer des gavottes avec Étienne Cabaret, mais je reste à ma place de musicien improvisateur.

Avec Christofer Bjurström à la flûte et Élise Caron à l’écran (Photo © X / D.R.)
FB Quand je vous ai connu les premières fois, vous jouiez avec le pianiste Christofer Bjurström
Il s’était installé en Bretagne à peu près au même moment que moi. Par rapport aux autres jazzmen locaux, il faisait partie avec Jacques Pellen des musiciens intéressés par la création originale, par la recherche musicale. Il m’a invité sur son disque “Carnet de Croquis d’un voyageur immobile” et sur de nombreux ciné-concerts. Puis il a été le pianiste du premier Nautilis. Et nous avons aussi enregistré deux album en duo.
2ème partie “Christophe Rocher 2 / Nautilis à travers les âges… et l’Atlantique” à suivre en ligne à partir du 1er octobre 2026 : Les deux époques de l’ensemble Nautilis, les échanges transatlantiques et autres aventures orchestrales.
Discographie (à suivre également)
Christofer Bjurström – Christophe Rocher “On a marché sous la pluie” Marmouzic, 2000
Christofer Bjurström – Christophe Rocher “Third Stream” Marmouzic, 2005
Carbaret-Rocher “La Marche des lucioles” Musiques têtues, 2020
Cabaret-Rocher Octet “To pa ri ti” Musiques têtues, 2022
* En concert
Même pas mort (spectacle jeune public) avec Christelle Séry (guitare], Laurent Richard (dessins live), Christophe Rocher (clarinettes).
15 – 18 sept. : Brest (dernière résidence à la Carène, Smac) – 7 oct. (10h, 15h) : Brest (Maison du Théâtre dans le cadre de l’Atlantique Jazz Festival) – 28 oct. : Chateaulaudren (Petit Écho de la Mode) – 20 nov. : Blois.