Ruthie Foster au Duc des Lombards
24 septembre
Absente des scènes françaises depuis pas loin de dix ans, Ruthie Foster faisait étape au Duc des Lombards pour une soirée dans le cadre d’une courte tournée européenne de trois dates. Pour l’occasion, c’est seule que se présente la chanteuse et guitariste texane, pour une prestation intimiste qui tire profit de la petite taille du lieu pour cultiver la relation directe avec son public. Arrivée sur scène en toute discrétion, Foster entre directement dans le vif du sujet avec sa lecture très personnelle du classique Up Above My Head, popularisé par Rosetta Tharpe et Mary Knight. Si la guitare qu’utilise Foster ressemble beaucoup aux modèles privilégiés par Tharpe – l’instrument, acheté à Paris, s’appelle Josephine, en hommage à Josephine Baker -, le jeu de Foster, peu démonstratif, sert avant tout à compléter son chant, et elle évite les solos spectaculaires au profit d’un accent sur l’expressivité.
Lucide sur les étiquettes qui lui sont accolées – « ils disent que je suis une chanteuse de blues », s’exclame-t-elle -, elle s’emploie à les défier en proposant un programme qui mêle ses compositions – l’hymne Singing The Blues, Mileage, et quelques titres extraits de son nouvel album, « Just Say Yes », récemment paru, en particulier – et reprises revisitées à sa façon – de Patty Griffin à Arthur Crudup en passant par Johnny Cash. Entre chaque morceau, elle évoque sa vie et sa carrière, à coup d’anecdotes qui, si elles sont évidemment préparées, sonnent très naturelles, qu’il s’agisse de la fois où elle a découvert dans un bar d’aéroport qu’elle avait remporté un Grammy ou des admirateurs très enthousiastes qui pensent qu’elle est Tracy Chapman. Mais l’atmosphère décontractée ne la conduit par à négliger la musique, et sa voix vibrante convoque des émotions fortes, qui entraînent dans son univers le public. En rappel, See You When I See You, pris a capella, avec son message d’espoir (« We’re parting ways, but we’re parting ways as friends. Take it all, take it all, take it all while we can, and I’ll see you when I see you again »), est la conclusion parfaite à un concert qui donne envie de se replonger dans les disques de l’artiste.
Frédéric Adrian